Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Les défis de la FPJQ : le tsunami Internet

21 novembre 2013 - 17:14


Caroline Savard, Jean-françois Morissette

Même s’il ne faut pas minimiser les impacts de l’arrivée du Web sur la pratique journalistique, il faut garder en mémoire que plusieurs révolutions ont déjà secoué le milieu auparavant. Selon Florian Sauvageau, directeur du Centre d’étude sur les médias (CEM) de l’Université Laval, les bouleversements qu’Internet provoque dans le métier sont comparables aux révolutions antérieures. «Si on regarde plus loin dans le passé, la technologie a toujours changé le journalisme», souligne-t-il.

«Le télégraphe a en premier modifié radicalement les pratiques, les papiers devaient être moins longs et on pouvait les transmettre instantanément au pupitre si on était correspondant à l’étranger, sans plus avoir à attendre 10 ou 15 jours pour être publié», poursuit-il. Puis, c’est l’arrivée des transmissions radios qui a changé la donne lors de la Seconde Guerre mondiale. Les reporters ont alors commencé à suivre les soldats au front, à les faire parler pour qu’on les entende jusque dans les villages reculés du Québec. Et plus proche de notre époque, l’arrivée de la télévision et la transmission de l’image ont tout remis en perspective une nouvelle fois, laissant le public s’exprimer, obligeant les professionnels à repenser de manière plus visuelle leurs nouvelles.

Dans la pratique journalistique, l’adaptation devra cependant se faire rapidement. «Les journalistes, jusqu’à tout récemment, travaillaient ou bien dans la presse écrite ou bien à la radio et la télévision. Maintenant, tout le monde doit faire de tout, même si ça ne prend pas les mêmes aptitudes», explique Florian Sauvageau. «C’est certain qu’avec les nouvelles pratiques du Web, les journalistes vont avoir à développer une nouvelle polyvalence», poursuit-il.

Même si l’urgence dans le rendement avait déjà été initiée par l’arrivée des chaînes d’information continue comme RDI ou LCN, l’instantanéité du Web comporte de manière plus importante son lot de changements, qu’ils soient positifs ou négatifs.

Un des effets indésirables du Web est certainement le risque d’erreur accru. Non seulement la production rapide d’information ne permet plus autant aux journalistes de vérifier ce qu’ils diffusent, mais les pratiques de l’instantané réduisent considérablement la barrière qui sépare les sources du public. «Ça permet beaucoup plus facilement aux sources de manipuler les journalistes. Par exemple, lorsqu’une conférence de presse est rediffusée en direct, les journalistes n’ont pas le temps de vérifier ce qu’on leur dit pour voir s’il y a des contradictions ou juste pour vérifier les informations. On diffuse plus d’information brute», soulève M. Sauvageau.

Sans cependant se résumer à de nouveaux obstacles, l’ajout d’Internet dans les pratiques de l’information peut aussi permettre une ouverture vers une nouvelle fenêtre jusqu’ici jamais explorée : la proximité avec le public par l’entremise des réseaux sociaux. Plus que jamais, le public est intégré à la création de l’information et il se fait entendre.

Pour Florent Daudens, éditeur des réseaux sociaux à Radio-Canada, l’apport des réseaux sociaux aux médias influence directement la pratique. «On doit penser la diffusion de nos nouvelles vraiment différemment, parce qu’il y a toute cette recherche de viralité, on cherche à intéresser les gens à des sujets qui peuvent être à la base arides en leur donnant un côté plus interactif», résume-t-il.

Cette présence marquée des médias sociaux est cependant à double tranchant, la recherche de viralité ne devant pas prendre le pas sur le rôle premier du journaliste. «C’est sûr que nous, à Radio-Canada, on gardera toujours un contrôle éditorial, on gardera toujours une mission qui est fondamentale, qui est l’intérêt public», affirme M. Daudens.

Mais au-delà de toutes ces nouveautés, une constante demeure : la conscientisation des publics. Plus que de simplement participer à la création de la nouvelle par les réseaux sociaux, le public possède aujourd’hui les outils pour mieux s’informer par lui-même.

«On parle souvent du droit du public à l’information, mais le public a aussi un certain devoir de s’informer convenablement. Si on consulte seulement une source, par exemple un bulletin de nouvelles télévisées le soir, ce n’est pas assez. On doit aussi aller chercher des sources complémentaires qui sont désormais accessibles en un simple clic», résume Florian Sauvageau.