Viktor Orban sortant de l'isoloir le 2 octobre dernier. / AFP
Viktor Orban sortant de l’isoloir le 2 octobre dernier. / AFP

Depuis plus d’un an, le gouvernement conservateur de Viktor Orban mène une politique répressive contre les réfugiés, n’hésitant pas à se distancier de Bruxelles.

« Voulez vous que l’Union Européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ? » Cette question, posée aux citoyens hongrois sous forme de référendum illustre une nouvelle avancée du gouvernement de Viktor Orban dans sa politique anti-migrants.

Face à la montée du Jobbik, parti d’extrême-droite hongrois disposant de 23 députés au parlement hongrois et de députés européens, Viktor Orban, à la tête du pays depuis 2010, s’est doté d’un discours profondément xénophobe qui n’a cessé de booster sa popularité. Le référendum du 2 octobre a pourtant été un échec, car malgré les 98% de votants qui se sont prononcés contre les quotas européens, le taux obligatoire de participation de 50% n’a pas été atteint.  Viktor Orban, favorable au retour de l’ « Europe des Nations » souhaitait en cas de validation du référendum pouvoir modifier la constitution du pays pour échapper aux directives européennes.

Un référendum qui, selon la Commission Européenne, n’aurait de toute manière aucun effet juridique sur les engagements pris par l’Union Européenne.  Ce qui n’empêche pas l’inquiétude des dirigeants européens : « Si des référendums sont organisés sur chaque décision des ministres et du Parlement Européen, la loi est en danger » a déclaré le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.  Un nouvel épisode dont se passeraient volontiers les fervents défenseurs de l’Europe des 28 après le choc du Brexit en juin dernier.

Les réticences des Hongrois face à l’accueil des réfugiés se sont accrues suite à une campagne active et ouvertement xénophobe de la part du gouvernement.  De nombreux médias d’État mènent également une propagande anti-migrants, à travers reportages et bulletins d’informations, déclarant ainsi que ceux-ci sont tous des « terroristes potentiels », amenant des « maladies ».

Croisade contre Bruxelles

À travers ce référendum, c’est donc le plan adopté par la Commission Européenne en septembre 2015 qui est visé. Celle ci a estimé que la Grèce et l’Italie n’avaient pas à gérer seules l’afflux de migrants qui commencent leur périple européen sur leurs côtes méditerranéennes.  Ce sont ainsi 160 000 demandeurs d’asile qui devraient être répartis vers d’autres pays européens d’ici septembre 2017. Un quota qui tient compte de la taille du pays et de sa situation économique.

Des réserves avaient été déjà prononcées à l’annonce du plan, quand la Hongrie, la Slovaquie, la République Tchèque et la Roumanie avaient voté contre le projet.  L’argument présenté ? « N’est-ce pas déjà en soi préoccupant que la culture chrétienne de l’Europe ne soit quasiment plus en capacité de maintenir l’Europe dans le système de valeurs chrétiennes ? Si l’on perd cela de ue, la pensée européenne peut se retrouver en minorité sur son propre continent » avait déclaré Viktor Orban lors d’un déplacement à Bruxelles.  Plus d’un an après,  seules l’Autriche et la Hongrie ont déclaré n’avoir aucune place disponibles pour les migrants.

La Hongrie n’en est pas à son premier coup d’essai

En août 2015, la Hongrie achevait la pose d’une clôture de fils de fer barbelés à sa frontière avec la Serbie, déjà fermée quelques mois auparavant.  Peu après, c’est au tour de la frontière avec la Croatie d’être fermée aux migrants pour « protéger les citoyens de la Hongrie et de l’Europe » d’après le gouvernement.

Et Viktor Orban ne s’arrête pas là.  Il modifie en septembre 2015 le code pénal du pays qui stipule que toute personne franchissant la frontière « verte » avec la Croatie est passible de poursuites et encourt jusqu’à trois ans de prison. Résultat : les procès de migrants s’enchaînent.  Toujours à la même période, le parti du premier ministre, le Fidesz  a accordé des pouvoirs supplémentaires à l’armée et à la police, qui pourront tirer sur les migrants en utilisant des armes non létales.

Suite à l’échec du référendum, le Jobbik a appelé à la démission du premier ministre, qualifiant le résultat de « fiasco ». Quand un populisme en affronte un autre…