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Vers la parité dans les conseils municipaux de Chaudière-Appalaches

15 avril 2021 - 11:38

Chaudière-Appalaches représente plus de 11% des élus municipaux au Québec, mais seulement 5% de la population selon le RGFCA. (Crédit: Ville de Lévis)


Katy Desjardins, William Paquet, Sébastien Agostini-Cayer

Au Québec, une majorité des élus en politique municipale sont des hommes. La région de Chaudière-Appalaches se situe assez loin en termes de parité étant la deuxième région administrative avec le taux de femmes élues le plus bas parmi les 17 dans la province. Le Réseau des groupes de femmes de Chaudière-Appalaches (RGFCA) souhaite encourager plus de femmes à se présenter aux prochaines élections municipales de 2021 à la lumière des résultats d’une recherche qu’elle a menée.

Andrée Larouche est la responsable du projet de recherche du RGFCA rendu publique en mars 2021 qui brosse un portrait de la représentation féminine au sein des conseils municipaux de Chaudière-Appalaches. Il s’agissait de la première étape de l’organisme dans leur projet régional En route vers l’égalité et la parité en Chaudière-Appalaches qui est financé par le secrétariat de la Condition féminine. Celui-ci vise à augmenter le nombre de candidates et d’élues aux élections municipales de novembre 2021.

Mme Larouche déplore le fait que la région de Chaudière-Appalaches est loin de la parité. Elle explique que pour être considéré comme étant paritaire, le conseil municipal doit être constitué de 40% à 60% de femmes. Selon l’organisme, seules 37 des 136 municipalités de la région ont un conseil se situant dans cette zone.  De plus, 17 conseils n’ont aucune femme qui siège présentement et 12 ne comptaient aucune candidate féminine aux dernières élections de 2017.

« La région de Chaudière-Appalaches présente 28% d’élue. On est vraiment loin du 40% pour atteindre la parité. » – Andrée Larouche

Pourcentage de femmes dans les conseils municipaux de Chaudière-Appalaches (Crédit: RGFCA).

La recherche a permis à Mme Larouche de se rendre compte que peu de femmes se présentaient aux élections municipales, malgré un taux de victoire assez élevé pour celles-ci dans les municipalités qui avaient des candidates.

« Il y a peu d’élues, tout simplement car il y a peu de candidates. Pour une femme, environ trois hommes se présentent aux élections. » – Andrée Larouche 

Des enjeux récurrents

L’organisme pointe plusieurs enjeux qui semblent empêcher les femmes à se présenter en politique municipale ou d’y rester, notamment la difficulté rencontré par les femmes élues à prendre la parole au sein d’un conseil formé d’une majorité d’hommes. Cela serait encore pire si une femme est la seule au sein d’un groupe entièrement composé d’hommes. Elles auraient aussi tendance à voir leur propos comme paressant moins crédibles comparativement à ceux des hommes.

« Avant de lutter pour leurs idées, les femmes doivent d’abord lutter pour leur crédibilité. » – Andrée Larouche

Mme Larouche ajoute que plusieurs participantes de la recherche de l’organisme ont témoigné encore être victimes de blagues ou de propos sexistes dans le milieu.

Elle pointe ensuite le fait que les femmes semblent souvent se retrouver avec les dossiers « mous » ou les dossiers qui ne demandent pas beaucoup de travail. Cela en démotiverait plusieurs qui voulaient apporter des changements dans leur milieu en s’impliquant.

Finalement, Mme Larouche explique que les femmes sont les plus touchées par les enjeux relatifs à la conciliation travail-famille. En effet, elles plus tendance à évaluer les impacts sur les différents aspects de la vie familiale avant de se lancer en politique et que plusieurs ne croient pas avoir assez de soutien autour d’elles pour le faire.  

Les pistes de solution existent

Au terme de leur recherche, le RGFCA émet plusieurs recommandations pour attirer plus de femmes en politique municipale. Mme Andrée Larouche de l’organisme explique que c’est le système qui doit changer, pas les femmes qui doivent s’y adapter.

« Les femmes sont là, elles peuvent s’impliquer, il faut seulement défaire les barrières structurelles qui les empêchent de faire le saut. Il faut changer le système et non les femmes. » – Andrée Larouche

Elle propose de s’assurer qu’il y ait un partage égal des dossiers afin que les femmes gèrent également des sujets jugés plus lourds. Mme Larouche ajoute qu’il devrait y avoir des formations à l’égalité des genres dans les institutions afin que les deux sexes apprennent à travailler en harmonie.

« Ça s’apprend travailler avec des femmes. Ça s’apprend travailler avec des femmes comme nos égaux et non pas pour prendre les dossiers qu’on n’a pas le gout de faire. » – Andrée Larouche

La chercheure a aussi remarqué que plusieurs femmes semblent arriver en politique municipale suite à leur engagement social. Elle croit donc que la parité devrait aussi être une priorité lors de la formation de ces divers comités. Des actions pour la conciliation travail-famille seraient aussi essentielles pour que plus de femmes se lancent en politique municipale à son avis. Elles ont besoin de sentir qu’elles ont un entourage autour d’elles pour les aider, autant les amis et la famille que des organismes comme le RGFCA pour les soutenir et leur donner des conseils au besoin.

Finalement, Mme Larouche ajoute qu’il est important de mettre en valeur davantage les femmes qui sont présentement en poste au sein d’un conseil afin que leur expérience puisse en inspirer d’autres. C’est pourquoi le RGFCA organisera plusieurs conférences virtuelles où les femmes qui hésitent à se lancer en politique municipale pourront poser leurs questions à des élues.

Affiche des conférences présentées par le RGFCA (Crédit: RGFCA)

Se donner de meilleurs leviers pour faire changer les choses

Marie-Eve Proulx est la ministre déléguée au Développement régional ainsi que la ministre responsable de la région de Chaudière-Appalaches. Avant de débuter sa carrière en politique provinciale en 2018, elle a été mairesse de la municipalité de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud de 2009 à 2013 après avoir effectué un mandat de conseillère.

« Depuis de nombreuses années, la place des femmes en politique municipale est un sujet qui me tient énormément à cœur. » – Marie-Eve Proulx

La situation n’a pas évolué beaucoup depuis qu’elle a été mairesse, car le pourcentage de femmes qui occupent ce poste dans la région est resté le même selon ses constatations. Elles croient donc qu’il doit y avoir des actions mises en place afin d’encourager les femmes à se présenter aux prochaines élections.  

« Plus les femmes seront présentes en politique, plus elles auront l’occasion d’influencer les institutions démocratiques et les rendre plus accueillantes et adaptées à la réalité de toute la population. » – Marie-Eve Proulx

Étant elle-même mère de trois enfants en bas âge, elle dit bien comprendre les enjeux reliant la conciliation travail-famille. Pour elle, il doit y avoir du soutien offert aux femmes afin de les inciter à débuter en politique. Elle les encourage tout de même à se lancer, car à son avis, la politique municipale est le moyen d’avoir le plus d’incidence sur son milieu rapidement:

« Il n’y a rien de plus valorisant que de pouvoir influencer concrètement son milieu de vie. Ce qui m’a animé dans la politique, c’est que c’est un levier pour changer les choses, pour changer le monde […] Si les femmes de la région de Chaudière-Appalaches trouvent qu’il y a quelque chose à changer dans leur milieu, c’est par la politique municipale qu’elles peuvent le faire. » – Marie-Eve Proulx

Marie-Eve Proulx s’est présentée dans la circonscription de la Côte-du-Sud pour la Coalition Avenir Québec. (Crédit: Coalition Avenir Québec)

Les avantages d’un conseil paritaire

La Ville de Lévis est une des dix plus grandes villes au Québec et elle fait partie des municipalités de la région administrative de Chaudière-Appalaches ayant un conseil municipal paritaire: il est composé de huit conseillères, sept conseillers et un maire. Brigitte Duchesneau fait partie de ces conseillères.

« C’était une belle réussite des élections de 2017 d’arriver à un conseil égalitaire. » – Brigitte Duchesneau

Mme Duchesneau croit que la parité du conseil permet d’avoir de meilleures discussions, car les deux sexes ne voient pas nécessairement toujours les choses de la même façon. De cette manière, tous les sujets et points de vue sont abordés par le groupe, ce qui permet de mieux représenter la population estime-elle.

« J’espère sincèrement que plus de femmes feront le saut pour les élections municipales de cette année. » – Brigitte Duchesneau

Brigitte Duschesneau est la conseillère du district 5 de Lévis, soit Saint-Romuald. (Crédit: Ville de Lévis)