La Microbrasserie Noctem Artisans Brasseurs ouvrira ses portes dans quelques semaines dans le quartier St-Roch.

Les microbrasseurs déplorent la recommandation proposée par le rapport Godbout quant au niveau de taxation de la bière vendue. Ils craignent un essoufflement de cette industrie qui est en pleine croissance.

St-Roch — Le rapport Godbout de la Commission d’examen sur la fiscalité propose au gouvernement québécois d’abolir l’exemption de la taxe sur l’alcool offerte aux microbrasseries de la province. Québec étudiera le dossier au cours des prochaines semaines. L’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) a récemment déposé un mémoire à l’Assemblée nationale pour expliquer les conséquences de l’abolition de la mesure pour l’industrie. Les principales lignes du document seront rendues publiques prochainement.

L’industrie brassicole est en plein essor. Au Québec, on compte désormais 130 microbrasseries, en comparaison à 31 en 2004. Les produits de cette industrie représentent maintenant 15,6% des boissons consommées sur place dans les bars, en comparaison à 5,7% en 2004. L’exemption de la taxe sur l’alcool permet à un microbrasseur d’économiser en moyenne 40 000$ par 1000 hectolitres de production.

Impacts pour les microbrasseries dans St-Roch

Le quartier St-Roch compte deux microbrasseries bien implantées, soit La Korrigane et La Barberie. Dans les prochaines semaines, un nouveau commerce du genre devrait ouvrir ses portes. Pour une jeune microbrasserie, la mesure proposée par le Rapport Godbout pourrait avoir un impact financier certain. Jean-Philip Paradis, copropriétaire de Noctem Artisans Brasseurs qui ouvrira prochainement au coin du Parvis et Charest dans St-Roch, déplore qu’au bout du compte ce soit le consommateur qui paie la facture.

Tout comme M. Paradis, Mme Catherine Foster, propriétaire-brasseuse de La Korrigane, microbrasserie établie depuis 5 ans sur la rue Dorchester, déplore l’impact néfaste qu’aurait une abolition de la réduction de la taxe sur le développement de l’industrie brassicole, notamment dans le quartier St-Roch. Selon Mme Foster, l’adoption d’une telle mesure par le gouvernement pourrait même aller jusqu’à menacer la survie de certaines entreprises.

Selon Mme Foster, la réduction de la taxe spécifique sur l’alcool, dont bénéficient les microbrasseries depuis 1996, a grandement contribuée au développement de ces établissements au cours des deux dernières décennies. Elle affirme d’ailleurs que cette mesure aide les entreprises à plus faible revenu, à l’instar du fonctionnement des paliers d’impôt particuliers : «Il ne faut pas le voir comme un cadeau que le gouvernement nous donne, ce n’est pas une subvention. C’est plutôt un taux de taxation qui est progressif.»

Une menace pour l’entrepreneuriat ?

L’Association des microbrasseries s’inquiète pour l’entrepreneuriat si le gouvernement adopte la recommandation du rapport Godbout sur l’exemption de la taxe sur l’alcool. D’ores et déjà, l’AMBQ estime que « le rapport Godbout va à contre-courant des provinces et des États voisins qui eux, au contraire, cherchent à favoriser l’émergence de microbrasseries et à assurer un développement durable de cette jeune industrie encore fragile», peut-on lire dans un document de travail dont nous avons obtenu copie.

Jean-Philip Paradis ne croit pas que la proposition constitue un frein à l’entrepreneuriat dans le domaine brassicole, lui qui a été soutenu par Entrepreneuriat Laval à l’ébauche de son projet au moment de ses études: « Nous [l’abolition du Centre local de développement (CLD) à Québec] ne nous a pas nécessairement freinés. Au niveau de la taxe sur l’alcool, si l’exemption est abolie, c’est en augmentant le prix de la pinte qu’on va pouvoir s’en sortir. Je ne pense pas que la mesure freinerait les entrepreneurs, mais elle ne les aiderait certainement pas », estime monsieur Paradis.

Mme Foster, quant à elle, semble craindre davantage les répercussions qu’une mesure comme celle du Rapport Godbout pourrait avoir sur l’élan entrepreneurial. Dans le cas où cette dernière serait mise en place, la propriétaire de La Korrigane croit qu’elle pourrait décourager certains entrepreneurs à démarrer un projet de microbrasserie.


En complément : Est-ce qu’il y a trop de microbrasseries dans St-Roch?

Nous avons demandé à M. Paradis et Mme Foster leur opinion face à la quantité actuelle de microbrasseries dans le quartier St-Roch par rapport à la demande.