L’envoi des hommes sur Mars d’ici 2030, annoncé par Barack Obama au début du mois d’octobre, a fait resurgir le désir profond des États-Unis d’une conquête de la planète rouge. Presqu’une obsession pour les américains au point d’en devenir le sujet du film « Martian » avec Matt Damon qui a cartonné l’an dernier dans les salles obscures. Un rêve fou ? Pas tellement pour Gilles Joncas directeur du Département de physique, de génie physique et d’optique à l’Université Laval.

 

Non les États-Unis n’enverront pas de nouvelles fusées en direction de la Lune mais oui ils iront sur Mars d’ici 2030. Une décision surprenante du président Barack Obama quand on sait que la conquête spatiale avait été mise entre parenthèses depuis quelques années. Que s’est-il passé depuis pour que l’idée d’envoyer des hommes sur la planète rouge revienne alors que l’administration Bush penchait plutôt pour un retour sur la Lune ?

 

Une exploitation de l’espace privatisée

 

Le Président George Bush lors de son arrivée au pouvoir avait décidé de fermer plusieurs laboratoires au sein de la NASA qui coutaient à l’époque trop cher et jugés inutiles pour son administration. L’arrivée de Barack Obama à la présidence a tout changé. « Le président Obama a pris le taureau par les cornes et à décidé de privatiser l’exploitation de l’espace » explique Gilles Joncas. Trois firmes sont apparues suite à cette décision : SpaceX dirigée par Elon Musk, Orbital ATK et Virgin Galactic.

La NASA gère toujours l’aspect financier mais elle distribue à ces différentes entreprises des enveloppes en fonction de qui gagne les contrats pour la livraison des différentes marchandises nécessaires à l’affrètement de satellite. « Cela a permis d’offrir de meilleurs coûts que la NASA et à cette dernière de se concentrer sur les grands projets comme l’exploration de la colonisation de l’espace et le développement du SLS» confie Gilles Joncas.

 

Space Lauch System, la méga-fusée

 

La fusée SLS est le gros projet de la NASA qui amènera d’ici 2030 des astronautes sur Mars. C’est un projet d’envergure qui permettra d’amener quatre astronautes au lieu de trois. « Des test ont eu lieu dernièrement dans un prototype bourré d’instruments de mesure car la NASA avait perdu le savoir-faire qu’elle avait délaissé aux sociétés privées » explique M. Joncas.

Un lancement du SLS est prévu en 2018 à titre d’essai mais la construction prend du temps. En effet, cette fusée est assemblée comme toutes les autres en plusieurs étages car il est impossible d’en construire une d’une fois. Lors du lancement, chaque partie est évacuée au fur et à mesure pour continuer à prendre plus de vitesse et aller en orbite. La privatisation de l’exploitation spatiale a notamment permis d’économiser de l’argent et d’en injecter ailleurs comme dans la construction du troisième étage de la fusée SLS. Cela va permettre d’avancer l’agenda et de lancer la fusée-test complète en 2021.

 

Un projet viable ?

 

Si tout est prêt en 2021 pour le lancement, une seule inconnue se pose : comment faire survivre les astronautes à bord ? « La technologie est pas un souci car si on est capable de le faire pour des robots, on est capable pour les humains si le budget suit. » explique Gilles Joncas. Le seul problème, c’est de le faire le plus rapidement possible. Les astronautes doivent en effet passer le moins de temps dans cet environnement nocif.

Mais pourquoi envoie-t-on des astronautes dans la station spatiale internationale pendant des longues durées et que sur Mars on ne pourrait pas ? Parce que la station est protégée par le champ magnétique de la Terre. En envoyant des astronautes sur la planète rouge, ils seront confrontés aux émanations du soleil. « Les astronautes seront en bonne santé pendant le voyage mais ils devraient mourir à moyen terme de cancer suite à ces émanations toxiques » ajoute le directeur du département de physique, de génie physique et d’optique de l’Université Laval. C’est donc tout l’enjeu des prochaines recherches de la NASA dans le cadre du projet SLS.

 

Et le Canada dans tout ça ?

 

Le Canada dispose lui aussi d’une agence spatiale qui travaille en étroite collaboration avec l’Agence Spatiale Européenne et donc de la Station Spatiale internationale. Elle a notamment construit le bras télescopique de la Station appelé Canadarm2 ainsi que la base mobile qui sert de poste d’entreposage.

Cependant, depuis quelques années, on fait de moins en moins appel à cette Agence Spatiale Canadienne. Cette dernière a été sous le gouvernement des Conservateurs moins financée et a désormais « des difficultés » pour Gilles Joncas. Par faute d’investissement, le Canada a désormais une mauvaise réputation dans le milieu spatial car sous-financé par rapport aux autres pays alors que les scientifiques canadiens poussent à s’investir plus dans la recherche et surtout l’implication dans la Station Spatiale Internationale.

On voit que par rapport aux autres pays, Les États-Unis sont les seuls capables de se projeter vers l’idée de coloniser Mars et qu’ils en ont les moyens. C’est peut-être pour cela que la planète rouge reste dans l’imaginaire américain le rêve ultime de colonisation à venir.