La crise de l’industrie du disque et le virage numérique ne sont pas sans conséquence pour les maisons de disques de la région de Québec qui se tournent vers la «gestion 360» afin de multiplier leurs sources de revenus. Ce modèle de gestion consiste, pour une maison de disques, à diversifier ses activités en s’occupant de l’ensemble de la carrière d’un artiste, plutôt que de tout miser sur la production d’enregistrements sonores.
Rafael Pérez, président-fondateur de Coyote Records, soutient que ce modèle d’affaires permet à l’entreprise de «tirer son épingle du jeu». «On n’est pas en position de se priver de sources de revenus», affirme d’emblée Rafael Pérez. Il y a près d’une décennie, ce producteur et gérant d’artistes a fondé l’étiquette de disques Coyote Records à Québec. En plus de prendre en charge la mise en marché du disque, la compagnie offre des services de gérance, de production de spectacles et d’édition musicale.
Dès les débuts de Coyote Records, M. Pérez a adopté cette orientation pour palier aux baisses de revenus déjà présentes dans le secteur du disque au début des années 2000.
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Bien que l’univers 360 constitue une formule gagnante pour Coyote Records, Yannick Lapointe, doctorant en musicologie et professeur à l’Université Laval, pense qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle ou d’une solution viable à long terme. Celui qui enseigne les rouages de l’industrie musicale affirme que le modèle n’est pas nouveau et qu’il n’a visiblement pas fait ses preuves.
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L’industrie du disque toujours en crise
Le bilan État des lieux de l’industrie québécoise de la musique, réalisé par l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), expose les difficultés qui touchent le secteur du disque ces derniers temps. «Pour la première fois en 2014, le Québec, en plus d’accuser de nouvelles baisses des ventes d’albums physiques en termes de nombre d’unités vendues, a subi une baisse des ventes numériques tant pour les albums que pour les pistes», peut-on lire dans le document.
À la lumière des données recueillies par le biais du palmarès Nielsen SoundScan et compilées par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ), on observe au Québec une baisse de 30,3% du nombre d’albums physiques vendus entre 2010 et 2014, tandis que dans les dix dernières années, le nombre d’albums physiques vendus annuellement a connu une chute drastique de 55%. Le rapport de l’ADISQ précise qu’en 2014, «seulement 4 albums québécois […] ont atteint des ventes de plus de 50 000 copies», alors que «chaque année, environ 400 albums d’artistes québécois […] sont mis en marché».
En plus d’affecter les revenus des artistes à la baisse, la crise du disque touche également les compagnies québécoises oeuvrant dans le secteur de la production musicale (enregistrement sonore, spectacle, gérance, etc.). L’étude Situation financière des entreprises du programme d’aide aux entreprises en musique et variétés (PADISQ), produite par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), stipule qu’«en 2013-2014, 68% des entreprises du secteur étaient rentables». Il est aussi précisé que, sans l’aide publique, seulement 26,9% des entreprises auraient franchi le seuil de rentabilité pour cette période.
Selon Yannick Lapointe, les maisons de disques n’étaient pas préparées à l’arrivée du numérique, ce qui leur a causé d’importantes pertes de revenus.
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Promouvoir l’artiste avant tout
La chute des ventes de disques force les acteurs de l’industrie musicale à revoir leurs stratégies et à multiplier leurs sources de revenus. Rafael Pérez, propriétaire de Coyote Records, explique que c’est en misant sur la promotion de l’artiste que l’entreprise réussira à faire du profit.
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L’étiquette de disques indépendante Groupe Artifice, établie à Québec, offre également plusieurs services aux artistes, allant de la gérance à la mise en marché en passant par l’édition, le pistage radio et la gestion de spectacles. Selon Alexandre Pouliot, son fondateur, les stratégies de mise en marché ont évolué suite au tournant numérique et au déclin de l’industrie du disque.
«De plus en plus, j’essaie de miser sur une stratégie web, une stratégie de développement du fan-base, avant même de viser la vente d’albums. Il ne faut plus nécessairement focuser sur cette dernière, mais plutôt sur le fait de faire connaître le groupe.»
«Avant, il n’y avait pas de réseaux sociaux et ta stratégie était souvent la même. […] C’est le fun parce qu’il y a plusieurs issues possibles maintenant. C’est beaucoup plus vaste que ça pouvait l’être avant», ajoute-t-il.
L’avenir des maisons de disques
Alexandre Pouliot croit que le futur de Groupe Artifice et des maisons de disques passe par la concentration des différents services à l’intérieur d’une même compagnie. «Le modèle est révolu un peu. […] Je pense que, de plus en plus, c’est d’être à l’interne. Je ne fais pas plus de revenus avec telle ou telle branche, donc je peux me permettre de toucher à tout et d’offrir un service complet à l’artiste», résume-t-il.
Rafael Pérez envisage également de poursuivre la gestion de Coyote Records dans l’optique 360. «J’entrevois de continuer nos activités telles qu’on les fait aujourd’hui, de continuer de capitaliser sur le spectacle, sur les médias […] et de ne pas avoir trop d’attentes par rapport à la vente de disques», affirme-t-il.
Au cours des prochaines années, M. Pérez estime qu’il y aura «encore une baisse du revenu de ventes d’albums» mais, «peut-être une augmentation des revenus liés au streaming [plateformes d’écoute de musique en ligne] avec le temps et les législations». «Je pense qu’il y a un manque à gagner à ce niveau-là».



















