L'exposition Ô merde! sera présentée au Musée de la civilisation de Québec jusqu'en mars 2023. (Crédit photo : Sarah Rodrigue)

Depuis 2001, l’Organisation mondiale des toilettes a consacré la journée du 19 novembre comme Journée mondiale des toilettes, une journée reconnue par l’ONU en 2013. C’est donc le moment parfait pour parler de l’exposition Ô merde! qui est encore à l’affiche au Musée de la civilisation de Québec.

Types d’excréments, évolution de la toilette, valorisation des matières fécales, enjeux sanitaires, l’exposition Ô merde! raconte l’histoire de la crotte sous tous ses angles. « On avait deux grands objectifs, raconte Coline Niess, chargée de projets d’expositions au Musée de la civilisation. On avait notre message principal: la merde n’est pas un déchet, mais une ressource […]. Et notre autre objectif était vraiment d’éveiller les consciences par rapport à la problématique d’accès à des toilettes dans le monde », précise-t-elle.

Sur cette photo, on peut voir le contraste entre le traitement des matières fécales dans les pays en voie de développement et dans un pays industrialisé comme le Canada où le traitement des eaux usées se fait en usine. (Crédit photo : Sarah Rodrigue)

C’est Coline Niess qui a eu l’idée d’une exposition consacrée aux matières fécales lorsqu’elle a assisté à une exposition sur le cerveau et l’intestin il y a trois ans. « Il faudrait vraiment parler, oui de l’intestin, mais aussi de ce dont on ne parle jamais, […] les matières fécales », affirme Madame Niess. Pour elle, l’exposition s’intéresse à la merde sous un angle plus anthropologique et sociétal que physiologique. Le Musée de la civilisation n’a cependant pas accepté l’idée de Madame Niess immédiatement, n’étant pas certain qu’une exposition sur ce thème serait bien reçue par le public. 

Mais Coline Niess a fini par gagner son pari. « Ça a été, je dirais, à 99,9% très, très positif, se réjouit-elle, en parlant du succès de l’exposition. Il y a eu vraiment un engouement fou. Pendant l’été, on a battu des records de fréquentation dans un contexte de COVID ». Les visiteurs étaient surpris d’avoir appris tant de choses sur les matières fécales et les enjeux sanitaires dans le monde, ajoute la commissaire de l’exposition.

En effet, celle-ci propose des attractions inusitées comme des arcades : les jeunes comme les plus vieux peuvent s’amuser à traiter les eaux usées en éliminant des objets tels que des condoms et des tampons dans un jeu rappelant le célèbre pacman.

Transformer la crotte en ressource

Pour Coline Niess, la société doit modifier son regard par rapport aux matières fécales. « Si on peut penser que la merde peut faire partie de ce qu’on appelle l’économie circulaire, c’est-à-dire que ce qui est un déchet pour toi va être une ressource pour moi, […] c’est un objectif atteint », résume Madame Niess. 

À Québec, par exemple, c’est par la biométhanisation, un processus de valorisation des matières fécales qui est mis en valeur dans l’une des nombreuses sections de l’exposition Ô merde!. Lors du processus de biométhanisation, on capte des gaz comme le méthane dégagés pour les transformer en énergie utilisable. « Le but, c’est de traiter les matières organiques, par exemple les boues. C’est dans un réacteur fermé et on va produire du biogaz », explique Céline Vaneeckhaute, membre du comité scientifique de l’exposition et professeure agrégée au du département de génie chimique de l’Université Laval.

Madame Vaneeckhaute travaille également sur l’optimisation du centre de biométhanisation situé sur le boulevard Henri-Bourrassa à Québec. Lorsque celui-ci sera complètement opérationnel en 2022, il pourra recevoir jusqu’à 48 000 tonnes de boues municipales pompées des usines de traitement des eaux usées de la ville.

Lorsque l’accès aux toilettes est un privilège 

Comme deuxième objectif de l’exposition Ô merde!, Coline Niess désirait expliquer aux visiteurs que l’accès à des installations sanitaires est un privilège et non un droit acquis pour tous. À l’aide de photos et de cartes du monde accompagnées d’informations pertinentes, l’exposition montre qu’ « il y a des pénuries d’accès à l’eau dans le monde et, nous, on fait caca dans de l’eau potable », s’indigne la spécialiste.

Cette salle immersive de l’exposition Ô merde! montre comment certaines personnes doivent faire leurs besoins à même les rues dans des pays en voie de développement. (Crédit photo : Sarah Rodrigue)

Shany Nadeau, une étudiante âgée de 22 ans qui a fait plusieurs voyages de coopération internationale dans les dernières années, a observé sur le terrain les enjeux sanitaires que souligne Coline Niess. Madame Nadeau a été confrontée à l’absence de toilettes convenables au Bénin. « Pour aller à la salle de bain, la majorité des citoyens devait se rendre à la plage pour faire leurs besoins en même temps de se laver dans la mer », se souvient-elle. Elle souligne aussi qu’il n’y avait qu’une seule latrine de trois accès pour tout le village dans lequel elle habitait.  

« C’était pour nous absurde, carrément, qu’il n’y ait pas de salle de bain ou de douche », se rappelle la coopérante. La situation semblait cependant normale pour les habitants de ce village béninois ajoute-elle. Madame Nadeau mentionne que les maladies étaient courantes dans la communauté. Certains membres de son groupe de coopération internationale ont contracté des parasites lors de leur séjour. « Même nous, on a été plusieurs à être malades, malgré le fait qu’on faisait très attention », constate-t-elle. 

« Je trouve que cette exposition est très pertinente, parce qu’on est peu sensibilisé sur les enjeux hygiéniques des autres pays », Shany Nadeau.

« L’accès aux toilettes, c’est important pour la prévention des maladies », confirme Céline Vaneeckhaute, spécialiste du traitement des ressources résiduelles. Il y a moins de réglementation pour le traitement des matières fécales dans les pays en voie de développement selon madame Vaneeckhaute.

Céline Vaneeckhaute fait aussi le parallèle avec le traitement des eaux dans le Nord-du-Québec, où l’on contamine l’eau des lacs. Là aussi, le problème est que les gens boivent également cette eau. « En même temps, dans l’eau du lac, il y a les poissons aussi qui sont la plus grande source de nourriture », constate-t-elle. Madame Vannekhaute et son équipe concentrent une partie de leurs recherches à l’amélioration du traitement des eaux usées dans ces régions éloignées du Québec.