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Lutte québécoise : un divertissement de qualité

22 octobre 2019 - 20:52

Marko Estrada a perdu le titre mondial de la NSPW (North Shore Pro Wrestling) le 5 octobre dernier face à Markus Burke lors de leur passage au théâtre Le Diamant. Crédit photo : Louis-Michel Lelièvre


Anne-Frédérique Tremblay, Louis-Michel Lelièvre

La lutte québécoise est en excellente santé comme le démontre le grand nombre de fédérations de lutte sur le territoire. Les salles se remplissent chaque fin de semaine de Montréal à Chicoutimi, en passant par Gatineau, Sherbrooke et Québec. La NSPW (North Shore Pro Wrestling) de Québec mène le bal en étant considérée par un groupe d’experts mené par Patric Laprade comme la meilleure fédération au Québec. Plusieurs facteurs expliquent cette montée de popularité de ce divertissement sportif.

Le premier facteur qui influence l’expansion de la lutte québécoise est la popularité de la WWE, la fédération de lutte la plus importante au monde. Selon Jean-François Kelly, chroniqueur à la lutte à RDS et animateur à la fédération IWS (International Wrestling Syndicat), lorsque le propriétaire de la WWE Vince McMahon est sorti publiquement pour décrire la lutte professionnelle comme étant un divertissement sportif et non simplement comme un sport, un déclic s’est fait chez les amateurs.

« Les gens se sont sentis comme si leur intelligence était moins mise à l’épreuve.  Les gens se sentaient moins « niaisés » par la lutte professionnelle. On sait maintenant que c’est arrangé et ça a été déclaré au monde », Jean-François Kelly.

Toujours selon le chroniqueur, la lutte est désormais vue comme du théâtre ou comme un film d’action : les spectateurs peuvent se laisser entraîner par l’histoire qui leur est racontée au lieu de se convaincre que les pugilistes se détestent réellement.

« Dès l’apparition de lutteurs québécois tels que Kevin Owens au niveau professionnel, les gens ont pris conscience de la présence de la lutte au Québec et de son accessibilité », commente Hélène Laurin, docteure en communication et amatrice de lutte. (Crédit photo : Louis-Michel Lelièvre)

La présence de Québécois dans le club sélect qu’est la WWE donne également envie aux spectateurs de connaître les jeunes lutteurs qui s’affrontent au Québec avant que ceux-ci ne fassent le saut dans la grande ligue, croit Hélène Laurin, docteure en communication et une amatrice de lutte. Selon elle, la présence des Québécois Sami Zayn, Matt Martel, Chase Parker et particulièrement de Kevin Owens sur les ondes de la WWE donne un aspect sérieux à la lutte au Québec.

Avant de devenir champion universel de la WWE en août 2016, Kevin Owens luttait au Québec sous le nom de Kevin Steen et faisait la pluie et le beau temps sur le circuit indépendant québécois jusqu’en 2014. Il a notamment été une fois champion de la NSPW et trois fois champion du monde à la IWS.

L’importance de la lutte québécoise à la télévision

Depuis 2017, RDS présente mensuellement des combats provenant des différents galas de la IWS. Sur les ondes de RDS2, l’émission de deux heures est divisée en deux parties, d’abord des combats de lutte québécoise, puis des combats de lutte indépendante américaine de la promotion Ring of Honor.

Selon le lutteur Marko Estrada, le fait de présenter de la lutte québécoise au Réseau des Sports offre la possibilité aux spectateurs du Québec et des maritimes d’apprécier le produit.

« Pour le public, la télévision a toujours un impact majeur, les gens trouvent ça sérieux. Les gens des régions éloignées qui voient des lutteurs québécois à RDS vont souvent se déplacer par la suite pour assister à des galas », remarque Estrada.

Pour Jean-François Kelly, les amateurs de soccer qui écoutent un match de la ligue anglaise un dimanche matin à RDS2 resteront fort probablement à l’antenne lorsqu’ils vont voir que c’est de la lutte qui suivra le match. « La lutte, ça attire l’attention », croit Kelly qui commente le spectacle.

En plus des émissions mensuelles, l’équipe de la Lutte à RDS publie chaque vendredi une vidéo sur leur page Facebook qui fait le tour de l’actualité de la lutte québécoise et annonce les galas à venir. Jean-François Kelly explique que cela amène souvent des gens qui recherchent des activités à se déplacer vers des galas de lutte au Québec.

De son côté, Marko Estrada croit que ces chroniques de lutte québécoise font prendre conscience au public du grand nombre de fédérations de lutte qui existe au Québec et dans les maritimes.

Un bassin de lutteurs de qualité

En compagnie de Travis Toxic et de Matt Angel, Marko Estrada forme l’équipe « The Untouchables ». Depuis leur formation en octobre 2018, ils utilisent énormément les réseaux sociaux pour faire la promotion de leurs futurs combats. La vidéo ci-dessous présente une entrevue avec un membre de l’équipe « The Untouchables », Marko Estrada.

Chaque année, le magazine Pro Wrestling Illustrated publie un top 500 des meilleurs lutteurs au monde. En 2019, plus de 15 lutteurs québécois se trouvaient dans ce classement. Si Kevin Owens, Sami Zayn et PCO, des Québécois qui luttent principalement aux États-Unis, sont les lutteurs québécois les mieux classés, plusieurs autres comme Marko Estrada, Markus Burke et Matt Angel luttent presque exclusivement au Québec et ont percé le classement. Ce nombre est à la hauteur du talent qui se cache dans la province selon Patric Laprade qui anime les galas RAW de la WWE à TVA Sports.

Hélène Laurin croit de son côté que la qualité des fédérations québécoises est un facteur important dans la popularité de la lutte au Québec. Elle mentionne notamment la NSPW qui est considérée par plusieurs experts comme la meilleure fédération au Québec.

« La NSPW a vraiment fait un super bon travail de promotion et j’ai l’impression que ça permet de faire connaître la lutte québécoise partout dans la province », remarque Laurin.

Il s’agit d’ailleurs de la première fédération au Québec ayant signé des lutteurs exclusifs durant l’été 2018. Ces contrats assurent donc à la fédération que les lutteurs participeront uniquement à leur gala au Québec. De plus, la NSPW a mis en place la branche de développement « Next-Gen » qui présente des galas avec des jeunes lutteurs qui débutent dans ce sport. Ces lutteurs pourront ensuite rejoindre l’effectif principal de la NSPW et participeront aux galas mensuels de la fédération.

La NSPW existe depuis maintenant 11 ans. La fédération est reconnue depuis 8 ans comme étant la meilleure organisation de lutte au Québec selon les prix annuels de Patric Laprade. (Crédit photo : Louis-Michel Lelièvre)

L’importance des fédérations

Pour Jean-François Kelly, même si une fédération possède d’excellents lutteurs, il est important que les dirigeants possèdent « des bonnes têtes de lutte », c’est-à-dire, des gens qui ayant de l’expérience dans le domaine et qui ont la capacité de créer de bons scénarios.

« Même si les meilleurs acteurs du monde jouent dans un film, si le scénario est mauvais, le résultat ne sera pas bon…c’est la même chose à la lutte, il faut que tous les éléments soient réunis pour avoir du succès », croit Jean-François Kelly.

Kelly mentionne également que le grand nombre de fédérations au Québec amène souvent une fidélisation des amateurs envers l’une ou l’autre en particulier. Il explique que lorsqu’un amateur aime une fédération, il tentera d’y amener des amis et même d’en faire la promotion sur les réseaux sociaux.

Selon le chroniqueur, un autre facteur qui peut amener un nouveau public dans les galas de lutte est la présence de vedettes internationales. Par exemple, lors de leur visite au Diamant au début du mois d’octobre, la NSPW a fait venir l’ancien de la WWE Shawn Spears. Au cours des dernières années, Pete Dunne, Cody, Austin Aries et bien d’autres anciens de la WWE sont venus lutter au Québec.

« La notoriété des vedettes aide à attirer les regards des gens. Lors de leur visite au Québec, ils sont très accessibles, prennent des photos et discutent avec les amateurs sans que tout cela soit hors de prix », remarque Kelly.

Marko Estrada explique que dans ces cas, les nouveaux amateurs vont aux galas pour voir un visage connu et ils repartent souvent en ayant apprécié le travail des lutteurs québécois et reviendront pour voir ceux-ci à l’oeuvre.