Elisa Roy souligne que la pandémie a permis à son conjoint, qui était en télétravail, d'être avec elle lors de sa grossesse. La nouvelle mère était quant à elle en arrêt de travail préventif. (Crédit photo : Sarah Rodrigue)

Âgée de 30 ans, Élisa Roy a donné naissance à son premier enfant en pleine pandémie, ce qui a quelque peu forcé la jeune maman a revoir ses plans. « Quand tu t’imagines être enceinte, tu te fais des plans, et avec la pandémie, nos plans sont un peu tombés à l’eau ». 

La COVID-19 a surtout apporté son lot d’incertitudes pour les jeunes parents :

« Des fois, [les médecins] me disaient que mon chum ne pourrait pas être là aux échographies, raconte la jeune mère. Finalement, ils me rappelaient et me disaient que je pouvais être accompagnée. C’était toujours des ups and downs ». Élisa Roy

Elle mentionne aussi que le conjoint d’une de ses amies également enceinte n’a pas pu assister à l’échographie de 20 semaines, celle permet d’apprendre le sexe du bébé, avec cette dernière. 

La vaccination contre la COVID-19 était une autre nouveauté pour les femmes enceintes du côté des soins de santé liés à la grossesse. Alors que certaines semblent réticentes par rapport à la vaccination, le CHU de Saint-Justine a sonnée l’alarme au début du mois d’octobre. Le nombre de cas de femmes enceintes atteintes de la COVID-19 et hospitalisées semble avoir augmenter selon l’hôpital mère enfant de Montréal.

Avec ces nouveautés et le lot de changements engendrés par la COVID-19, la Dre Sophie Maheux, qui pratique à l’Hôpital de Saint-Georges de Beauce, explique que les effets de la COVID-19 sur les femmes enceintes ne touchent pas seulement à la grossesse. « C’est un peu at large, avec l’isolement et le stress que la pandémie a pu ajouter », résume la spécialiste.

Le droit pour les femmes enceintes d’être accompagnées ou non par plusieurs personnes lors de leur accouchement a également changé tout au long de la première année de la pandémie. Elisa Roy, qui désirait avoir une accompagnante à la naissance lors de son accouchement, a préféré renoncer à ce plan en plein milieu de sa grossesse. Elle s’inquiétait que, au cas où elle aurait dû accoucher sans son accompagnante, elle ne serait pas suffisamment préparée en conséquence. « J’aimais mieux savoir qu’on allait être juste moi et mon chum, que de me dire que j’allais l’avoir et qu’elle ne pourrait pas venir », explique-t-elle. Une accompagnante à la naissance peut rester tout au long du travail avec la femme enceinte, contrairement à un médecin. « C’est platte de ne pas pouvoir l’avoir, parce que ça aide vraiment à l’accouchement, à nous supporter », se désole Elisa Roy.

« Ça rajoute des choses dont tu n’as pas besoin quand tu es enceinte. Je ne me créais juste plus d’attentes », Elisa Roy. (Crédit photo : Sarah Rodrigue)

En effet, Jade Arsenault Bérubé, accompagnante à la naissance de FORCE, qui offre un service périnatal et de doulas, affirme que, pendant une bonne partie de la pandémie, un deuxième accompagnateur n’était pas permis lors de l’accouchement. Les accompagnantes à la naissance devaient alors communiquer avec les femmes enceintes par textos, par appels téléphoniques ou par visioconférences.

Madame Arsenault Bérubé ajoute que certains couples « n’auraient pas pris les mêmes décisions durant la naissance », s’ils avaient eu leur accompagnante avec eux. Selon elles, les parents en devenir auraient possiblement été en mesure de prendre des décisions qui allaient dans le sens de leurs souhaits de naissance, grâce à l’encadrement de leur accompagnante. En leur absence, certaines futures mères ont vu certains de leurs droits brimés par le personnel médical, estime Mme Arsenault Bérubé. « J’ai entendu beaucoup d’histoires de violence obstétricale pendant la pandémie », se désole-t-elle.

Pas que du négatif

Malgré la peur de contracter la COVID-19, Elisa Roy n’a par arrêté de voir ses amies et sa famille pour autant, afin de préserver sa santé mentale. « Quelque part, ça ne me tentait pas non plus de m’isoler et de rester toute seule, souligne-t-elle. Je voulais profiter du monde avant l’arrivée du bébé ». 

Tout au long de sa grossesse, Elisa Roy ne s’est pas non plus sentie abandonnée par le système de santé. « On aurait dit que [les médecins] étaient plus présents, qu’ils s’informaient beaucoup par rapport à ma santé mentale », se surprend-elle. Afin de diminuer les visites à l’hôpital, comme plusieurs femmes, elle n’a cependant pas eu son échographie de fin de grossesse, normalement effectuée entre 30 et 35 semaines. « Les rendez-vous étaient un peu plus espacés. D’habitude, c’est aux quatre semaines et j’étais aux cinq six semaines », ajoute Elisa Roy. 

Au début de la pandémie, « on étirait beaucoup plus les suivis vers du six, des fois huit semaines », affirme Dre Sophie Maheux. Elle explique que les patientes ne se présentaient pas dans le bureau de leur médecin à moins que la grossesse ne nécessite absolument une échographie. Les rencontres se faisaient donc par téléphone ou par vidéoconférence. Les suivis plus espacés n’ont pas eu de conséquences médicales sur les bébés ou les mères, la Dre Maheux qui précise cependant que les rendez-vous sont revenus à la normale depuis l’été 2021.

D’autres changements ont eu lieu se souvient la jeune maman : par exemple, lors de son accouchement, Elisa n’avait pas le droit de sortir de sa chambre d’hôpital pour marcher. « J’avoue que celles qui arrivent et qui sont dilatées à un, la journée est longue à rester dans sa chambre », mentionne-t-elle. En revanche, à sa grande surprise, la nouvelle maman a particulièrement apprécié une règle sanitaire : aucun visiteur à l’hôpital après l’accouchement. « Ça te permet de récupérer, d’être seule avec ton bébé, d’apprendre à le connaître », raconte-t-elle.

 Les femmes ne devaient porter le masque que lorsqu’elles sortaient de leur chambre, au moment où Elisa Roy a accouché, en juillet 2020. Les accompagnateurs devaient quant à eux mettre un masque en présence du personnel de santé. (Crédit photo : Canva)

Protéger son enfant de la COVID-19

Elisa n’était pas non plus stressée que son fils, maintenant âgé d’un an, contracte la COVID-19 lorsqu’il a commencé la garderie au début de l’automne. « Étant donné que c’est un milieu familial à neuf, ça me stressait moins que de l’envoyer dans un CPE », explique-t-elle. 

Cependant, une fois leur petit Adam né, la nouvelle maman et son conjoint demandaient à leur famille de se laver les mains avant de prendre leur nouveau-né et de ne pas venir le voir s’ils avaient des symptômes grippaux. Le couple évitait également les lieux publics. « Moi, mon garçon, au restaurant, il n’y est pas allé souvent » lance Elisa Roy à la blague.