En raison de la pénurie de main d’œuvre qui sévit au Québec, les entreprises spécialisées dans l’événementiel doivent relever un défi supplémentaire pour recruter des animateurs en cette période des fêtes. Pourtant, les Pères Noël sauront répondre à la demande des centres commerciaux, des écoles et des entreprises dans les prochains mois, assure Victor Gaudreault, directeur de l’Agence des Pères Noël professionnels du Québec (APNPQ).

Chez les Pères Noël, la saison officielle a démarré le 16 novembre pour l’année 2019 et ne dure qu’un mois et demi. Cependant, recruter pour une période aussi restreinte ne semble pas être un problème pour monsieur Gaudreault, qui peut autant compter sur des animateurs vétérans que des nouveaux visages. Que ce soit par le bouche-à-oreille ou par les annonces dans les médias, l’APNPQ attire aisément une relève prête à enfiler la barbe et le grand habit rouge.

Mais leur plus grand atout selon le directeur de l’agence, c’est la passion pour le métier: « Nos Pères Noël reviennent année après année. Ils en mangent, ils ont le goût de revenir ! » se réjouit-il. « Les seules fois où les Pères Noël nous quittent, c’est souvent parce qu’ils sont rendus trop vieux, qu’ils ont des problèmes liés à la maladie … C’est la seule raison. Sinon, ils restent avec nous jusqu’au bout. ».

Les Pères Noël saisonniers ont une passion tellement forte pour cette mission que ceux qui ne sont pas déjà à la retraite prennent souvent congé de leur travail pour avoir la chance de personnifier le légendaire barbu, ajoute monsieur Gaudreault.

Un histoire classique de Père Noël

Monsieur Daigneau, aussi appelé Père Noël Daigneau, fait partie des vétérans à l’agence. Comme plusieurs de ses collègues, il a joint l’APNPQ après qu’un ami lui en ait parlé. « Il savait que j’étais un vrai Père Noël dans ma ville. Il m’a dit de m’inscrire, car l’APNPQ recherchait de vrais Pères Noël », se souvient-il. « Alors j’ai posé ma candidature, et voilà ! »

Aujourd’hui retraité, M. Daigneau travaillait dans l’hôtellerie. Il est aussi un bénévole de la Croix-Rouge au Québec. Ces occupations ne l’ont jamais empêché de prendre quelques mois de son temps chaque année pour suivre les formations de Père Noël et enfiler son costume. « Je suis aussi grand-papa et arrière-grand-papa, ce qui me pratique toute l’année à faire ce magnifique personnage », lance-t-il avec fierté.

S’il a autant accroché au personnage, c’est avant tout pour le contact humain. En plus de l’émerveillement suscité chez les enfants, Père Noël Daigneau chérie les moments touchants lors de certaines rencontres : « Cette grand-maman qui est venue nous voir, car après 90 ans, elle n’avait jamais eu la chance de s’asseoir sur le Père Noël. Ou le monsieur qui arrive en fauteuil roulant, qui ne parle pas et ne bouge pas. Alors je m’agenouille à côté de son fauteuil et lui souhaite un joyeux Noël », se remémore-t-il. « Pour ces simples raisons, je ne changerais pas de place. »

Ne devient pas Père Noël qui veut

Même si la pénurie de main d’œuvre l’affecte un peu, Victor Gaudreault affirme qu’il ne peut pas baisser ses critères d’embauche, notamment en raison du rôle sensible que jouent ses Pères Noël auprès des enfants. L’APNPQ se dote donc de critères de sélections pointus, et les recrues doivent se soumettre à un examen de la Sûreté du Québec qui vérifie leurs antécédents judiciaires.

« Même si on est en manque de main d’œuvre, on n’accepte pas n’importe qui », spécifie le directeur de l’agence. « On est obligé de choisir. Je sais que quelques fois, il y a des gens qu’on a refusé et qui auraient bien aimé, mais s’ils ne cadrent pas dans nos besoins, dans l’image du Père Noël, on ne peut pas l’accepter sous prétexte d’une pénurie. »

La saison des Pères Noël a été lancée le 16 novembre 2019 au Québec. (Crédit photo: Maxance Cloutier)

Pour ceux qui ne sont pas Père Noël

Selon Desjardins, le nombre de poste à combler sur le marché de l’emploi aurait dépassé les 120 000 au Québec, ce qui en fait la province canadienne la plus touchée par la pénurie de main-d’œuvre. Causée par le vieillissement de la population et par la reprise économique, celle-ci affecte principalement les petites entreprises de moins de 50 employés.

André Raymond, directeur du Service de placement de l’Université Laval (SPLA), voit le nombre d’offres d’emplois augmenter depuis quelques années. Pour les emplois à temps partiel, il note que la hausse s’élève à 36% pour les trois dernières années. Il souligne que la pénurie de main-d’œuvre n’a pas le même effet dans tous les domaines d’emploi: certains ont vu leur condition de travail s’améliorer pendant que les autres ont peu évolué.

Comparaison du nombre d’offres pour des emplois peu qualifiés pour août, septembre et octobre 2016 et 2019 (SPLA).

Il ajoute qu’un travail d’éducation doit être fait auprès des employeurs concernant leurs exigences envers les candidats. Selon lui, dans un marché qui regorge d’opportunités, les chercheurs d’emplois sont moins portés à postuler pour un poste s’ils ne répondent pas à tous les critères recherchés. Il conseille aux employeurs de limiter leurs exigences à celles qui sont nécessaires et réalistes.

Dans un domaine où les critères d’embauche ne peuvent être sacrifiés, la pénurie de main-d’œuvre aurait pu avoir un impact majeur. Mais pour l’instant, la passion des Pères Noël semble capable de surmonter même cet obstacle.