Lors du lancement de la campagne "Du Soutien y en a pour toi" les visuels étaient présents absolument partout sur le campus, réparti selon la surface et l’achalandage des pavillons. (Crédit photo : Claudia Camplong)

Lancée le 18 octobre 2021, la campagne « Du soutien y en a pour toi » mise en place par la CADEUL et l’AÉLIES, les deux principales associations étudiantes de l’Université Laval, vise à sensibiliser la communauté aux enjeux de santé mentale. Cette campagne très visuelle amène la communauté universitaire à réfléchir et propose des ressources sur son site web Dusoutien.ca.

De la tristesse, de la colère, de la surprise et des chocs font partie des retours qu’ont reçus les deux associations de la part de leurs membres. Marc-Antoine Tourville, vice-président à l’enseignement et à la recherche de la CADEUL explique que des personnes ne comprenaient pas pourquoi il y avait autant d’affiches de cette campagne ou encore qu’elles auraient voulu être prévenues de son lancement.

Toutefois dans l’ensemble, les professeurs et les membres du personnel ont plutôt bien accueilli la campagne estime Louibert Meyer, Secrétaire aux affaires externes de l’AELIÉS. Monsieur Meyer rapporte que des professeurs ont même fait écho à cette campagne dans leur cours.

Marc-Antoine Tourville, Vice-président à l’enseignement et à la recherche (CADEUL) et Louibert Meyer, Secrétaire aux affaires externes (AELIÉS) autour d’une affiche de la campagne Du soutien y en a pour toi.
Marc-Antoine Tourville (à gauche), Vice-président à l’enseignement et à la recherche (CADEUL) et Louibert Meyer (à droite), Secrétaire aux affaires externes (AELIÉS) sont en charge de la campagne Du soutien y en a pour toi. (Crédit photo : Claudia Camplong)

Les messages sur les affiches, installées partout sur le campus, peuvent confronter certaines personnes par leur répétition et leur sémantique estime Ariane Bélanger-Gravel, professeure agrégée au département d’information et de communication de l’Université Laval.

Certains messages comme « Tu peux pas garder ça en dedans » ont des nuances un peu prescriptives : des personnes ne pourraient pas être prêtes à recevoir ce type de message et prendre action, ajoute Madame Bélanger-Gravel.

Capture d'écran du site internet "Dusoutiens.ca" avec le message "Tu peux pas tout garder en dedans" en une
Le site internet de la campagne est pensé comme un portail vers les ressources, les témoignages et les activités offertes sur le campus en matière de santé mentale. (Crédit photo : Claudia Camplong)

Le choix des mots et le fait qu’en matière de santé, les campagnes ont tendance à utiliser un ton suggestif a peut-être pu heurter ou faire réagir selon Madame Bélanger-Gravel. Marc-Antoine Tourville et Louibert Meyer mentionnent que parmi les personnes troublées par les messages de la campagne, plusieurs ont ensuite exprimé des problèmes sous-jacents en santé mentale dans leurs échanges avec leurs associations.

Marc-Antoine Tourville admet que ce n’est peut-être pas la façon dont ces personnes auraient voulu être confrontées à leur état de santé psychologique, cependant reconnaître qu’il y a un problème est une première étape, selon lui.

Sensibilisation et accés aux ressources

« Ça se peut aussi que des personnes ne se sentent pas interpellées par la campagne » convient Marc-Antoine Tourville. Cependant pour les deux porteurs du projet, il est important de savoir si « pour les gens que ça a interpellé, est-ce qu’ils ont au moins pris action par rapport à la solitude qu’ils peuvent ressentir, leur anxiété, leur dépression, leur symptôme négatif ? », ajoute Monsieur Tourville.

Sensibiliser les gens à des enjeux aussi complexes par une campagne d’affichage n’est pas facile selon Ariane Bélanger-Gravel. Toutefois, avec un affichage aussi intensif on peut s’attendre à un haut taux de rappel qui peut « faire « popper » quelque chose dans la tête de quelqu’un qui n’y avait peut-être pas nécessairement pensé », explique Madame Bélanger-Gravel.

Selon cette spécialiste des processus des changements comportementaux et des évaluations des campagnes sociétales, il y a deux éléments clefs qui se retrouvent dans le message : d’une part la reconnaissance d’un état ou la prise de conscience de quelque chose qu’il pourrait y avoir à l’intérieur de nous ; d’autres parts des solutions pour y faire face.

« Retrouver ces deux éléments est très important dans le contexte d’une campagne en santé mentale, les gens ont besoin d’avoir accès à ces services-là » assure Ariane Bélanger-Gravel.

Post Facebook de la campagne Du Soutien y en a pour toi
« L’axe du campus est un des canaux de communication de la campagne. On a fait beaucoup de promotion en début de parcours, on va faire beaucoup de publication web par la suite pour relancer la campagne, parce que c’est beaucoup plus facile d’aller sur le site internet » – Marc-Antoine Tourville, Vice-président à l’enseignement et à la recherche de la Cadeul (Crédit photo : Claudia Camplong)

Les problèmes en santé mentale ne nécessitent pas forcément un suivi psychologique, rappellent les deux représentants des associations. Il existe selon eux des « outils d’autogestion en santé mentale et en bien être » qui peuvent répondre aux besoins. La campagne vise aussi à sensibiliser la communauté universitaire sur « comment prendre bien soin de soi et de son entourage ».

« Dans ce genre de campagne, il faut qu’il y ait un bon arrimage avec des ressources. » – Ariane Bélanger-Gravel, professeure agrégée au département d’information et de communication, Université Laval

Sur le site web Dusoutien.ca, les étudiantes et étudiants ont accès à une multitude de ressources disponible à l’Université Laval, dans les organismes gouvernementaux et les organismes à but non lucratif.

L’un des objectifs des organisateurs de la campagne est de rassembler au même endroit le maximum de ressources en santé mentale pour les étudiantes et étudiants, car de l’extérieur, l’accès à ces services peut sembler disparate.

Parler d’une même voix

La CADEUL et l’AELIÉS ont uni leurs forces autour de cette première campagne de sensibilisation en santé mentale afin de répondre aux besoins de la communauté universitaire.

L’idée a vu le jour en 2019, à la suite de la publication des résultats de l’enquête de l’Union étudiante du Québec (UEQ) sur la santé psychologique des étudiants dans la province. Un sondage mené par l’AELIÉS à l’Université Laval est venu confirmer les résultats et le besoin ressenti par l’association étudiante des deuxièmes et troisièmes cycles.

« Avec la pandémie, des problématiques de santé mentale sont apparues chez certaines personnes, ont été exacerbé chez d’autres, donc c’est d’autant plus important de mettre de l’avant ce type de campagne en ce moment. Il faut prendre soin de nous et des autres en ce moment, être solidaire » – Ariane Bélanger-Gravel

Il a fallu un an de travail en pleine pandémie avant que les étudiants et le personnel de l’université se trouvent face aux affiches rouges et blanches en octobre 2021 sur les campus de l’Université Laval.

La firme Cossette engagée sur la campagne a fourni plusieurs propositions aux associations. Deux d’entre elles ont été retenues et soumises à « un mini-focus groupe avec des personnes issues de différents publics cibles », explique Louibert Meyer. La campagne disponible aujourd’hui est celle qui a été approuvée presque unanimement, rapporte-t-il.

Louibert Meyer décrit le concept de la campagne nommée « Réflexion » comme « non institutionnel, un peu sauvage, qui utilise le mobilier existant, la réalité des gens », pour surprendre, mais rester dans un lieu habituel.

utilisation du mobilier présent pour les affiches de la campagne
Le format de la campagne avec ses visuels collants est aussi assez pratique pour les organisateurs, qu’insolite pour les usagers. (Crédit photo : Claudia Camplong)

À court terme, Ariane Bélanger-Gravel s’attend à ce qu’il y ait une augmentation de la demande d’aide, notamment au Centre d’aide aux étudiants, principale ressource en santé mentale à l’université Laval.

Depuis le début de la campagne, les visuels se sont déplacés au gré de la demande dans les pavillons de l’Université expliquent les organisateurs. Bientôt les « visuels vont changer » et la campagne va aussi s’installer au PEPS annonce Marc-Antoine Tourville.

Louibert Meyer souligne qu’il y aura une évaluation de mi-parcours « sur ce qui a marché ou non, les comportements en lien avec la campagne, sur le site web par exemple ». La campagne de sensibilisation Du soutien y en a pour toi se terminera fin avril 2022. Une réédition ou un prolongement connexe ne sont pas écartés afin de continuer la sensibilisation en santé mentale dans le milieu universitaire.