Dans le cadre du colloque international du Réseau Théophraste, Anne-Sophie Gobeil présentait les premiers résultats de sa recherche sur la gestion des médias sociaux dans les médias d’information québécois. Verdict : les médias sociaux ne sont pas utilisés à leur plein potentiel dans un média traditionnel comme le Journal de Québec. 

Anne-Sophie Gobeil, doctorante en communication à l’Université Laval, produit une thèse sur le ciblage et la construction des audiences dans la gestion de médias sociaux des entreprises de presse. Devant de nombreux enseignants-chercheurs et membres de la profession journalistique, elle a présenté les premiers résultats de terrain qu’elle a récolté au Journal de Québec. « Ils considèrent la gestion des médias sociaux comme un élément très important dans la diffusion de l’information, mais en même temps, c’est une chose avec laquelle  ils ne sont pas encore à l’aise », indique-t-elle en entrevue.

Pour l’instant, ces observations montrent que le Journal de Québec reprend les perceptions traditionnelles de l’audience. Ils vont publier beaucoup de contenu en lien avec la politique, l’économie et aussi les faits divers. Même si certains sujets ne seront pas populaires sur Facebook, ils les publieront quand même, car les responsables des réseaux sociaux, qui sont aussi journalistes, privilégient les sujets d’intérêt public. « Il y a une petite tension entre ce que le public voudrait ou semble vouloir avec les cliques qu’on voit et ce que les journalistes et responsables de média sociaux considèrent important », explique la doctorante.

Si le Journal de Québec a peu recours aux données massives pour comprendre les habitudes de leur public, sauf la plateforme Google Analytics, des médias comme La Presse ont des stratégies bien différentes. « On va opter pour une stratégie  sur Facebook pour définir quels sont les articles qui vont plaire, qui vont pouvoir inciter les gens à aller sur le site web. À partir de là on peut les inciter à télécharger l’application mobile ou La Presse + », explique le directeur scientifique de données à La Presse, Hervé Mensah. Son équipe et lui ont créé un algorithme pour détecter quel sujet sera viral sur les réseaux sociaux. De plus, ils comptent aller chercher un lectorat plus jeune en développant davantage l’application mobile du média. « L’application mobile ne va pas remplacer la Presse+, mais ça irait chercher une autre audience », indique-t-il. « Amener de nouvelles fonctionnalités, que même nos concurrents n’ont pas pour engager le lecteur dans un nouveau format de contenu. » 

Le nouveau défi pour les médias traditionnels, c’est bien d’aller chercher ce lectorat millénial avec lequel ces médias ont du mal à communiquer. Ça, le laboratoire de journalisme de Radio-Canada, RAD, l’a bien compris. « C’est sûr qu’un média va plus se concentrer sur le contenu, mais pour aller chercher une nouvelle génération, c’est important de se concentrer aussi sur le contenant », indique l’ancienne responsable du développement des médias sociaux de RAD, Sarah Babineau. La jeune femme de 26 ans qui a travaillé un an dans le milieu médiatique est maintenant à son compte comme photographe, créatrice de contenu et consultante. Experte des médias sociaux, elle s’est adaptée au milieu journalistique, tout en utilisant ses connaissances des médias sociaux, pour faire avancer la marque de RAD. Le contenu qu’elle mettait en ligne sur Instagram et sur Youtube présentait les coulisses de l’information produite par les journalistes. « Les médias plus jeunes ont compris l’importance de la marque, que c’est comme ça qu’une communauté s’attache aux gens derrière [la nouvelle] », dit-elle. « Parce qu’ils veulent faire partie de cette cellule-là qui change les choses, qui les informe et qui devient leur référence. »

Si ces différents médias utilisent des stratégies différentes sur les réseaux sociaux, plusieurs d’entre eux sont encore en phase exploratoire. À la suite de ses observations, Anne-Sophie Gobeil espère que les médias traditionnels puissent  trouver des moyens de cibler des groupes laissés de côté (minorités sexuelles, ethniques, culturelles, etc.) afin de diversifier l’information et refléter la diversité de la société.