L’année 2015 a vu ouvrir deux commerces à la sélection de produits très spécifiques. Une deuxième succursale du café Nektar, ainsi que la Baconnerie se sont installées dans le quartier Limoilou. Ces deux établissements s’inscrivent dans une tendance au retour à la proximité, au familier et à la qualité. Une tendance qui s’applique cependant à certains types de quartier, comme Saint-Roch ou Limoilou.

La Baconnerie a ouvert ses portes en juillet 2015. Le concept imaginé par l’entrepreneur Alexandre Leclerc est simple : proposer du bacon sous toutes ses formes. Dans la boutique située dans la 3e avenue à Limoilou, les gourmands peuvent aussi retrouver une large gamme de produits, comme des bières de petites microbrasseries québécoises ou une sélection de sauces de l’entreprise québécoise saucespiquantes.ca

Selon le gérant, la Baconnerie n’aurait pu s’installer ailleurs qu’à Limoilou. « C’est un quartier qui bouge, dynamique, où les commerces de proximité vivent bien. Les gens de Limoilou veulent manger du bon pain, aiment la bonne pizza et, je l’imagine, du bon bacon ! », a-t-il expliqué pour le média en ligne Monlimoilou.

Crédits : le Nektar caféologue
« Ce qui est intéressant avec le café, c’est que c’est un peu comme le vin, la bière ou le cacao, c’est-à-dire que c’est un produit qui est très complexe et très aromatique aussi. Par exemple, dans le café, on a identifié plus de 800 arômes et huiles aromatiques », explique le gérant du café Nektar. Crédits : le Nektar caféologue

Le gérant du café de Québec Nektar caféologue, Jordan Leyette, est lui aussi convaincu que l’identité du quartier joue beaucoup. « C’est le cas de la rue Saint-Joseph où on retrouve des commerces spécialisés : des boucheries, des poissonneries, ainsi de suite », se réjouit-il.

Selon lui, cette tendance ne se répète pas dans n’importe quel quartier. « Par exemple, en banlieue de Québec, les gens sont habitués d’aller au Costco ou au Wal-Mart, car ils veulent du rapide et du « facilement fait », même si ça goûte partout pareil, surtout s’ils ont une famille. Les gens qui sont en ville, comme ici à Saint-Roch, vont avoir tendance à rechercher des endroits plus familiers, plus proches d’eux, plus vrais aussi », estime Jordan Leyette.

Le concept typique de la Baconnerie et son emplacement dans un quartier tel que Limoilou sont intrinsèquement liés. Alexandre Leclerc s’inscrit ainsi dans une tendance au retour à la vie de quartier dans les grandes villes.

Retour à la proximité et au local

Le fait que les commerces de proximité, et intrinsèquement les boutiques spécialisées, définissent l’identité d’un quartier attire les citoyens qui veulent revenir au familier et à la convivialité, mais aussi au local dans un monde de plus en plus globalisé. Avec cela, les habitants se sentent parties intégrantes du quartier, ce qui donne un sentiment de stabilité, d’enracinement, mais aussi celui d’appartenir à une communauté.

Aussi, comparés aux supermarchés qui proposent une grande offre de fruits et légumes, les magasins spécialisés ont l’avantage de proposer une offre personnalisée, réduite et spécifique, mais aussi une large gamme parmi la petite sélection de produits qu’ils vendent.

Les commerces de proximité offrent aux habitants d’un quartier une proximité non seulement physique, mais aussi sociale. Cela, car ils « s’inscrivent au sein de territoires spécifiques, notamment les quartiers en milieu urbain », selon le travail de Richard Morin et de Michel Rochefort basé sur une analyse de trois quartiers de Montréal. Ils permettent un contact privilégié avec l’habitant, qui n’est plus seulement client, car son avis est entendu et pris en compte.

Les petites entreprises peuvent aussi réduire leur marge en diminuant le parcours du produit entre le producteur et le consommateur. Ils peuvent se permettre de tester des produits novateurs, distinctifs et qui se démarquent. « La tendance à la spécialisation des boutiques est intéressante, car on va aller chercher le meilleur d’un produit. C’est-à-dire que contrairement à un magasin de grande surface ou aux magasins plus généralistes où on retrouve des produits semblables d’un endroit à l’autre, là on va vraiment se distinguer et avoir un produit très différent », précise Jordan Leyette.

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Le cas du quartier Saint-Roch

Cette appropriation d’un quartier par ses habitants et par les entrepreneurs amène à un embourgeoisement (aussi appelé « gentrification ») du quartier, conduisant petit à petit à une hausse du prix des loyers et plus généralement du prix de la vie quotidienne. Réjean Lemoine, sur le site de l’Amérique française, explique qu’après avoir connu le déclin dès les années 1950, le quartier Saint-Roch s’est revitalisé dans les années 1990, notamment grâce à la volonté du maire Jean-Paul L’Allier. Le plus ancien quartier de Québec s’est transformé en « quartier branché et créatif, comme de nombreux quartiers ouvriers et centres-villes d’Occident », explique l’historien.

Derrière l’ensemble de ces aspects positifs, ce genre de quartiers risquent de voir se constituer un certain entre-soi et il apparaît que celui-ci se paye. L’exemple du quartier Saint-Roch est en effet à rapprocher de la polémique qui a eu lieu en avril 2015 à Londres, après qu’un café spécialisé dans la vente de céréales a ouvert ses portes. Ses initiateurs ont choisi de s’installer en décembre 2014, dans un quartier en cours d’embourgeoisement, mais où 49 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté. A été reproché à ce café spécialisé une tarification trop élevée pour le type de quartier.

Le changement des habitudes des consommateurs

Selon les données de décembre 2012 de Statistique Canada, il existe 2235 commerces spécialisés au Québec. En tout au Canada, il existe 7980 boutiques. La Belle-Province comprend donc une part importante de ces boutiques, soit environ 28 %. Après la Colombie-Britannique, c’est au Québec qu’il y a le plus de magasins spécialisés par habitant.

En 2014, les magasins spécialisés représentaient 5,2 % de la vente d’aliments et de boissons au Canada.

Selon un sondage BDC-Ipsos de 2013 rapporté dans l’étude « Planifier votre croissance » de la Banque de développement du Canada (BDC) en octobre 2013, un tiers des consommateurs canadiens étaient prêts à payer plus cher pour des produits meilleurs pour leur santé. De même, un tiers des consommateurs canadiens sont prêts à payer 15 % plus cher pour des produits fabriqués avec éthique. Est aussi mis en avant le fait que la population vieillit et qu’elle est de fait de moins en moins encline à se déplacer et donc de plus en plus encline à se diriger vers les commerces de proximité.

Il apparaît en effet que les boutiques spécialisées possèdent plusieurs attraits. L’organisme Equiterre a recensé les différents aspects entourant les commerces spécialisés. En plus d’offrir un service rapide et personnalisé, ils permettent aux habitants d’un quartier de faire des économies d’argent et de temps. « 70 % des Québécois déclarent privilégier le magasinage à proximité de leur résidence pour sauver du temps », rapporte Equiterre selon une étude de la Ville de Montréal réalisée en 2006.