Avec la montée des mouvements féministes et l’augmentation du pouvoir des femmes dans la société, plusieurs hommes se questionnent par rapport à leur rôle en société. En effet, de nombreux mouvements masculinistes comme Fathers 4 Justice se sont mis en place dans les dernières années selon Diane Lamoureux, professeure de sciences politiques à l’Université Laval. Toutefois, ces groupes souvent antiféministes sont-il la preuve que le modèle masculin est en crise? 

Selon Diane Lamoureux, professeure de sciences politiques à l’Université Laval, cela fait déjà plus d’un siècle que les mouvements masculinistes existent. Toutefois, ceux-ci prennent vraiment forme il y a environ 40 ans. « Le courant commence à se structurer à la fin des années 1980 au Québec à partir de certains ouvrages et prend de la vigueur dans les années 1990 à partir d’enjeux comme les pères divorcés privés de leurs enfants, le décrochage scolaire chez les jeunes garçons, la violence domestique à l’encontre des hommes ou encore le taux de suicide des jeunes hommes. »

Taux de suicide selon l’âge et le sexe au Québec (Capture d’écran)

La professeure explique que ces mouvements sont causés généralement par des mouvements, comme les mouvements féministes, qui remettent en cause les privilèges des hommes et qui prônent une société plus égalitaire comme une plus grande liberté pour les femmes. 

Ces mouvements masculinistes viennent de la peur de perdre des privilèges liés à l’appartenance de sexe. Il s’agit en général d’un mouvement revanchard fondé sur un passé idéalisé mais surtout perdu.  – Diane Lamoureux 

Si la montée des mouvements masculinistes va traditionnellement de pair avec la montée des mouvements féministes, Gilles Tremblay, chercheur responsable du Pôle d’expertise et de recherche en santé et bien-être des hommes, explique également la montée de ces mouvements par le discours social ambiant. Selon lui, celui-ci est contradictoire dans les attentes de la société envers les hommes : « Ça fait 40 ans qu’on critique, et avec raison, le modèle de l’homme « macho ». Or, les attentes sociales sont encore beaucoup autour de l’image du « macho ». Du genre, un homme, ça peut pleurer, mais pas trop ». 

Il y a des incongruences. On sait que quand on reçoit deux messages comme « sois, mais ne sois pas », ce n’est pas nécessairement évident.  – Gilles Tremblay

Le chercheur en santé et bien-être des hommes nuance tout de même la question : « La majorité des hommes, au Québec, s’adaptent très bien aux changements sociaux ». Par contre, en raison d’une éducation masculine où on développe l’autonomie avant l’attachement (la situation étant généralement inverse lorsqu’ils s’agit de l’éducation des femmes) et à cause d’un discours social à deux volets, certains garçons peuvent grandir en se sentant isolés, frustrés ou encore humiliés. Ces sentiments peuvent éventuellement les amener à fréquenter des mouvements anti-féministes ou  à commettre des crimes graves.

L’identité masculine, le fait de s’être reconnu comme homme, ça devrait aller de soi comme c’est le cas, jusqu’à un certain point, chez les femmes. Pour beaucoup d’hommes, il faut gagner son titre d’homme.  – Gilles Tremblay

Selon le Regroupement provincial en santé et bien-être des hommes, 25% des hommes au Québec vivent de la détresse psychologique au quotidien. (Crédit : Léa Harvey)

La détresse des hommes et les autres facteurs qui les poussent à fréquenter des mouvements masculinistes est donc un enjeu important à plusieurs niveaux. Si le traitement de cette détresse passe d’abord par un dialogue entre spécialistes et patient, il passe également par un dialogue social entre hommes et femmes. Sophie Brière, professeure titulaire de la Chaire de leadership en enseignement – Femmes et organisations, explique que les mouvements féministes visent tout simplement à identifier les inégalités dans la société et à les diminuer. 

Selon elle, les changements apportés par les femmes dans les différents milieux de travail, par exemple, sont bénéfiques à tous : « Beaucoup d’hommes participent à la culture organisationnel d’un milieu parce qu’ils doivent rentrer dans le moule. En construction, par exemple, certains hommes ne veulent pas d’outils pour les aider parce qu’un homme c’est supposé être fort et pouvoir forcer. Beaucoup d’hommes n’osent pas se plaindre ». 

Madame Brière ajoute également que lorsque l’intégration des femmes se déroule bien dans un milieu, ce dernier devient un lieu inclusif, tolérant et davantage ouvert aux autres minorités : « On veut défaire le moule. On veut une diversité : des femmes, des gens d’âges différents, de différentes origines. Beaucoup d’études le montrent, ce genre d’inclusions fait des organisations qui offrent une meilleure qualité de vie au travail ».  

Les hommes et les femmes, on vient pas de Mars et Vénus. On vient de la planète Terre. On est tous des humains. – Gilles Tremblay

Pour obtenir de l’aide, plusieurs centres de services sont disponibles dans toutes les régions du Québec. Ils sont notamment répertoriés par le réseau d’aide aux hommes pour une société sans violence, À coeur d’homme