Notre cerveau est sensible aux fausses nouvelles en raison de ses biais cognitifs. (Crédit image: Gerd Altmann / Pixabay)

Vaccins, Covid-19, alimentation, politique : la quantité d’informations qui circulent et qui se contredisent en ligne rendent souvent difficile la tâche de déceler le vrai du faux et le bon du mauvais. Nous risquons tous de tomber dans un piège un jour et de relayer une fausse nouvelle. Selon Jordan Axt, assistant professeur de psychologie à l’Université McGill, ce sont nos biais cognitifs qui nous rendent vulnérables à la désinformation.

Directeur du McGill Intergroup Cognition Lab, Jordan Axt explique que notre sensibilité aux fausses nouvelles relève en réalité des mécanismes de fonctionnement notre cerveau. Le chercheur en psychologie affirme que nous pouvons tomber dans le piège d’une fausse nouvelle principalement en raison de trois « biais cognitifs », c’est-à-dire : des raccourcis que notre cerveau prend pour traiter et comprendre l’information sans que nous nous en rendions compte : la recherche de la confirmation de ce que nous pensons déjà, la recherche de e qui nous est déjà familier et le désire de trouver une explication réaliste à tous les événements.  

Le premier biais est celui de la recherche d’une confirmation. Selon le professeur Axt, l’humain aime avoir raison et recherche inconsciemment l’information qui confirme ce qu’il pense déjà. Notre cerveau a donc tendance à automatiquement rejeter l’information qui le contredit parce qu’il la perçoit comme suspicieuse, illustre-t-il. Cela peut être dangereux à l’ère numérique, affirme le spécialiste, parce que l’humain va avoir tendance à suivre des comptes ou des groupes, sur les réseaux sociaux, qui partage déjà les mêmes idées que lui. Dans le même mouvement, nous allons complètement va écarter les points de vue opposés aux nôtres.

« C’est un peu comme un complexe de validation, on cherche à trouver ce qui nous réconforte. » – Jordan Axt

Le deuxième biais cognitif avec lequel doit composer notre cerveau est notre tendance à rechercher des informations auxquelles il est déjà habitué : « la mémoire est parfois trompeuse. » Cette « vérité illusoire » nous amène à croire davantage à une information à laquelle nous avons déjà été exposés, explique M. Axt.  Qu’elle soit ce soit fausse ou non, le cerveau a toujours plus de chance de croire une nouvelle qu’il a déjà rencontrée parce qu’inconsciemment il va associer ce qui est familier à ce qui est vrai, élabore l’expert.

Finalement, le troisième biais est celui de détection, soit le désir de trouver une cause ou une explication réaliste à tous les événements. Selon le directeur de laboratoire, le cerveau cherche toujours à déterminer un lien de causalité pour éviter de se sentir vulnérable face à ce qui s’est produit et à ce qui peut se reproduire sans qu’il ne le comprenne. Jordan Axt ajoute que c’est une des raisons pourquoi certaines théories du complot sont si populaires : « parce que le cerveau cherche à tout expliquer. » 

Entre scepticisme et complotisme

Andrew Robertson ne se dit pas complotiste, mais plutôt sceptique : que mouvement qui vise à remettre en question l’ensemble des informations qui circulent, explique le Philosophie Magazine. Étudiant en psychologie à l’Université Concordia, il croit que toute la vérité est souvent manipulée ou cachée par les personnes au pouvoir, ce qui le pousse à questionner les informations qui circulent. Par exemple, dans le cas de la Covid-19, Andrew Robertson, croit que la population générale n’a pas accès à tous les faits, ce qui l’empêche de croire que la pandémie existe bel et bien.

« Que ce soit pour des raisons de sécurité nationale ou parce que les études ne sont pas encore complétées, le gouvernement retient certainement des informations qui ne sont pas, et ne seront peut-être jamais, disponibles au grand public. Je ne peux pas simplement croire ce qui est dit sans toutes les preuves. » – Andrew Robertson

L’étudiant en psychologie affirme que cette attitude à l’égard des informations qui circulent le pousse à redoubler d’efforts pour débusquer les fausses nouvelles.

Selon le Digital News Report 2020 de l’Institut Reuters de l’Université Oxford, en moyenne 56% de la population mondiale se dit préoccupée par la quantité de fausses nouvelles qui circulent. Au Canada, l’institut évalue que ce sont 65% des habitants qui témoignent d’un certain niveau de crainte.

Voici un tableau qui présente le pourcentage de la population inquiète par les fausses nouvelles dans cinq pays occidentaux en 2020.

Savoir débusquer les fausses nouvelles

Mais qu’est-ce qu’une fausse nouvelle réellement ? C’est une information qui est fausse, mais qui a la même apparence qu’une vraie, répond Doria Rahmani, coordonnatrice de l’initiative #30secondes. Selon elle, ces fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux sont des rumeurs à grande échelle, souvent à caractère politique et portant sur des personnes publiques, ayant un titre sensationnel et qui font peur ou qui font la promotion de stéréotypes, de mythes et de complots.

Souvent choquantes, les fausses nouvelles sont inventées principalement pour des raisons monétaires. La coordonnatrice du projet affirme que plus une nouvelle est populaire et génère des clics en ligne, plus elle est profitable pour ses créateurs grâce à la visibilité et aux revenus publicitaires qu’elle génère.

« Les impacts des fausses nouvelles sont nombreux, puisque l’information façonne notre vision du monde. » – Doria Rahmani

Pour elle, les nouvelles qui circulent forgent nos idées sur le monde qui nous entoure : si l’information est fausse alors notre participation au sein de la société démocratique sera influencée.

Pour contrer les répercussions de ce phénomène sur une population qui a de plus en plus de mal à discerner le vrai du faux dans toutes les informations qui circulent, l’initiative #30secondes, lancée en partenariat avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, offre des séances de formation gratuites dans les établissements scolaires, dans les bibliothèques, dans les centres communautaires ainsi que dans les maisons pour personnes âgées.

« L’objectif est de faire développer aux citoyens des réflexes pour repérer les fausses nouvelles et mieux comprendre l’impact qu’elles peuvent avoir dans la société. » – Doria Rahmani.