Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Les défis de la FPJQ : Information internationale prise 2

22 novembre 2013 - 12:50


Benjamin Dy, François-olivier Marquis

En matière d’information internationale, l’accès à l’information n’a jamais été aussi grand en raison de l’Internet et des télévisions satellitaires. Paradoxalement, cette information n’a jamais été aussi peu traitée dans les médias québécois. L’évaluation de la couverture de ce type d’information par les médias québécois est de 1,7 % entre 2001 et 2013 dans les différents médias de la province.

Ce paradoxe change la problématique du manque de couverture de l’information internationale dans les médias du Québec. Une nouvelle question et un nouveau défi se posent à la Fédération  professionnelle des journalistes du Québec : est-ce un problème que les médias locaux ne traitent plus d’information internationale étant donné qu’elle est disponible grâce à une multitude de médias  sur le Web ?

«Est-ce qu’avec l’arrivée du Web, l’ensemble de l’information n’est pas devenu international ?», lance Florian Sauvageau, professeur au Département d’information et de communication de l’Université Laval et intervenant lors du congrès à venir. Le spécialiste ne prend pas les statistiques avancées au sujet du traitement de l’information internationale au Québec au premier degré. Il voudrait connaître le fondement des études menées qui n’est pas dévoilé à ce jour. «Je pense que les gens qui s’intéressent à l’information internationale n’ont paradoxalement jamais eu autant d’accès à cette information. Les quotidiens du monde entier en traitent, mais il est vrai que les médias locaux font l’impasse pour des raisons financières et d’intérêts. Bien ou pas bien, je ne sais pas. On en parle depuis des années et nous aurons une occasion de revenir très largement sur ce sujet en fin de semaine. Nous avons de nombreux invités de qualité!», poursuit-il.

Dominique Payette, professeure au même département que M. Sauvageau, souligne quant à elle que donner la parole à un représentant d’une organisation non gouvernementale ou un pigiste sur une zone en conflit n’est absolument pas la même chose qu’un travail journalistique assigné par un média à un professionnel. Par conséquent, le manque de mobilité des journalistes sur le terrain est très néfaste, car ils n’ont plus l’occasion de combattre  leurs préjugés. La spécialiste rappelle également que les médias traitent de façon très inégale l’information internationale et que même dans un contexte ou l’information est plus accessible, mais aussi plus dispersée, un média de masse garde la responsabilité de livrer cette information au public. Elle réaffirme également que la grande majorité des consommateurs d’information ne va pas d’elle-même chercher sur Internet  les journaux locaux de Dakar par exemple. Soit parce qu’ils ne savent pas le faire, soit parce qu’ils n’en connaissent pas l’existence. Une étude du Centre d’études sur les médias dévoilée par Le Devoir du 15 novembre montre les tendances de la consommation de l’information selon les générations. Cette étude montre une fois de plus une consommation de l’information peu ouverte à la recherche d’une information internationale dispersée dans différents médias.

Selon Jean-François Lépine, un des intervenants sur le dossier de l’information internationale au congrès de la FPJQ qui a lieu en fin de semaine à Québec, la responsabilité du faible traitement de l’information internationale au Québec est autant due à la responsabilité des rédacteurs en chef qu’au public. Le journaliste insiste sur la restructuration budgétaire des médias qui rationalisent les dépenses, et comme l’information internationale coûte cher et manque de popularité, c’est la première à être supprimée. «Ces deux dernières années, la couverture à l’internationale a atteint le minimum historique de 0,8 et 0,7 %. Les programmes sont faits à 20 % de sport, dont une très large partie est occupée par le hockey sur glace. Un pourcentage tout aussi affolant est destiné à la cuisine. L’information internationale est le parent pauvre de l’information québécoise. À titre comparatif, les médias américains et européens couvrent l’international à 12 %», précise-t-il. 82 % de l’information internationale au Québec provient de deux sources, soit Radio-Canada et le journal La Presse.

Anne Caroline Desplanques, journaliste au Journal de Montréal, exprime parfaitement les imperfections d’une information hyperlocale dans son article Se regarder le nombril et mourir à petit feu [NDLR : l’article n’est plus disponible dans les archives de ProjetJ.ca], où elle critique l’intérêt porté à l’actualité sportive par rapport à des faits majeurs traités le même jour sur la scène internationale. Des données statistiques d’Influence communication, courtier en information média sur la question de l’information internationale sont d’ailleurs disponibles à ce sujet.

Jean-François Lépine, l’ancien animateur de «Une heure sur terre», une émission de Radio-Canada consacrée aux reportages internationaux qui a également été supprimée des programmes, se dit alarmé par ce manque de couverture directe à l’international des médias locaux. «À l’heure des changements environnementaux globaux autour de la planète, les Québécois se désintéressent complètement de cette réalité collective. Ce genre de constat est angoissant», souligne-t-il.

Le journaliste déplore également le manque d’opportunité pour les jeunes journalistes professionnels dont beaucoup souhaiteraient se lancer dans cette spécialité. «De plus, ne couvrir l’international qu’avec des correspondants locaux est à mes yeux une perte de qualité de l’information. Nous sommes trop divergents dans nos perceptions. Je reste persuadé que d’envoyer nos journalistes est bien plus efficace», conclut-il.

Cette vision est partagée par Frederic Nicholoff, journaliste à Radio-Canada et envoyé spécial, ainsi que par François Brousseau, chroniqueur et analyste à Radio-Canada pour les affaires internationales. Pour eux, bien qu’une information internationale de qualité puisse être faite d’ici, rien ne remplace la présence d’un journaliste. «On a besoin de journalistes d’ici pour expliquer le monde aux gens d’ici», déclare François Brousseau au journal Le Devoir.

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