Durant l’année 2015, de nombreuses librairies ont fermé leur porte, notamment dans la Ville de Québec. En cause, la vente de livres en baisse et le progrès du numérique. Pour y faire face, les librairies tentent de se réinventer par de nouveaux modèles.
QUÉBEC – Depuis la fin du mois de septembre, la Librairie Pantoute de la rue Saint-Jean dans le Vieux-Québec a surpris les habitants de Québec en proposant un rabais de 15 % sur un livre acheté en échange de trente minutes de lecture dans la vitrine du commerce. Une idée jusqu’à maintenant très populaire, ce qui étonne et ravit l’assistant-gérant Édouard Tremblay et toute l’équipe de Pantoute. Le libraire revient sur la genèse et le succès de cet événement qui risque de perdurer.
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René Audet, directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoise (CRILCQ), voit deux éléments intéressants dans le cas de la Librairie Pantoute : le fait d’inventer des formules pour surprendre, mais surtout le passage du commerce en la formation d’une coopérative, un modèle qui va « probablement faire des petits », selon le chercheur.

- Crédit photo : Marine Caleb. « Il va falloir se renouveler., on a quelques idées, entre autres pour la vitrine », explique le libraire Édouard Tremblay
La librairie du Vieux-Québec n’en est pas à sa première innovation. Fondée en 1972, elle a été rachetée par ses propres employés et s’est constituée en coopérative en avril 2014. Un modèle qui, selon le Conseil Québécois de la Coopération et de la mutualité, fonctionne mieux que celui des entreprises traditionnelles. Edouard Tremblay explique notamment l’idée de la vitrine par ce fonctionnement : la librairie leur appartient, si bien qu’ils se sentent directement impliqués.
La Libraire Saint-Jean Baptiste dans le Faubourg Saint-Jean possède un concept différent, plus proche de celui du café-librairie. Un café-libraire est un lieu qui permet d’acheter des livres en prenant son temps, voire en s’asseyant pour prendre un verre ou une bouchée. La librairie du Faubourg Saint-Jean s’est autoproclamée «café culture». En plus de proposer de quoi se nourrir et s’abreuver, elle offre surtout de nombreuses activités, comme des représentations musicales «les rendez-vous classiques» qui ont lieu toutes les deux semaines.
Le gérant du bar explique l’arrivée du « café » dans sa librairie par la force des choses : «Quand on a emménagé ici, le lieu possédait déjà une licence pour vendre des boissons, alors on en a profité », raconte-t-il. Cependant, René Audet estime qu’il ne faut pas s’arrêter sur ce concept seul.
Le numérique n’est pas une menace
Le sondage de la firme Léger commandé par la Banque de titres de langue française (BTLF) en 2014 indique que livre numérique n’est, pour l’instant, pas une menace, mais un complément au support imprimé.
René Audet parle de la mission première des librairies qui était de «maintenir un « stock »». Autrefois le propre des structures indépendantes, cela s’est étendu aux grandes surfaces. À titre comparatif, une librairie indépendante possède entre 20 000 et 50 000 titres quand les grandes surfaces en proposent entre 200 et 300 seulement. Avec la progression de la vente de livres en ligne, la comparaison ne tient plus, tant les revendeurs tels qu’Amazon ont un catalogue démesuré.
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Pour Édouard Tremblay, « la librairie Pantoute a la chance de posséder un bon bassin de clients, de touristes et de gens qui nous donnent de très bonnes années ». Un bilan positif, notamment dû à son emplacement dans le Vieux-Québec et au fait que Pantoute a 40 ans d’histoire derrière elle. Cependant, la vente de livres reste précaire, comme le témoignent les fermetures fréquentes de librairies, telles que le Colisée du Livre à la fin du mois de septembre 2015.
De plus, il existe une inquiétude de la part des libraires au sujet de la loi encadrant le prix des livres neufs. Au début des années 1990, le Québec avait décidé d’exempter les livres de la taxe de vente, notamment pour stimuler les ventes de livres. L’exemption de cette taxe est l’une des mesures proposées par le rapport de Luc Godbout sur la fiscalité québécoise.
Au regard de ces risques concernant le prix du livre, mais aussi des fermetures de librairies, Édouard Tremblay précise que « rien n’est garanti ».
S’il estime que les librairies doivent s’ajuster pour survivre à l’arrivée du numérique, il n’en est pas moins optimiste quant aux apports positifs de ce dernier. « Je ne suis pas un « fan » [du numérique], je suis encore avec mon papier, mais je peux comprendre l’utilité. Par exemple, pour quelqu’un qui part en vacances et qui ne veut pas amener dix gros bouquins avec lui, il amène son petit appareil », admet le libraire. Il ajoute aussi le fait que le numérique permet de rendre accessible des livres rares ou qui ne seront plus édités.
Les Canadiens achètent moins de livres
Selon les données de l’Institut de la Statistique du Québec publiées dans le bulletin Optique culture n° 43 de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, l’année 2014 a connu une chute de 9,5 % dans les ventes de livres, passant de 688 millions de dollars en 2013 à 622 millions de dollars.
Le nombre de ventes toutes librairies confondues passe de 442 millions à 398 millions de dollars entre 2013 et 2014, enregistrant une chute de 10,1 %. Les ventes de librairies indépendantes chutent de 2,8 %, un chiffre relativement faible comparé à celui concernant les librairies à succursales qui perdent 16,7 % de leurs ventes. Cependant, l’Observatoire note que, globalement, le recul est plus important pour les infrastructures indépendantes que pour les autres. Les premières chutent en moyenne de 6 % par année.
Selon le n° 35 du Bulletin Optique culture, en 2013, la région de la Capitale-Nationale regroupe 13,2 % des ventes de livres toutes librairies confondues avec environ 58 millions de dollars de ventes. La région de Québec est la deuxième de la province, après Montréal, où la population achète le plus de livres neufs.






















