Face au cancer du sein triple négatif, l’un des sous-types les plus difficiles à traiter, une équipe de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) explore le rôle d’une famille de protéines : les galectines. Dans une étude publiée en 2025 dans la revue Journal of Medicinal Chemistry, la doctorante Rita Nehmé présente un outil conçu pour repérer la galectine-7, un acteur clé dans la progression de cette maladie. Cette dernière, produite en grande quantité chez environ 40% des patientes, est associée à la capacité des cellules cancéreuses à se propager.
Le cancer du sein triple négatif est une forme de cancer du sein qui ne possède aucun des trois récepteurs guidant habituellement les traitements, touche plus souvent les femmes de moins de 40 ans et présente un risque de progression et de mortalité plus élevé que les autres sous-types.
Dans leurs essais, les chercheurs ont conçu un anticorps miniature, appelé G7N8, capable de reconnaître spécifiquement la galectine-7. Une fois associé à un traceur radioactif, ce nanocorps s’accumule dans les tumeurs exprimant cette protéine, sans atteindre les tissus sains. Cette approche permet de visualiser directement la présence de galectine-7 dans l’organisme et pourrait aider à identifier les patientes les plus susceptibles de répondre à des traitements ciblant ce mécanisme.
« Quand on enlève la galectine-7, la cellule cancéreuse n’est plus capable de se propager », rappelle le Dr St-Pierre, directeur de thèse de Rita Nehmé et coauteur de l’étude, et travaillant depuis plus de vingt ans sur le rôle des galectines dans les cancers.
Quand la galectine-7 a changé la donne
Au début des années 2000, l’équipe du Dr. St-Pierre cherchait à comprendre pourquoi certaines cellules cancéreuses devenaient plus invasives. En comparant différents types de cellules, les chercheurs ont observé que les plus agressives produisaient de grandes quantités d’une protéine peu étudiée, la galectine-7.

« À l’époque, on ne savait presque rien sur ces protéines », se souvient le chercheur. En retirant la galectine-7 d’une cellule cancéreuse, l’équipe avait remarqué que la cellule perdait sa capacité à se propager. À l’inverse, l’ajout de cette protéine à une cellule non agressive la rendait plus invasive. Ces résultats, publiés entre 2003 et 2010, ont établi un lien entre la présence de galectine-7 et l’invasion tumorale.
Plusieurs autres galectines – notamment les 1, 7 et 9 – ont depuis été associées à différents mécanismes de la progression tumorale. Certaines peuvent même interagir avec le système immunitaire, influençant la manière dont la tumeur est détectée par les cellules immunitaires.
Des anticorps miniatures
C’est sur cette base que Rita Nehmé a choisi d’orienter ses travaux de doctorat. Après une première expérience dans le secteur pharmaceutique, elle s’est tournée vers la technologie des nanocorps, des anticorps miniatures capables de cibler une protéine précise avec une grande spécificité.

« Leur petite taille leur permet de pénétrer plus facilement dans les tumeurs solides », explique-t-elle. « Ils sont aussi plus simples et moins coûteux à produire que les anticorps classiques. » Le nanocorps G7N8 s’accumule dans les tumeurs exprimant la galectine-7, ce qui permet de visualiser directement la présence de cette protéine. « On peut ainsi savoir si un traitement a des chances d’être efficace avant même de le donner. » ajoute la doctorante. Cette approche aurait pour objectif d’ouvrir la voie à une médecine plus précise et qui pourrait être adaptée pour différents profils de cancer.
Des traitements taillés sur mesure
Les chercheurs restent tout de même prudents quant à la suite. Avant d’envisager des essais cliniques, plusieurs études précliniques doivent déterminer les doses optimales et évaluer les combinaisons possibles avec d’autres thérapies comme l’immunothérapie ou la chimiothérapie.
« On veut d’abord améliorer les résultats obtenus et déterminer la dose idéale », précise le Dr St-Pierre. « Ensuite, on pourra envisager des essais chez l’humain, probablement d’ici deux ans ». Selon lui, les anticorps miniatures utilisés jusqu’ici ont montrés un bon profil de tolérance, ce qui justifie de poursuivre les évaluations.
À plus long terme, le laboratoire souhaite concevoir plusieurs anticorps miniatures ciblant différentes galectines impliquées dans divers cancers. L’objectif serait de pouvoir orienter plus précisément les patientes selon les caractéristiques moléculaires de leur tumeur.



















