15 octobre 2012. Le premier ministre britannique David Cameron et son homologue écossais Alex Salmond cosignent l’accord d’Édimbourg. Cette entente historique donne le signal de départ d’une longue campagne référendaire qui décidera du sort de l’Écosse.

Les journaux écossais s’emparent rapidement de la nouvelle. « Game on », titre l’hebdomadaire Sunday Herald. « An historic day», peut-on lire à la Une du quotidien The Scotsman.

Dès janvier 2013, le Scottish National Party (SNP) propose une question référendaire jugée trop partisane au goût de la Commission électorale. La nouvelle formulation, plus neutre, est aussitôt entérinée par le gouvernement écossais. Ainsi, le 18 septembre 2014, plus de 4 millions d’électeurs seront appelés à répondre à la question suivante : « L’Écosse devrait-elle devenir un pays indépendant ? » Pour la première fois, rappelle The Telegraph, les Écossais âgés de 16 et 17 ans auront aussi le droit de vote.

Si en coulisses « l’opération charme » a débuté depuis des mois, c’est le 18 mai dernier qu’est déclenchée la véritable course référendaire de 16 semaines. Plusieurs médias, dont CTV, jugent que la campagne « Yes Scotland » remporte la guerre publicitaire. Le clan du « Better together », quant à lui, est sévèrement critiqué pour ses publicités jugées « sexistes » et « négatives ».

Vidéo publicitaire mise en ligne par BetterTogetherUK sur Youtube

Les comparaisons entre les nationalismes québécois et écossais se multiplient. Des politiciens du Québec, dont le péquiste Bernard Drainville, encensent la limpidité du processus référendaire écossais. Un chroniqueur de La Presse tient toutefois à remettre les pendules à l’heure : si les histoires sont en apparence similaires, sur le fond, elles n’ont à peu près rien en commun, affirme-t-il.

Lors des débats télévisés, les questions économiques monopolisent le discours des deux camps. « Si l’Écosse se sépare du Royaume-Uni, il se sépare aussi de la livre sterling », avait lancé le chancelier George Osborne en février 2013. The Guardian a analysé les quatre scénarios monétaires possibles. De son côté, la BBC décortique en graphiques et en statistiques l’importance de l’industrie pétrolière au Royaume-Uni.

Séisme en fin de parcours rapporte Le Monde : un premier sondage place l’option indépendantiste en tête à 10 jours du vote. À quoi ressemblerait le Royaume-Uni, se demande ce même quotidien dans une vidéo ? Il n’en faudra pas plus pour que Westminster promette davantage d’autonomie à l’Écosse en cas de victoire du « non ».

Capture d’écran Twitter, compte de la BBCLe 18 septembre 2014, les bureaux de scrutins sont assaillis par les millions d’électeurs. À 4h14 de la matinée, la BBC annonce la victoire du « non ».

Les résultats détaillés sont connus au matin. L’indépendance est rejetée à 55,4 %. En France, comme au Québec, le taux de participation élevé de 84,5 % est perçu par les politiciens comme une véritable « leçon de démocratie ».

Puis, au lendemain de la défaite, nouveau coup d’éclat : Alex Salmond annonce qu’il quittera ses fonctions de premier ministre dès novembre. Il siègera comme député, mais assure que « le rêve ne mourra jamais ».

Puis le lendemain, l’homme politique affirme que Londres a « trompé » les Écossais en faisant de « fausses promesses » pour sauver le Royaume-Uni. Il réagit à la déclaration de David Cameron selon laquelle « le projet de transfert de pouvoirs aux Écossais doit être lié à des réformes constitutionnelles ». Une manière de faire qui met en péril les promesses lancées lors des derniers jours de campagne.

L’Écosse à la Une : la presse se positionne

Selon un chroniqueur du quotidien The Guardian, les médias ont massivement snobé le camp du «Oui», alors qu’un seul journal, le Sunday Herald, se serait prononcé en faveur de l’indépendance écossaise. Le jour J, The Times a appelé les Écossais à rejeter l’indépendance dans son éditorial titré « Our Proud Nation » (notre fière nation). The Daily Telegraph et The Independant ont eux aussi appelé les citoyens à ne pas désunir le Royaume, alors que The Herald s’est montré plus discret et a préféré inciter les citoyens à se rendre aux urnes en ce « jour historique ».

Au lendemain de la défaite du « Oui », le soulagement était palpable sur certaines Unes, notamment sur celle du Times, titrée « We stay together » (nous restons ensemble), en référence au slogan du camp du « Non ».

Alors que les yeux du monde étaient tournés vers l’Écosse, les régions où existe un mouvement indépendantiste, dont le Québec, se sont bien sur intéressées de près à la campagne référendaire et au résultat du vote. Le quotidien montréalai La Presse a titré sans équivoque « L’Écosse dit non ». De son côté, le journal flamand De Standaard a donné préséance à la défaite du clan souverainiste, titrant « La gueule de bois après la fête ».

Les rapprochements entre les référendums sur la souveraineté au Québec et celui de l’Écosse n’ont pas intéressé que les journaux d’ici. En Espagne, El Pais  sa évoqué la ferveur indépendantiste québécoise. Son collaborateur, qui a notamment rencontré Bernard Landry à Sainte-Julie, explique que le Québec s’intéresse non seulement au référendum écossais, mais également au mouvement souverainiste catalan.

M. Landry n’est pas le seul ex-politicien québécois à avoir fait les nouvelles à l’étranger. Dans le Sunday Post, l’ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien, prévient les Écossais qu’ils pourraient traverser des « temps difficiles », mais qu’« avec un travail acharné, l’Écosse pourra se remettre d’une campagne référendaire épuisante ».

Au Québec, le référendum a largement dominé l’activité médiatique. Selon les chiffres recueillis par Influence communication, 14,7 % du contenu médiatique québécois concernait l’Écosse lors de la seule journée du 18 septembre, en comparaison avec 7,7 % dans tout le Canada. Aucune nouvelle internationale n’a reçu autant d’attention de la part des médias québécois durant le mois précédent le vote.

Liens annexes :

Éditorial : Le nationalisme, qu’ossa donne ?

Écosse, entretien avec Charles-emmanuel Côté

« Les Écossais nous auront appris à tenir un référendum civilisé »

L’ambiance après le « non » : Témoignages

Quels pouvoirs pour le Parlement ?

Chronique : Campagne de dissuasion

Chronique : L’Europe voulait-elle de l’indépendance écossaise ?

Lien WP du groupe « actualité internationale »