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Média-école des étudiants en journalisme

Des sirènes en devenir à Québec

14 octobre 2019 - 08:19

Une petite fille en queue de sirène.

Pour beaucoup de petites filles, nager avec une queue de sirène est un rêve qui se réalise. Élise Gilles/Université Laval.


Elise Gilles

Nombreux sont ceux qui souhaitent prendre de bonnes habitudes, notamment le sport, pour la nouvelle année scolaire. Certains, lassés par la course à pied ou la gym, cherchent des sports plus originaux : chez AquaSirène, à Québec, Marielle Chartier Henault fait découvrir la nage-sirène aux jeunes et moins jeunes. 

Sous les regards émerveillés des sept petites filles qui se tiennent devant elle, Marielle Chartier Henault, vêtue d’un maillot de bain à écailles multicolores, s’enfonce dans l’eau et ondule gracieusement jusqu’à l’autre bord de la piscine. Très attentives, les jeunes élèves de ce cours découverte de la natation « sirène » viennent d’apprendre le « kick du dauphin« , mouvement de base de la nage avec une queue de sirène. Car c’est pour cela qu’elles sont venues ce matin du samedi 28 septembre, au Collège Notre-Dame-de-Foy, à Québec, accompagnées de leur famille : pour apprendre à nager comme ces créatures aquatiques fantastiques. « Je crée mes propres cours en mélangeant la monopalme et la natation synchronisée », explique la professeure.

 

 

Pendant près d’une heure, les sept apprenties-sirènes ont pu apprendre différents types de nages spécifiques à la pratique. Aidées ou non d’un flotteur, elles ont agité leur queue de sirène, choisie selon leur préférence au début du cours, en nageant sur le dos, en ondulant sur le côté ou encore en passant à travers des cerceaux. Le cours s’est finalement achevé par une séance photo, après un apprentissage de poses de sirène. Les parents, fiers accompagnateurs à cette activité originale, ont eux aussi été ravis. « C’était très bien, cela donne presque le goût d’essayer aussi », s’exclame joyeusement Isabelle Verret, venue accompagner sa fille et sa nièce. Elle trouve néanmoins qu’il faut être assez grand pour s’essayer à cette pratique : « ma fille de 10 ans a plus profité que ma nièce qui est plus jeune ». 

Pendant toutes la durée du cours , les sept fillettes sont aidées par Katherine Robert, étudiante à l’université Laval qui s’occupe elle aussi des cours de sirène. Si elles ne sont pour le moment que deux à Québec à enseigner l’activité, Mme Chartier Henault aimerait engager deux autres moniteurs pour compléter l’équipe, mais elle peine pour le moment à les trouver. Travailler en tant que moniteur-sirène n’est pourtant pas des plus compliqués : seul un diplôme de sécurité aquatique délivré par la Croix Rouge est nécessaire puisque l’école propose ensuite à ses recrues une formation de deux heures à l’apprentissage de la nage-sirène.

« Je me sentais comme une star. »

L’école AquaSirène, ouverte en 2017 à Québec, est gérée par Marielle Chartier Henault, sirène professionnelle (c’est à dire qui vit de son travail en tant que sirène) depuis 2015. À 29 ans, elle est à la tête d’une quinzaine d’autres écoles AquaSirène au Canada et aux États-Unis, et vend même des franchises, ce qui lui a permis d’exporter son concept au Mexique et aux Émirats Arabes Unis. Pourtant, ce n’est que récemment que la jeune femme a fait connaissance avec le monde des sirènes. Mannequin et diplômée en gestion, elle s’est prise au jeu lorsqu’un ami photographe lui a demandé de poser avec une queue de sirène. « L’expérience était amusante, je me sentais comme une star et il y avait une nouvelle énergie », se souvient-elle. « Suite à ce shooting, j’ai commencé à regarder des vidéos de sirènes en Allemagne et j’ai eu une révélation. » C’est ainsi qu’elle s’est lancée dans la création de son école Aqua-sirène, sur un marché où la concurrence est faible et la pratique peu connue. 

 

Marielle Chartier Henault aidant une de ses élèves à nager.

Marielle Chartier Henault propose des cours aux débutants comme aux pratiquants réguliers, mais également des cours de découvertes pour des fêtes et autres évènements. Élise Gilles/Université Laval.

Marielle Chartier Enault pratique ce qu’on appelle plus couramment le « mermaiding », où « faire la sirène », expression qui vient du mot anglais « mermaid » qui signifie donc sirène. Comme l’explique dans une vidéo Claire la Sirène, une autre sirène professionnelle travaillant à l’aquarium de Paris, dans une vidéo, le mermaiding « vient des États-Unis et est apparu au début des années 2000 et n’a cessé de s’amplifier depuis ».

Depuis quelques années, cette activité concentre donc de plus en plus d’adeptes. Partout dans le monde se créent des rassemblements de sirènes, comme à Bexhill, au nord de l’Angleterre, où 325 sirènes ce sont réunies en 2017 (établissant ainsi le record du monde), mais également à Sacramento, où se tient depuis 2011 la California Mermaid Convention, ou encore au Festival des Sirènes, organisé pour la première fois en France en 2017.

Marielle Chartier Henault aidant une de ses élèves à nager.

Avec leur monopalme aux pieds, les jeunes participantes peuvent aller plus vite lorsqu’elles nagent. Élise Gilles/Université Laval.

Mais difficile d’évaluer le nombre de pratiquants autour du globe. Sur les forums spécialisés, ce sont des centaines de sirènes et de tritons qui échangent chaque jour, souvent pour organiser des rencontres. Selon Mme Chartier Henault, on dénombrerait pas moins de « 1000 sirènes professionnelles » (qui donnent des cours ou se produisent en spectacle) à travers le monde. Toujours est-il que le nombre ne cesse d’augmenter, comme l’explique la jeune Québécoise : « Lorsque j’ai commencé à donner des cours, de plus en plus de gens voulaient essayer, ce qui m’a amenée à ouvrir AquaSirène pour gérer tout cela ». 

L’engouement pour le mermaiding est tel que les sirènes sont aussi de plus en plus populaires sur les réseaux sociaux. Voici les cinq sirènes qui regroupent les plus grosses comunatutés sur Instagram grâce à leurs photos surréalistes.

 

 

Si cette pratique est de plus en plus plébiscitée, c’est aussi parce que les bénéfices sont nombreux. La discipline apporte beaucoup physiquement, comme l’explique Raymond Veillette, chargé d’enseignement au département de la kinésiologie de l’Université Laval : « C’est un mouvement ondulatoire qui ressemble à celui de la nage papillon. Les bénéfices en terme de musculation vont donc être assez similaires, ciblés sur le tronc et les membres inférieurs. En travaillant en apnée, on a également une adaptation au niveau du cardio. »  Les effets sur le long terme sont aussi significatifs : « On va avoir une amélioration de la condition physique », affirme-t-il. « Et l’avantage de la natation, c’est qu’il n’y a pas d’impact sur les articulations comme avec la course à pied ».

« Les gens n’ont pas l’impression de faire du sport car ils s’amusent », précise encore Marielle Chartier Hénault. « Les personnes en surpoids apprécient beaucoup cette pratique car c’est très accessible. » Mais les bénéfices sont aussi psychiques et sociaux. « C’est très body positive, les gens se sentent beaux », explique la professeure. « Et c’est une activité inclusive : les gens fluides dans leur sexualité aiment beaucoup la nage-sirène car on devient une créature magique, donc on peut être qui l’on veut et choisir son caractère. »

 

Aujourd’hui Marielle Chartier Hénault espère donner plus de visibilité à sa discipline en y ajoutant un aspect compétitif. « Il y a une compétition internationale en Chine, mais j’aimerais instaurer un concours national au Canada », explique-t-elle. « Cela permettrait de donner un but aux entraînements. Et ce sport serait vraiment reconnu avec la création d’une fédération. »