Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Tailgates du Rouge et Or : les organisateurs rappelés à l’ordre par l’UL sur la vente d’alcool

6 novembre 2019 - 15:22

(crédit : Isaure Patat)


Émilie Pelletier, Isaure Patat

À la veille du début des séries éliminatoires,  un appel public à la communauté étudiante a soulevé les passions, alors qu’un étudiant incitait au boycottage des parties et des célébrations d’avant-match du Rouge et Or football. C’est que certains participants à ces festivités avaient eu ouï-dire que la vente et la consommation d’alcool serait interdite pendant les tailgates. Pourtant, en dépit des arguments avancés pour appeler à un boycott, L’Exemplaire a appris que la réglementation en vigueur est la même depuis «bon nombre d’années».

Pour les amateurs du Rouge et Or la tradition qui entoure les tailgates d’avant-match est devenue incontournable. Toutefois,  une publication Facebook datant du 4 octobre a fait peur à certains partisans, craignant de se voir retirer leur droit de consommer de l’alcool. En dépit de l’appel au boycott, le match suivant a tout de même enregistré l’une des plus grosses foules de la saison au domicile des porte-couleurs de l’UL.

«À toi cher étudiant de l’Université Laval,
Tu mérites de savoir ce qui se passe avec tous les tailgates de dimanche (29 septembre)!
Suite à certains excès lors du dernier tailgate, le club de football R&O a décidé d’empêcher la distribution d’alcool, sous toutes ses formes, dans la zone étudiante par les associations. Pour les remercier de cette décision, vous tous et toutes invité.e.s à boycotter les tailgates et les matchs du R&O football jusqu’à temps que la situation revienne à la normale
», pouvait-on lire dans cette publication.

La publication écrite par un membre de la communauté étudiante sur Facebook le 4 octobre dernier a fait craindre le pire à certains partisans, puisque la consommation d’alcool est une pratique répandue lors des tailgates. (Crédit photo : Isaure Patat)

Les assos, dans l’illégalité?  

En fait, les associations étudiantes de l’Université Laval avaient pris l’habitude  de procéder à la vente de billets pour assister aux tailgates à leurs membres. Or, ces billets comprenaient également le droit à l’achat de boissons alcoolisées, une procédure pourtant interdite par l’administration de l’université , en vertu de la Loi sur les permis d’alcool du gouvernement du Québec et de la Régie des Alcools, des Courses et des Jeux (RACJ).

C’est ainsi qu’après avoir été témoin d’excès de consommation à quelques reprises, l’Université Laval a tenu à rappeler aux organisations les «modalités réglementaires applicables» entourant la vente et la consommation d’alcool pendant les tailgates.

Ainsi, «l’Université Laval n’a pas suspendu la vente de billet par les associations ni annulé les tailgates, elle a plutôt rappelé aux organisateurs les modalités règlementaires applicables et elle les a avertis de mieux encadrer la consommation», résume la porte-parole de l’UL, Andrée-Anne Stewart, qui ajoute par ailleurs qu’«aucune nouvelle mesure n’a été mise en place».

Distinction entre vendre et servir de l’alcool

À la RACJ, Marie-Josée Lépine, soutient que deux permis d’alcool peuvent être délivrés à une organisation, soit le permis de type servir, qui permet aux participants d’apporter l’alcool, puis le permis de type vendre, qui implique qu’aucun alcool autre que celui qui est vendu ne peut entrer dans la zone prévue par le permis. Dans le cas de l’Université Laval, les tailgates se déroulent dans les stationnements 209 et 303, où le permis est valide.

Cette disposition se retrouve en effet à l’article 14 (section 5) du Règlement sur les permis d’alcool de la Loi sur les permis d’alcool.

  1. «Un permis de réunion pour vendre comprend le droit de servir gratuitement des boissons alcooliques. Un permis de réunion pour servir ne comprend pas le droit de vendre des boissons alcooliques.»

«Pour l’organisation du tailgate, un «permis pour servir» est obtenu de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ). Ce type de permis permet aux participants d’amener leur propre alcool et de le consommer, mais ne permet pas à une tierce partie (par exemple, une association étudiante) de vendre de l’alcool à l’intérieur du secteur couvert par le ‘‘permis pour servir’’», ajoute Mme Stewart.

De son côté , L’Université Laval dispose aussi d’un Règlement relatif aux activités avec consommation d’alcool, dont l’entrée en vigueur remonte à 2017.

À la rencontre des étudiants et d’autres organisateurs le samedi 2 novembre dernier, plusieurs d’entre eux n’étaient pas au fait des règles qui régissent la vente et la consommation des boissons alcoolisées aux tailgates. Quelques-uns se sont d’ailleurs prononcés pendant l’événement en nous partageant leur avis quant à la réglementation en vigueur . Voici la vidéo tournée pour l’occasion :

Un tailgate sans alcool?

La réaction des étudiants face à ce récent rappel des consignes ne semble pas étonner Anouk Bélanger, professeure au Département de communication sociale et publique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle précise en effet, que la pratique sportive, pour un spectateur, se distingue aujourd’hui difficilement de la consommation d’alcool pour certains sports professionnels traditionnels masculins, comme le football, le baseball et le hockey en Amérique du Nord.

La pratique certains sports comme le football et l’alcool sont, selon Anouk Bélanger, quasiment indissociables. (Crédit photo : Isaure Patat)

«Le spectacle sportif médiatique, ainsi que plusieurs cultures sportives se sont développées de pair avec la consommation d’alcool, les commanditaires et propriétaires (compagnies de bière et  autres alcool, Molson, Labbatt, Seagram, etc), les publicités, les lieux où l’on regarde (tavernes, bars sportifs), rappelle-t-elle.

«Les tailgates party sont une expression de cette imbrication du sport  spectacle avec des pratiques de consommation d’alcool», ajoute Mme Bélanger, supposant que «dans le cas de cet appel au boycottage, on met en opposition les règles et les traditions (ou les cultures) sportives».

La tradition qui entoure les avants-matchs festifs du Rouge et Or perdure depuis longtemps . Ces rendez-vous que sont les tailgates regroupent des partisans de tous horizons, rassemblés pour célébrer leur équipe favorite, autour d’un barbecue et d’une bière froide, au son de rythmes  dansants. Ce n’est d’ailleurs pas d’hier que des tailgates sont organisés avant les parties de football, puisque qu’ils sont apparus en 1869, aux États-Unis.

Dans les autres universités

Puisque la législation est d’ordre provincial, l’encadrement des tailgates sur d’autres campus au Québec est le même. Par exemple, à l’Université de Sherbrooke, les mêmes règlements que ceux énoncés par l’Université Laval sur le site web du Rouge et Or sont évoqués sur la page du Vert et Or.

Même chose plus à l’ouest, à l’Université de Montréal (UdeM), alors que des concessions sont installées dans le stade des Carabins. La vente d’alcool leur est donc réservée et est interdite à d’autres entités comme les associations étudiantes. Du côté des communications de l’équipe de football, on avance que le fait de ne pas se «plier à la réglementation entraînerait possiblement l’interdiction des boissons alcoolisées», ce qui aurait pour effet de créer un mécontentement chez les gens.