À Grande Allée, les bars doivent gérer un nouveau phénomène, celui du GHB : le cas médiatisé du bar l'Expat a retenu l'attention. (Crédit photo : Pierre-Marie Nicolas)

Le 2 novembre dernier, la Régie des alcools, des courses et des jeux annonçait la suspension pour une durée de 28 jours de l’autorisation de vente d’alcool du bar l’Expat à Québec. En cause, plusieurs cas d’intoxications au GHB, un phénomène que constatent les centres d’appels comme Aide et Drogue, qui s’inquiètent et appellent à la sensibilisation.

Maxime Miranda, coordinatrice du développement du centre d’appel Aide et Drogue basé à Montréal explique que la consommation de GHB  peut se faire de manière volontaire, et qu’à petite dose, ses effets se rapprochent plus de l’alcool, « beaucoup [le] consomment de manière consentante, notamment pour l’effet relaxant », résume la spécialiste.  À l’inverse, consommé en grande quantité par une personne a son insu, les effets peuvent engendrer une perte de mémoire, une confusion, une perte de coordination. La coordinatrice constate, au sein de la structure, que les témoignages des victimes abordent des effets similaires : vertiges, accélération du rythme cardiaque, perte de la vision.

Inodore et insipide, le GHB ressemble de près à de l’eau. L’acide gamma-hydroxybutyrique est  un puissant psychotrope versé en douce dans le verre des victimes et qui peut provoquer des malaises, des vomissements et surtout des pertes de connaissance pour la personne qui le consomme. Consommé avec de l’alcool, le GHB a des effets potentialisateurs.  Une fois mélangées, ils provoquent un effet double. 

Cependant, avec la multiplication des cas d’intoxications au GHB rapportés dans les médias, Maxime Miranda ne remarque pas une augmentation des appels. « La difficulté avec cette drogue c’est qu’elle disparaît rapidement de l’organisme. Au maximum, elle va rester 8h  dans le sang et 12h dans l’urine. Ça rend la drogue difficile à détecter », ajoute l’intervenante. 

De plus, elle observe un manque de relation entre les plateformes d’aide et les services de police ou médicaux. « Parfois, des personnes nous appellent ne sachant pas quoi faire, mais nous ne pouvons pas les mettre directement en relation [avec les services appropriés]. C’est un frein au diagnostic et aux poursuites judiciaires ».  

Ainsi avec la multiplication des cas d’intoxications au GHB recensés récemment dans les médias de Québec, les gérants de bars doivent faire preuve de vigilance. Depuis quelques mois des cas d’intoxications au GHB se multiplient dans le milieu de la nuit à Québec, menant à des interventions médiatisées, notamment au bar l’Expat, situé sur Grande Allée. Des cas de consommations excessives d’alcool et de drogues ont été recensés, en plus du non-respect des mesures sanitaires et des actes de violence, indique un représentant du Service de police de la Ville de Québec. Le SPVQ n’a pas souhaité répondre aux questions sur le nombre de cas d’intoxications au GHB qui ont pu être recensées. 

Ce manque de liens entre acteurs se répercute directement sur les victimes d’intoxications, estime Maxime Miranda. Au contraire, elle croit que la parole se libère plus sur les médias sociaux comme Twitter ou encore Instagram.

De jeunes victimes  

Clara Navarro, une Française âgée de 18 ans et potentielle victime de cette drogue témoigne de son expérience avec ce que le corps médical soupçonne être une ingestion de GHB à son insu. Le 27 août dernier, dans le sud de la France, elle est en boîte de nuit avec des amis et décide de commander au bar de la discothèque, une boisson non alcoolisée en attendant que ses amis finissent la soirée pour les ramener chez eux comme conductrice désignée. Après avoir bu dans mon verre, peut-être 15 ou 20 minutes après j’ai eu mal au crâne, j’ai eu l’impression que j’allais m’effondrer ». Elle décide donc de sortir prendre l’air sur la terrasse du club et manque de chuter. Elle décrit la sensation comme : 

“Le cœur qui s’emballe, je n’arrive plus à respirer. Mon ami décide donc, de me faire sortir de la boîte de nuit, ce que je dis la je ne m’en souviens pas, on me l’a dit après que l’effet soit parti. C’est horrible à vivre. »  

En effet, un des principes de cette drogue est de provoquer chez la personne intoxiquée une absence totale de souvenir. Ses proches la transportent aux urgences les plus proches pour essayer de comprendre ce qui lui arrive. Une fois sur place, les médecins de garde sont tous occupés, une infirmière la prend donc en charge. Malgré tout, l’infirmière présente ce soir-là n’a pas pu définir précisément le type de drogue que la personne l’a forcée à prendre : la prise de sang qui aurait pu le confirmer n’a pas pu être faite en raison de l’incapacité de la jeune fille à donner son consentement pour le prélèvement.  

Depuis cet événement Clara Navarro ne consomme plus de boissons lors de ses soirées, qu’elles soient privées ou dans un lieu public : « Depuis j’ai peur de subir la même chose, j’apporte ma propre boisson et même là-dessus je ne suis pas sereine. » conclut Madame Navarro. À la suite de cet épisode qu’elle juge « traumatisant », elle se réjouit tout de même des nouveaux moyens mis en place comme des « couvercles » à placer sur des gobelets pour s’assurer qu’aucune substance ne peut être mise dans le verre. 

Les « préservatifs pour verres” ont été créés dans le but d’éviter qu’une personne mal intentionnée glisse une substance dans le verre d’une autre. (Crédit photo : My Cup Condom)

Avec l’avènement des réseaux sociaux et la libération de la parole, de nombreuses victimes n’hésitent plus à en parler. Le mouvement Balance ton bar né sur Instagram et Twitter gagne de plus en plus de popularité. Des témoignages anonymes, ciblant l’endroit des agressions, sont rassemblés sur le compte Instagram du mouvement.