En laboratoire, pour faire un organisme génétiquement modifié (OGM), une des techniques utilisées est d’y insérer une cassette de résistance à un antibiotique (petit morceau d’ADN conférant une insensibilité) comme marqueur pour vérifier si la modification désirée a bel et bien fonctionné. La rumeur stipule que cette résistance pourrait être transférée aux bactéries vivant dans nos intestins à la suite de l’ingestion de plantes modifiées génétiquement via un phénomène nommé le transfert horizontal de gènes.

Plusieurs technologies existent pour concevoir les OGMs présent sur le marché. Celles-ci ont toutes été démontrées comme étant sans danger selon une méta-analyse publiée cette année dans le journal Environmental Reaserch par Jose L. Domingo. De plus, parmi les gènes de résistance les plus communément retrouvés dans ces processus, il y a ceux qui permettent à la plante de contrecarrer les herbicides. Cette fonction, même si elle serait acquise par les bactéries, ne pourrait pas leur procurer de résistance croisée à un antibiotique, selon Vincent Burrus, professeur chercheur à l’Université de Sherbrooke spécialisé en transfert horizontal de gènes. De plus, les OGMs permis sont soumis à de nombreuses vérifications et règles strictes selon le gouvernement du Canada.

L’avis d’experts

Le transfert horizontal de gènes est effectivement un mécanisme utilisé par certaines bactéries pour acquérir de l’ADN, et donc, potentiellement des gènes de résistance à un antibiotique. Cependant, une étude française publiée en 2008 dans le journal PNAS démontre que la présence de gènes de résistance dans un OGM n’a aucune incidence sur le développement de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries dans le sol, qui sont pourtant en contact beaucoup plus longtemps avec la plante modifiée que les bactéries intestinales.

« Les gènes utilisables par les plantes ne le sont généralement pas chez les microorganismes […], il y a donc très peu de risques associés », explique Dr. Burrus. Selon Peter Moffett, professeur chercheur en biologie végétale à l’Université de Sherbrooke. « Les eucaryotes [comme les plantes] ont, de base, des douzaines de gènes de résistance aux antibiotiques et, pourtant, on ne voit pas de gènes de plantes exprimés chez des bactéries ». Il montre ainsi que les chances qu’une bactérie dans nos intestins arrive à obtenir une résistance à la suite de l’ingestion d’une plante sont extrêmement faibles.

Verdict

Cette rumeur ne se base sur aucune source scientifique publiée et met plutôt en relation deux concepts entièrement séparés. Bref, selon le Dr. Moffett, l’acquisition de résistance à un antibiotique via l’ingestion d’un OGM est un phénomène qui serait biologiquement possible dans certaines conditions, mais très peu plausible. « C’est comme si on est dans une maison déjà inondée et qu’on y ajoute deux gouttes d’eau, ça ne change rien ».