La majorité de la population aujourd’hui utilise les médias sociaux à des fins de divertissement, de communications et pour le travail. Par leur popularité, les médias sociaux deviennent un outil stratégique pour des entreprises, mais aussi, pour les partis politiques. Une chose est certaine, selon Philippe Dubois, étudiant au doctorat en Science politique de l’Université Laval : « C’est vraiment un outil mainstream [courant], je ne pense pas qu’il y a un parti politique qui peut ne pas être présent sur les médias sociaux en général ».

Les partis politiques se doivent d’être présents sur les médias sociaux. De plus en plus, ceux-ci développeront des stratégies autour de ces outils numériques. Selon Philippe Dubois, les partis politiques n’utiliseront pas les médias sociaux pour gagner des votes, mais plutôt, pour faire parler d’eux : « Je ne pense pas que les médias sociaux servent à gagner des votes. Je pense que les partis peuvent s’en servir pour plein d’affaires notamment pour mobiliser leur support, leurs militants. Pour identifier aussi, via les données massives [Big data], les clientèles ou aller chercher des datas pour aller les rejoindre d’une autre façon».

Le marketing politique est aussi un nouveau vocabulaire courant dans l’univers politique. Les médias sociaux permettent donc de cibler plus précisément les publics que les partis souhaitent viser. Aujourd’hui, ces derniers ne parlent plus à tout le monde, « les partis politiques ciblent des segments de l’électorat bien définis pis s’adressent uniquement à ces segments-là pour aller chercher le nombre qui faut pour être élus majoritaires», affirme Philippe Dubois.

Les partis politiques peuvent aussi user de stratégie, grâce à l’agenda médiatique, qui représente les nouvelles journalistiques au courant d’une journée ou d’une semaine. En effet, selon l’expert, Twitter est un média social efficace pour donner de l’information aux journalistes et, au final, réussir à faire parler d’eux: « Les partis politiques utilisent les médias sociaux comme Twitter pour spinner les journalistes, donc ça devient aussi un endroit où on peut partager du contenu média, mais aussi où on peut influencer les médias mainstream par notre action en ligne».

Faire de la communication politique au quotidien

Alexandra Boudreault, attachée politique pour la députée libérale dans la circonscription de Saint-Laurent, Marwah Rizqy et auparavant, responsable des communications pour le candidat de La Prairie, Stéphane Lacasse, fait de la communication politique au quotidien. Cette dernière affirme qu’elle utilise les médias sociaux pour l’agenda politique : « j’ai toute liké [aimé] les pages Facebook des arrondissements et des organismes. La stratégie derrière tout ça c’est que je connais tous les événements d’avance, avant qu’ils nous invitent». Toutefois, Alexandra Boudreault nous confirme qu’il y a aussi une stratégie pour la visibilité de la députée. Au fond, « tu fais une activité et tu publies immédiatement du contenu. […] Ça fait partie de notre stratégie pour voir qu’elle [la députée] est encore là [sur les médias sociaux] à cette heure-là, etc.».

 

La députée utilise ses médias sociaux pour organiser des événements dans sa circonscription, comme le Samedi de la Députée. Crédit : Marwah Rizqy

 

Publication Instagram de la députée Marwah Rizqy. Crédit : Marwah Rizqy

 

L’attachée politique utilise d’ailleurs plusieurs plateformes. L’agenda politique, c’est avec Facebook et Twitter, mais pour la visibilité, Facebook et Instagram sont les outils de l’attachée politique : « quand on croise des jeunes et des moins jeunes, on demande s’ils veulent prendre une photo pour le Instagram. Le contenu sera plus drôle, si je peux dire.»

La mode des mèmes

Les médias sociaux sont utilisés par les partis politiques, mais d’autres groupes en soutien en ces partis se créent pour faire du contenu en faveur d’une formation politique. C’est le cas pour la page Québec Solidank qui se positionne fortement en faveur du parti Québec solidaire. Ce que la page diffuse : que des mèmes, forme de caricature populaire chez les milléniaux. L’une des gestionnaires de la page, Chloé Fortin-Côté, nous explique qu’elle ne croit pas que la page a eu un réel impact lors de l’élection. Toutefois, elle croit que si à travers les opinions véhiculées , ils ont fait en sorte « que des gens sont allés voter, c’est déjà une bonne influence qu’on peut avoir sur la place politique».

 

Québec solidank aime attaquer les autres partis politiques, surtout en temps de campagne. Voici un mème qui a été produit lors de l’annonce de la candidature libérale de Gertrude Bourdon dans la partielle de Jean-Talon.. Crédit : Québec solidank

 

Québec solidank attaque au passage la CAQ qu’elle considère de boomer. Plusieurs des mèmes que la page fait envers ce parti restent sous la même thématique. Crédit : Québec solidank

 

De plus, considérant que cette tendance vise principalement les jeunes, Chloé Fortin-Côté ne croit pas que les mèmes vont un jour disparaître après la mode, mais plus se renouveler : « La caricature, ça fait des années et des années qu’on en a. On en a encore aujourd’hui. […] Le mème c’est un nouveau médium de caricature. Avant, la caricature demandait des talents particuliers, que maintenant n’importe qui qui a un ordinateur peut faire un mème».

Envie de connaître les stratégies politiques des principaux partis provinciaux? Écoutez notre vidéo informative!

 

Crédit informations : Philippe Dubois, étudiant au doctorat en Science politique de l’Université Laval.