Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Faire de l’argent avec la gratuité

28 novembre 2013 - 15:09

Ogden Ridjanovic, du collectif Alaclair Ensemble — Photo fournie par Ogden Ridjanovic


Jean Louis Bordeleau

Comment faire de l’argent aujourd’hui dans le milieu musical québécois? «En donnant des CD gratis!» C’est le curieux constat que fait le rappeur, entrepreneur et conférencier Ogden Ridjanovic, alias Robert Nelson, alias Ogden tout court.

Dans le cadre des conférences TEDx, présentées dans la capitale le mardi 26 novembre, le jeune artiste a su démontrer qu’un nouveau modèle d’affaires est possible dans le jeu de l’industrie musicale.

Ogden est un des MC d’Alaclair Ensemble, une troupe de «post-rigodon» — comprenez hip-hop dansant. Depuis les débuts, en 2010, leur modèle d’affaires est audacieux : le prix de leur CD est laissé à la discrétion du consommateur. Le pari que le groupe fait, c’est que si l’album peut être acheté gratuitement, il n’y a plus de raison pour que l’auditeur ne tente pas une écoute. Alaclair Ensemble a ainsi trouvé 50 000 preneurs en sept mois.

Pour Ogden, ça va de soi : «quand tu n’es pas connu, il faut que tu mettes tes choses en ligne». Simplement parce que «payer pour découvrir un artiste, il n’y a pas un chat qui fait ça».

Selon lui, il n’y a rien d’illogique dans le fait de pouvoir offrir gratuitement l’album, puisque «le CD est devenu la carte de visite du spectacle». Il faut le préciser bien sûr, si les albums peuvent être gratuits, les spectacles, eux, sont toujours payants.

L’argent des billets

Ce qui est payant pour un artiste qui ne vend pas des millions d’albums, ce sont les spectacles. L’argent passe alors directement du mélomane aux mélodieux sans gestionnaire ni intermédiaire.

De toute façon, «tu n’es pas obligé de passer par l’industrie ou par le marché pour faire des shows qui fonctionnent», assure Ogden. En effet, la plupart des festivals du Québec ont déjà invité Alaclair Ensemble : Osheaga, le Festival d’été de Québec, Francofolies, nommez-les. Pourtant, ils font tout eux-mêmes.

D’un autre côté, cette façon de faire est comme un retour en arrière. Avant l’invention de l’enregistrement, tous ceux qui voulaient écouter de la musique devaient aller voir physiquement les musiciens jouer. «Le spectacle est à la base de la musique», rappelle Ogden. C’est là que les musiciens ont toujours fait leur pain et leur beurre, et pour Ogden Ridjanovic, il n’y a aucun doute que c’est par là que ça s’en va.

La mort de l’industrie musicale

Selon Ogden Ridjanovic, «l’industrie de la musique est un vestige du XXe siècle qui n’existe plus». Il va sans dire que les artistes y trouvent rarement leur compte. «Quand il y a une part de la vente du CD qui va à la maison de disque, une part au fournisseur, une part dans le distributeur, le CD que tu vends 15 $, l’artiste en reçoit quelque chose comme 2 $. Si après il faut que tu sépares ça entre les 7 membres du groupe… C’est un modèle d’exploitation!» soutient Ogden.

Pour pouvoir changer les méthodes de production, de distribution et de promotion, il aura fallu toutefois Internet. «Internet est le moyen numéro 1 pour changer de paradigme.»