Au lendemain du décès de Fidel Castro, le modèle socialiste ne disparaîtra pas et l’ouverture économique se poursuivra à Cuba, selon plusieurs experts interrogés par l’Agence France-Presse. Le décès de l’ancien président ne va pas non plus engendrer d’importants changements dans la vie quotidienne de la population cubaine, estime Archibald Ritter, professeur au département de sciences économiques de Carleton University, dans un entretien avec L’Exemplaire.
Il rappelle que l’ancien président avait perdu de l’influence depuis les dernières années et que son frère cadet, Raul Castro, faisait les choses à sa façon, mais «très lentement». Si le quotidien des citoyens cubains ne risque pas d’être affecté par le décès de l’ancien président, John Kirk, professeur d’études latino-américaines à Dalhousie University, croit tout de même que cela a un impact symbolique très important. C’est une «grande perte pour Cuba et vous pouvez voir l’authentique tristesse» de la population. Fidel Castro avait ramené un «sens de la dignité» au pays, dit-il en entreveu avec L’Exemplaire.
Depuis que Raul Castro a pris le relais, il y a eu des «réformes significatives» et «je pense que la population cubaine apprécie le pragmatisme» de l’actuel président, poursuit M. Kirk. Raul Castro dernier compte quitter son poste en 2018. Le gouvernement est en train de préparer la population pour une transition, explique le professeur Kirk, ajoutant que le premier vice-président, Miguel Diaz-Canel, est en train d’être préparé pour prendre la relève. Le professeur d’ingénierie d’une cinquantaine d’années est impliqué dans le parti communiste depuis longtemps. C’est aussi un fan des Beatles…
S’il y a une «certaine incertitude» sur ce qui adviendra après que Raul Castro quitte la présidence, le plus grand défi auquel fait face le pays est celui de la «stabilité économique», indique le professeur Kirk. Des investissements étrangers et une hausse du commerce extérieur sont nécessaires, ajoute-t-il. Cela créerait de l’emploi, notamment pour les jeunes, parmi lesquels plusieurs quittent le pays pour des raisons économiques. En matière d’investissement étrangers, «il y a eu beaucoup d’intérêt exprimé par d’autres pays, incluant les États-Unis», mais peu se sont concrétisés, note Archibald Ritter.
Rappelons que depuis 2010, Raul Castro a entrepris une réforme économique du pays. Cette réforme a eu un «impact majeur», soutient M. Ritter. À titre d’exemple, il mentionne l’augmentation importante de personnes travaillant à leur propre compte depuis l’assouplissement des règles en la matière. En effet, d’après les statistiques officielles cubaines, de 2007 à 2010, il y avait environ 600 000 personnes œuvrant dans le secteur privé, dont environ 140 000 travailleurs indépendants, sur un total d’environ 5 millions de travailleurs. En 2011, on recensait plus de 900 000 employés au privé et près de 400 000 travaillant à leur compte. Ces chiffres ont continué de croître et en 2015, il y avait près de 1,2 million de personnes travaillant dans le secteur privé, incluant un demi-million de travailleurs indépendants.
Selon le professeur Ritter, pour améliorer l’économie cubaine, il faudrait libéraliser davantage les petites et moyennes entreprises, en plus de leur laisser davantage de possibilités de s’accroître. De plus, le fait qu’il y ait deux monnaies qui circulent, le peso cubain et le peso convertible, crée beaucoup de confusion. Mais encore, plusieurs personnes délaissent le secteur public afin d’œuvrer dans le tourisme où ils ont plus facilement accès au peso convertible, explique le professeur.



















