Alors que les questions environnementales ont été largement abordées durant la dernière campagne électorale, peu de couverture a été donnée aux milieux humides qui jouent pourtant un rôle essentiel dans la lutte contre le réchauffement climatique et ses effets. Dans un effort de préservation, des organismes à but non lucratif ont choisi de faire l’achat de certains de ces terrains.
Canards Illimités Canada est un organisme à but non lucratif dont la mission est de conserver les milieux humides et de promouvoir un environnement sain pour la faune et les êtres humains. Selon eux, ces milieux sont des habitats essentiels pour la faune (dont 58 espèces en péril au Canada) qui participent à l’assainissement de l’eau, servent de rempart contre les inondations, préviennent les sécheresses et atténuent les changements climatiques en emmagasinant de grande quantité de carbone. Pourtant, ils continuent à disparaître partout au pays. 70% de la superficie totale des milieux humides a déjà disparu et ce nombre monte à 90% dans les Prairies.
Terminant une maîtrise en sciences géographiques sur les milieux humides, Catherine Caron sonne l’alarme concernant la disparition de ces écosystèmes.
Pendant la campagne électorale, le Premier ministre Justin Trudeau s’est engagé à planter deux milliards d’arbres. Pourtant ceux-ci absorbent peu de carbone comparativement aux tourbières et pourraient même aggraver la situation. Selon Mme Caron, les jeunes arbres créent plus de carbone qu’ils n’en absorbent. Bien que planter de nouveaux arbres soit nécessaire, ce n’est pas une solution au réchauffement climatique. Elle insiste plutôt sur la nécessité de protéger les milieux humides, particulièrement les tourbières. Celles-ci peuvent avoir plusieurs milliers d’années, permettant de stocker le carbone pendant une grande période de temps. Ce qui signifie aussi, que lors de leur destruction, elles en relâchent une quantité importante dans l’atmosphère.
Selon Canards Illimités, plusieurs menaces pèsent. En milieu rural, le drainage des tourbières est pratiqué pour plusieurs raisons: stabiliser le sol pour des constructions, augmenter la productivité agricole ou forestière ou faciliter le passage de la machinerie lourde pour des activités industrielles (extraction du pétrole, tourbe). Plus près des villes, c’est l’urbanisation qui met en péril ces écosystèmes. De plus, le Canada est l’un des plus grands producteurs de tourbe horticole au monde. À ce jour, la superficie drainée pour la récolte de tourbe est évaluée à 24 000 ha.

Des organismes à but non lucratif interviennent
Canards Illimités Canada achète des terrains possédant une valeur de conservation importante, les restaure au besoin, puis les revend en y greffant une servitude de conservation perpétuelle : ceci implique que les nouveaux propriétaires pourront exploiter les terres comme ils le désirent à condition de préserver les milieux humides qui sont protégés par la servitude. Le produit de la vente sert à acheter d’autres terrains qui seront à leur tour protégés.
Canards Illimités conclut aussi des ententes de conservation avec des propriétaires. Ceux-ci gardent la propriété des terres mais s’engagent à préserver l’intégrité naturelle et à limiter l’ampleur de l’urbanisation. S’ils vendent leurs terres, l’entente de conservation continue de s’appliquer avec l’acheteur. Les milieux humides qui ont déjà été drainés ne sont pas perdus, car l’organisme aide les propriétaires fonciers à restaurer les habitats détruits ou dégradés.
Gabriel Deraspe, aménagiste chez Canards Illimités, explique que plusieurs critères influencent le choix des terrains à acquérir dans un but de conservation: proximité d’autres habitats protégés, possibilité d’obtenir les autorisations nécessaires, présence d’espèces fauniques et floristiques menacées ou vulnérables et intérêt de leurs partenaires financiers.

Bien qu’ils aient des objectifs communs, les critères d’achat diffèrent d’un organisme à l’autre. L’Association pour la protection de l’environnement du lac St-Charles et des Marais du Nord (APEL) achète elle aussi des terrains à des fins de conservation. Collaborant avec plusieurs partenaires, l’association vise les milieux humides et les terrains avec de fortes pentes afin de protéger l’eau du bassin versant de la rivière qui est la principale source d’eau de la Ville de Québec.
Selon sa directrice générale, Mélanie Deslongchamps, la priorité doit être mise sur les terrains avec une valeur écologique pouvant créer des zones de conservation de grandes superficies. Contrairement à Canards Illimités Canada, l’’APEL reste propriétaire des sites et demande pour ceux-ci le statut de réserve naturelle en milieux privés en vertu de la loi sur le patrimoine naturel. L’organisme est soutenu par la Ville de Québec qui a confirmé vouloir les financer à hauteur de 7,2 millions, mais seulement si les gouvernements du Québec et du Canada s’engagent à faire de même.
Les gouvernements s’en mêlent
Même si les organismes à but non lucratif jouent encore un rôle de premier plan, les gouvernements commencent à agir pour préserver ces milieux. Le 16 juin 2019, l’Assemblé nationale du Québec a adopté le projet de loi 132, assurant la protection de tous les milieux humides et cours d’eau de la province. C’est la première province à adopter une loi protégeant ces écosystèmes. C’est un volte-face du gouvernement qui en 2018 avait adouci à deux reprises sa réglementation sur les milieux humides et autorisé la destruction de 444 ha de milieux humides, soit quatre fois plus qu’en 2017.
Du côté canadien, le budget fédéral 2018 incluait 1,3 milliards de dollars pour la conservation de la nature, le plus important investissement de l’histoire du Canada dans ce domaine.




















