La décision du Canada d’accueillir 25 000 réfugiés syriens a marqué l’univers politique au cours de l’année 2016. Un an après leur arrivée, les réfugiés à Québec se disent bien accueillis.
Une équipe de L’Exemplaire a rencontré deux réfugiés, qui habitent maintenant à Québec, pour en apprendre plus sur leur histoire.
Donner une voix à la Syrie : Entrevues de deux immigrants syriens
Mays Merjaneh, 26 ans

« Les rebelles lançaient des bombes et des obus sur nos maisons et dans les rues. La vie quotidienne est alors devenue très difficile. On n’avait pas d’électricité, et on devait attendre des heures en file pour avoir de l’eau. Les rebelles empêchaient la nourriture d’entrer dans la ville, la vie n’était pas facile », raconte Mme Merjaneh. Malgré la révolution, elle est restée en Syrie jusqu’à ce qu’elle complète son diplôme universitaire. À la fin de ses études, elle sentait vraiment l’urgence de quitter le pays, elle s’est alors trouvé un stage en biologie aux États-Unis. Elle est ensuite arrivée au Canada en septembre 2014. « J’ai vraiment eu un accueil chaleureux au Canada. L’oncle de ma mère est venu me chercher aux frontières. Mon frère était déjà chez mon oncle. »
Elle n’a pas été obligée de suivre des cours de francisation, car elle avait appris la langue en Syrie. Quelques semaines après son arrivée, elle a commencé à travailler dans un restaurant de la ville, et il n’y a pas eu de problème à l’embauche. Elle fait présentement sa maitrise en biologie à l’Université Laval.
Jad Moussali, 26 ans
Malgré la guerre, M. Moussali est aussi resté en Syrie pour terminer ses études. Il a quitté la Syrie le 22 novembre 2014 pour entreprendre un voyage vers le Liban où il est resté un an. « Il y a plus de 10 millions de réfugiés de la Syrie dans le monde entier. On avait plusieurs choix de pays où émigrer, mais c’était très dangereux, car les pays autour de la Syrie n’ont pas de respect pour le droit des hommes. Et moi, deux de mes amis sont décédés en tentant de se réfugier par la mer », raconte le Syrien.
C’est au Liban qu’il a entendu parler du Canada. M. Moussali a présenté une demande à l’ONU en février 2015 pour avoir le droit d’immigrer avec parrainage privé. Il est au Canada depuis le 1er janvier 2016. Les dix premiers jours, il a habité chez son parrain à Montréal. Ensuite il s’est rendu à Québec pour être accueilli dans une résidence privée pour étudiants à Québec.
En mars 2016, il a commencé des cours de francisation, mais les professeurs lui ont rapidement fait savoir que son français était assez bon. Il a donc décidé de travailler et est allé porter ses CV à la place Ste-Foy, où il a été engagé dans un café sans problème. « Ici, on est considérés comme des Canadiens, on est vraiment chanceux. Ce n’est pas la même chose pour mes amis en Europe, eux n’ont pas la même chance. C’est une des raisons pour lesquelles je dis que le Canada est un des meilleurs pays pour accueillir les réfugiés. » conclut Jad Moussali. Il a commencé sa maitrise en Biomatériaux à l’Université Laval en mai 2016.
Principales difficultés d’adaptation
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Selon Virginie Desmarais, conseillère en communautés culturelles à la Ville de Québec, la langue est une embûche majeure pour les arrivants syriens au Québec. Ils sont obligés de faire les cours de francisation avant d’être capables de fonctionner en société. « Beaucoup des réfugiés avaient des carrières et des statuts sociaux dans leur pays, mais ils s’en trouvent démunis ici. Habitués de participer à leur communauté en travaillant, maintenant ils en dépendent. Les rôles sont inversés», soutient Mme Desmarais, avant d’ajouter qu’une autre embûche considérable est la séparation des immigrés de leur famille.
Selon l’expérience de M. Moussali, le plus grand choc est la neige et le froid de l’hiver au Québec. La température l’a amené à se poser plusieurs questions sur son habillement, ses moyens de déplacement entre autres.
Équivalence des études
Monsieur Moussali et Madame Merjaneh témoignent à ce sujet. « J’ai attendu avant de partir de mon pays, juste pour terminer mon diplôme, pour ne pas perdre les trois ans que j’avais complétés avant la guerre. Je suis resté dans mon pays même si ce n’était pas sécuritaire » dit M. Moussali. Et Mme Merjaneh de son coté soutient que « C’est assez compliqué d’obtenir une équivalence d’études. Mais quand tu as un diplôme complet de l’université ça va. Sans papier officiel, il faut que tu recommences tout depuis le début. »
Ressources d’appui
L’un des facteurs qui ont fortement amélioré l’expérience des immigrants à leur arrivée dans la ville de Québec est l’encadrement et le nombre élevé de ressources mises à leur disposition par les autorités.
Parmi les nombreuses institutions en place, le Centre Multiethnique de Québec joue un rôle clé dans l’intégration des nouveaux arrivants dans la Capitale-Nationale. L’organisme communautaire se donne pour mission « d’accueillir les immigrantes et immigrants de toutes catégories afin de faciliter leur établissement, de soutenir leur adaptation et leur intégration à la société québécoise et de favoriser leurs accès à de meilleures conditions socioéconomiques ». Virginie Desmarais amène des précisions sur l’aide disponible pour les immigrants de la ville de Québec :
Si un immigrant n’est pas pris en charge par l’État, il reçoit l’aide d’un parrain privé. Lorsqu’un immigrant est parrainé au privé, il n’a pas accès aux mêmes services. C’est les parrains privés qui doivent subvenir aux besoins et les aider dans leur intégration.
Certaines recommandations pour continuer vers l’avant
Bien que la situation semble être positive, le Centre Multiethnique de Québec relève cependant certains aspects qu’il faut continuer d’améliorer afin d’optimiser l’intégration des immigrants dans la ville de Québec.
Voici la liste des défis et enjeux pour le CMQ au cours des prochaines années selon le bilan annuel de l’organisme :
Espoir de retourner en terre natale
Les conflits en Syrie ne semblent pas se terminer bientôt. Malgré la fragilité du régime de Bachar el-Assad, la pauvreté dans le monde arabe, l’absence de liberté politique et de droit d’expression, Jad Moussali, Mays Merjaneh ainsi qu’une grande majorité de Syriens gardent espoir de retourner en Syrie un jour. Malgré leur confort au Canada, si la guerre se termine, ils voudront y retourner pour contribuer à rebâtir le pays.
Ils savent que la paix et le calme en Syrie n’est pas pour bientôt, mais les deux réfugiés rencontrés gardent confiance en l’avenir d’un pays en paix. Selon Mme Merjaneh, « aujourd’hui, c’est vraiment une guerre, ce n’est plus une révolution. C’est les extrémistes qui essaient de contrôler le pays ».






















