Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

L’insécurité alimentaire dans le monde : expérimenter pour agir

10 avril 2019 - 11:08

Lors de la simulation, un "riche héritier Saoudien" de la classe des riches se fait exiler et est contraint de quitter la table des riches pour rejoindre la classe moyenne. C/ Nora Legrand


Nora Legrand, Annasthasie Kaningini-Kasuku

Oxfam-Québec Université Laval a organisé une simulation en grandeur nature afin d’illustrer pour la communauté étudiante la situation inquiétante concernant la répartition alimentaire dans le monde. Six pays dans le monde se retrouvent en état d’urgence d’après la déclaration du rapport annuel du Programme alimentaire mondial (PAM) sur l’insécurité alimentaire mondiale, rédigé conjointement avec l’Union européenne et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en avril 2019. 

En ce mois d’avril, Oxfam-Québec a organisé un banquet de la faim afin de simuler les inégalités alimentaires liées aux classes sociales à l’échelle mondiale. Une classe a été attribuée aléatoirement à chaque personne, ainsi qu’un personnage. Le personnage a une histoire : riche héritier, fonctionnaire, exilé… Lors des mises en situation, certains personnages ont vu leur statut social changer, également de manière aléatoire.

« On pense qu’il n’y a pas assez de nourriture dans le monde. C’est faux. Il y a assez de nourriture pour tout le monde. Elle est juste mal répartie, » a affirmé Maxime Leblond, membre de l’association Oxfam-Québec et animateur pour la soirée de la simulation.

Un espace a été attribué à chaque classe sociale. Les riches, qui étaient peu nombreux, ont soupé sur une table. La classe moyenne regroupait un peu plus de personnes et devait aller se servir directement au buffet. Les pauvres étaient les plus nombreux : ils étaient assis au sol sur des nappes. Les classes ont été traitées différemment aussi, puisque les riches ont bénéficié de serveurs bénévoles et ont été servis avant les autres classes. Ainsi, durant toute cette soirée, les convives ont été déstabilisés par l’expérience des réalités liées au déséquilibre alimentaire dans le monde.

« Juste pour une soirée, occuper le rang d’un riche… je me suis senti très chanceux, mais j’ai pu voir les autres manger du riz dans des bols à terre, c’est horrible, il est temps de se battre pour le changement », avoue Gloire Munoko, un des artistes invités lors du banquet.  

 

Sabine Erika Kröger, professeure en économie expérimentale, estime qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour remédier à cette instabilité alimentaire à l’échelle globale. « Il revient aux systèmes de régulation et aux entités gouvernementales à travers le monde de réexaminer les prédilections économiques sur la pauvreté afin de mieux déterminer pourquoi les différentes méthodes employées auparavant pour l’éradiquer ne fonctionnent pas », rappelle-t-elle.

La faim à l’échelle mondiale

« Plus de 113 millions de personnes dans 53 pays ont connu une famine aiguë nécessitant une assistance urgente en matière d’alimentation, de nutrition et de moyens de subsistance ou plus, en 2018 », selon le rapport mondial sur l’insécurité alimentaire aiguë de l’Agence des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture publié mardi 2 avril 2019.

Les organismes mondiaux spécialisés dans les services d’aide humanitaire tels que les Nations Unies et le Programme alimentaire mondial sont préoccupés par les cas urgents qui se manifestent dans certaines régions du monde. Dans son contexte de crise politique, le Yémen est à l’échelle mondiale le pays avec le taux de mortalité le plus élevé à cause de la famine. Au Mozambique, le passage du cyclone Idai a laissé le pays dans un état d’urgence en mars dernier.

« Avec l’aggravation rapide de la crise alimentaire qui frappe le Kasaï, une région de la République démocratique du Congo (RDC) déchirée par les conflits, 7,7 millions de personnes, soit un quart de la population, n’ont pas accès à des quantités suffisantes d’aliments nutritifs », déclare le rapport du PAM.