Être métis, ce n’est pas seulement partager plus d’une seule ethnie. Sergio Kimio Nagaoka et Oriane Kalala Wembo ont tout deux un double bagage culturel et sont très conscients du choc et des malaises que cela peut parfois amener dans leur vie. Le rappeur et conférencier Aly Ndiaye alias Webster, métisse d’origine québécoise et sénégalaise, voit le métissage comme une richesse.

Le métissage atypique de Sergio, né d’une mère espagnole et d’un père japonais, semble avoir contribué aux moqueries auxquelles il a fait face lorsqu’il était plus jeune. Oriane, elle, est issue d’un mariage plutôt commun en France, entre une Française et un Congolais. Elle vit toutefois le sentiment d’être « coupée en deux » entre le choc de la culture occidentale et de la culture Africaine. Même en ayant vécu toute sa vie en France, elle a le sentiment qu’elle fait face au racisme envers toute une partie d’elle qui est congolaise.

«J’appartiens aux deux [territoires] et surtout j’appartiens aux trois. Parce qu’au-delà de tout ça je suis Humain, je suis Terrien et c’est ce que le métissage m’a fait réaliser. » Le rappeur Aly Ndiaye, Photo de courtoisie

Aly Ndiaye, rappeur et expert en histoire du peuple Noir au Québec et au Canada, est issu d’un mariage métis. Il est né au Québec et a grandi à Limoilou. « Mes parents nous ont élevés en fonction de ce en quoi ils croyaient, que ce soit du côté africain, québécois ou humain. Ils ne nous ont pas donné de religion. Ils ont dit que c’est un choix qu’on sera libre de faire à l’âge adulte. Ils ont puisé dans ce qu’ils connaissaient en termes de codes moraux ou culturels, mais ils ont vraiment eu l’intention de nous élever à l’image de ce métissage-là, » explique le rappeur sur son enfance. « Ce sont des richesses qui me permettent de grandir. »

En plus d’avoir un double passeport, Aly Ndiaye est issu de cultures qui n’appartiennent pas au même continent : l’Afrique et l’Amérique du Nord. Il se retrouve au centre du choc culturel entre les pays occidentaux et les pays de l’Afrique. « J’ai des cousins qui me perçoivent comme plus Blanc que Noir. » avoue-t-il sur sa famille sénégalaise. « Ici, je suis plus perçu comme Noir. C’est ça le métissage : partout où tu es, tu détonnes, » ajoute le rappeur. « Avant, je fumais du cannabis. Ici, je fumais allègrement, mais [au Sénégal] je fumais pas. Parce que la perception de cette drogue était complètement différente. Là-bas, si tu fumes, tu vas en prison. […] Socialement, il y a des différences. On parle entre autres de richesses en société qui te font connaître, voir, comprendre d’autres réalités aussi. »

Blanc ou Noir ?

« On m’a souvent perçu comme immigrant, » raconte Aly Ndiaye. « Ma réponse souvent quand je dis que je viens de Limoilou, les gens trouvent ça drôle, ils me demandent « non mais, tu viens d’où ? » ».

« Pour ma part, je me considère plus Noir que Blanc, pour avoir vécu du racisme, pour avoir vécu cette différente vision dans l’œil de l’autre ». Ajoute Aly Ndiaye en citant un texte du rappeur Kenlo du groupe Alaclair Ensemble : « Désolé M’man, j’suis Noir à 51% », disant se retrouver dans ses mots. « Mais d’un point de vue de ce à quoi la société me renvoie, puis ladite « race » est une construction sociale et cette construction sociale qui m’est renvoyée c’est ça, donc veut, veut pas je l’ai internalisé. Mais, à l’inverse, il y a des métissés qui vont grandir en Afrique et qui vont se sentir plus Blancs que Noirs. Et quand ils vont arriver en Occident ils vont se faire traiter comme des Noirs, ils ne vont pas comprendre pourquoi. »

Aly Ndiaye ressent un besoin de rester proche de ses racines en fouillant les archives du Québec sur la présence Noire au temps de la Nouvelle-France. « Une de mes plus grandes tares, c’est de ne pas parler [sa langue natale] parce que ça fait partie de mon identité. Je ne me sentirai pas complet tant que je ne parlerai pas Wolof. »