La réouverture de certains secteurs d’activité tels que les commerces non-essentiels, les restaurants et les institutions culturelles annoncée au début du mois de février 2021 n’incluait pas la reprise des sports d’équipe. Ainsi, plusieurs groupes se sont mobilisés pour tenter de convaincre le Premier ministre de permettre aussi la reprise des sports collectifs, qui ont un énorme impact sur la santé (psychologique et physique) et le développement (personnel et sportif) des jeunes selon les spécialistes. 

Guylain Dupuis, originaire de Pointe-au-Père de Rimouski, est père de deux jeunes garçons et entraîneur d’une équipe de hockey. En février dernier, il a créé une page Facebook intitulée Coalition pour la promotion du sport au Québec (CPPSQ). « Je l’ai fait à l’origine pour mes fils, pour le hockey, mais finalement [ça regroupe] tous [les] sports confondus », précise M. Dupuis. Son action militante ne s’arrête cependant pas là.

« Un matin, il y a environ trois semaines, j’ai décidé d’écrire une lettre au Premier ministre en mon nom personnel et cette lettre-là a été partagée 250 fois [sur Facebook]. C’est là que je me suis dit que peut-être qu’il y aurait quelque chose à faire comme un mouvement citoyen. » – Guylain Dupuis

Une semaine après la publication de cette lettre, sa page Facebook comptait 1200 abonnés et il s’est vu offrir des entrevues à Salut Bonjour et à LCN qui lui ont permis d’avoir une large portée pour transmettre son message à la grandeur de la province. « J’ai des membres de la Coalition de l’extrême Est-du-Québec comme la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine, en Abitibi et même jusqu’en Outaouais. »

Pour lui, la reprise des sports d’équipe est importante, car elle permet de développer plusieurs qualités qui seront utiles aux jeunes dans leur vie.

« Les qualités que tu vas développer dans la pratique du sport collectif [que ce soit] la confiance en toi, l’estime de soi, le leadership, le travail d’équipe, prendre ta place dans une équipe, contribuer au succès de l’équipe vont faire de toi un meilleur citoyen, une meilleure personne. » – Guylain Dupuis (Les équipes de hockey des Commandeurs de Lévis et des Diablos Donnacona/Pont-Rouge qui s’affrontent lors du Tournoi Junior de St-Charles en 2018. Crédit photo : Mathieu Fournier)

La pratique du sport est selon M. Dupuis primordiale, car elle aide les jeunes à se motiver et à ne pas décrocher de l’école, surtout les garçons. Ce parent engagé espère que son action militante pourrait avoir un impact et aider à changer les choses.

« Avec la mobilisation que le mouvement a créée, je pense que ça va apporter un changement, [que ce soit] avec les personnes qui se sont impliquées dans la Coalition et [parce que] le mouvement est positif et pacifique et peut inciter à une conversation ouverte et sensée, donc permet un meilleur échange. » – Guylain Dupuis

Ce qu’il revendique c’est que le sport soit une priorité maintenant et à l’avenir pour le gouvernement du Québec et le Ministère de l’Éducation parce que le sport fait partie de l’éducation des jeunes. De plus, il souhaite qu’on ne prive plus jamais les enfants de sport sauf dans une situation extrême semblable à celle que l’on vit en ce moment. Même là, il croit que ce serait possible de poursuivre les activités en instaurant des règles comme on a pu le constater durant l’été et l’automne 2020.

La parole aux jeunes

Jeune joueur de football de 16 ans, Isaac Pépin est du même avis que Guylain Dupuis : il a lui aussi écrit une lettre au Premier ministre et a organisé une manifestation qui s’est tenue le 7 mars dernier afin que les jeunes comme lui puissent à nouveau pratiquer leur sport.

Faire du sport pour rester en santé

Le sport, et plus précisément le sport collectif, a un impact important sur la santé et le développement des jeunes, en les aidant à évacuer le stress accumulé et de rester en santé.

« [Le sport] permet de dépenser de l’énergie, la sécrétion d’hormones comme l’endorphine qui sont autant bénéfiques pour le cerveau que pour le corps, une saine gestion de son poids, de l’alimentation et du sommeil. » – Véronique Boudreault, professeure en psychologie du sport à l’Université de Sherbrooke

La pratique d’un sport affecte aussi la réussite scolaire des adolescents. Comme le souligne la professeure, les jeunes sont plus motivés à « rester sur les bancs d’école » quand ils pratiquent un sport d’équipe. Cela leur apprend à se fixer des objectifs à atteindre. De plus, avoir un but les aident à se motiver, explique-t-elle. Elle ajoute qu’il permet de se changer les idées, de dépenser de l’énergie, de prendre une pause et ainsi de mieux se concentrer.

« Le corps a besoin de se dépenser pour ensuite être capable de se [concentrer] sur des tâches intellectuelles. » – Véronique Boudreault

La pratique d’une activité sportive collective a également un impact au niveau du développement des adolescents, en tant que personne et en tant qu’athlète.

« Le sport collectif, c’est un beau terrain d’apprentissage pour les habiletés de vie [comme] la résolution de problèmes, la gestion du stress, la communication, gérer la défaite, apprendre à s’entraider. » – Véronique Boudreault

Le sport aide les jeunes à apprendre à gérer la défaite, à travailler en équipe, à gérer leurs émotions, à résoudre des problèmes et à communiquer, ajoute-t-elle.

Enfin, le sport collectif a un effet considérable sur la socialisation, qui est très importante pour les adolescents, surtout dans un contexte de confinement  et d’isolement causé par l’école à la maison. Le sport est souvent la source principale de socialisation et le moyen avec lequel ils réussissent à trouver un équilibre entre tous les aspects de leurs vies, renchérit-elle. D’après elle, cela leur apporte un sentiment d’efficacité personnelle pour l’estime de soi qui est déterminant à cet âge-là, qui se développe par les réussites et les efforts fournis. Priver les adolescents de pratiquer leur sport d’équipe, c’est  donc les priver de leur méthode de socialisation, de la possibilité d’être compris et du sentiment d’appartenir à un groupe, résume la chercheure. 

Le point de vue du monde sportif

Selon Rémi Richard, directeur général adjoint de Sports Québec, constate de son côté une baisse de motivation chez les jeunes depuis l’arrêt des sports, dit-il. De plus, les jeunes ont besoin de faire partie d’un groupe, commente-t-il, au niveau de la socialisation et de leur développement.

« Pour beaucoup de jeunes, faire partie d’un groupe est important. Ça donne un sens aux jeunes de pouvoir s’identifier à un groupe. » – Rémi Richard

Les différentes associations sportives « ont travaillé avec le ministère, surtout des sports, et la santé publique » afin de permettre une reprise des activités le plus vite possible, amène M. Richard. L’importance du sport pour les jeunes est bien comprise par les autorités, affirme-t-il en évoquant que là n’est pas le problème.

« La préoccupation de la santé publique n’est pas le sport (parce que c’est encadré et qu’il y a peu de risques de contamination), mais plutôt l’avant et l’après (les rassemblements). » – Rémi Richard

La santé publique est préoccupée par l’arrivée de nouveaux variants, même si le nombre de cas et d’hospitalisations est en baisse, donc il ne faut pas s’attendre à avoir des compétitions prochainement ou à des entrainements à l’intérieur en grands groupes, souligne M. Richard.

Le travail de réflexion est donc surtout axé sur la façon d’éviter les rassemblements dans les établissements sportifs, mais aussi d’adapter les mesures en fonction des différentes activités sportives, explique-t-il. 

La reprise se fera de manière graduelle, d’après le directeur adjoint de Sports Québec alors que certains sports comme ceux avec des contacts physiques (ex.: hockey, football, etc.) peuvent plus difficilement reprendre immédiatement. (Les Faucons du Cégep de Lévis-Lauzon – Crédit photo : Mathieu Fournier)

À l’écoute des citoyens et après les mobilisations citoyennes des dernières semaines concernant la reprise des sports, le Premier ministre François Legault a annoncé lors de sa conférence de presse du 12 mars la reprise graduelle des sports dans les zones rouge et orange