Maxime Rioux, journaliste et coordonnateur de la Télévision d’Ici (Côte de Beaupré – Île d’Orléans), ne s’en cache pas : la télévision communautaire indépendante a déjà connu de meilleurs jours. Toutefois, même dans un contexte télévisuel et technologique défavorable, le jeune reporter est convaincu que la production télévisuelle hyperlocale a toujours sa place dans le milieu médiatique québécois.
Elles ne sont plus que quatre dans la région de la Capitale-Nationale et trente-neuf dans tout le Québec. Pas de doute, les télévisions communautaires indépendantes se font de plus en plus rares dans la Belle Province. Néanmoins, des trente-sept stations encore debout aujourd’hui, une majorité semble arriver à tirer leur épingle du jeu dans un marché télévisuel compétitif et sursaturé. Du nombre, on retrouve La Télévision d’Ici (Côte-de-Beaupré – Île d’Orléans), qui vient tout juste de souffler ses trente bougies.
Après avoir souffert de plusieurs problèmes financiers au cours de la précédente décennie, l’organisme sans but lucratif est maintenant de retour sur les rails. Quatre employés à temps plein, dont Maxime Rioux, s’affairent à desservir en nouvelles de proximité les citoyens de l’Île d’Orléans et de la Côte-de-Beaupré. De façon périodique, chaque semaine, les émissions de divertissement et d’informations locales produites par la station monopolisent l’antenne régionale de MAtv.
Selon M. Rioux, ces émissions ont encore de nos jours un rôle social important à jouer. Elles permettent de mettre en valeur la communauté locale et de faire rayonner les individus qui la composent. À une époque où les gros joueurs de l’industrie télévisuelle négligent de plus en plus l’information régionale et hyperlocale (pourtant celle touchant le plus directement les citoyens), M. Rioux croit que le rôle des médias communautaires n’a jamais été aussi considérable.
Un public visible, mais moins dense
Impossible de savoir précisément combien de personnes écoutent hebdomadairement les émissions de La Télévision d’Ici, l’organisation n’ayant pas les moyens de mesurer ses auditoires. Qu’à cela ne tienne, Maxime Rioux est convaincu que plusieurs habitants de la Côte-de-Beaupré et de l’Île d’Orléans écoutent fréquemment les productions de sa petite équipe. Les fortes réactions du public après la diffusion de chaque reportage prouvent, selon lui, que La Télévision d’Ici arrive tant bien que mal à rejoindre une partie de son auditoire cible.
« Le meilleur indicateur de notre bon taux de pénétration dans les foyers des citoyens, c’est quand on va à l’épicerie et que les gens nous reconnaissent. Ou quand on passe quelqu’un en entrevue, qu’on le revoit dans un évènement la semaine d’après, et qu’il nous dit qu’il s’est fait abondamment parler de l’entretien qu’on a fait. Un monsieur m’a déjà dit qu’il avait eu de la difficulté à finir son épicerie tellement les gens allaient lui parler. » – Maxime Rioux
Même si ce genre d’anecdote prouve que La Télévision d’Ici a encore une portée auprès de la population de la Côte-de-Beaupré et de l’Île d’Orléans, M. Rioux ne s’en cache pas : les auditoires des télévisions communautaires indépendantes dans leur ensemble sont vraisemblablement en baisse. Il croit que la chute de popularité du médium télévisuel ne fait que mettre en relief la nécessité de se renouveler et d’évoluer au 21e siècle.
Les yeux tournés vers l’avenir
Maxime Rioux insiste pour dire qu’à l’heure actuelle, le plus grand problème des télévisions communautaires reste leur manque d’accessibilité. Dans le cas de La Télévision d’Ici, seulement les abonnés Vidéotron syntonisant les canaux conventionnels, en définition standard, peuvent avoir accès aux productions de l’équipe de M. Rioux. Il s’agit d’un public pour le moins limité.
Même si Maxime Rioux désigne la Haute Définition comme la meilleure porte de sortie pour augmenter rapidement la visibilité de ses émissions, reste que les abonnés d’un seul et unique câblodistributeur pourront, dans les faits, en profiter. Pour contourner cette contrainte, M. Rioux ne voit qu’une seule alternative : le Web. Il s’agit selon lui du meilleur moyen d’approcher un nouveau public plus jeune, ainsi que tous ceux qui ne peuvent pas syntoniser MAtv par câble ou satellite. C’est avec cette idée en tête que La Télévision d’Ici a revampé son site Web il y a un peu plus d’un an.
L’incessante baisse de popularité de la télévision pourrait porter à croire que le Web, un médium convivial en pleine expansion, pourrait bientôt devenir le seul véhicule de transmission de l’information chez La Télévision d’Ici. Maxime Rioux croit que ce moment arrivera probablement un jour. Toutefois, le jeune journaliste assure que l’organisme en est encore loin. Il soutient que sa chaîne a encore sa place dans le paysage télévisuel de la Capitale-Nationale.
M. Rioux rappelle qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de médium, mais aussi d’une question de financement. Si La Télévision d’Ici cesse d’exister en tant qu’organisme télévisuel, elle perdra ses subventions gouvernementales, sans compter la petite quote-part qu’elle reçoit de MAtv. Maxime Rioux est catégorique : migrer sur le Web serait suicidaire à l’heure actuelle. Malgré tout, ce dernier dit observer les changements qui s’opèrent dans le milieu médiatique québécois avec beaucoup d’intérêt. « On pas le choix d’être ouvert aux changements quand on est dans notre situation. On les suit et on s’adapte », explique-t-il.























