La danse  attire des spectateurs fascinés par les prouesses et la virtuosité. On admire les parcours de ces professionnels qui se sont voués corps et âme à leur art. Mais derrière ces performances, il y a des artistes qui ont évolué dans un milieu souvent difficile. Voici un portrait du milieu de la danse professionnelle à Québec.

Tout commence, dès la quatrième ou cinquième année de primaire. Les jeunes ont accès à des programmes de formation professionnelle en danse. C’est le cas du programme danse-étude mis en place par l’École de danse de Québec, l’institution d’enseignement la plus renommée dans la Vieille-Capitale. Cette formation en ballet, invite de jeunes élèves à s’initier à la danse classique dans l’éventualité de poursuivre une carrière professionnelle.

Mélissa Roy, coordonnatrice du programme et professeure de ballet, explique que les critères de sélection à satisfaire pour entrer dans le programme incluent la qualité du dossier scolaire, les conditions physiques et le passage d’une audition en danse.

De manière générale, les étudiants inscrits à ce programme sont déjà initiés : « Ce sont des jeunes qui, généralement, ont fait déjà du ballet », explique madame Roy. Elle ajoute que ce programme a été mis en place pour les jeunes qui veulent approfondir leurs connaissances en danse classique : « Le niveau loisir ne leur permettrait pas d’aller aussi loin qu’ils le souhaiteraient ».

Cette formation permet la voie vers la professionnalisation d’un danseur. Elle est un préalable pour diriger des élèves vers de grandes écoles de ballet, avance Lyne Binette, directrice pédagogique de l’École de danse de Québec et professeure de ballet. Tous les étudiants ont des niveaux différents. Ainsi, l’école a la vocation d’accompagner les élèves vers leur propre progression et leurs choix de carrière, soit en allant vers une grande école de ballet, soit en choisissant le Diplôme d’études collégiales (DEC) en danse contemporaine offert lui aussi par  l’École de danse de Québec.

La danse : une discipline difficile ?

Outre les programmes d’étude en danse, plusieurs difficultés influencent le processus de formation des étudiants. En premier lieu, le rythme d’entrainement est soutenu puisque les jeunes sélectionnés pratiquent 18 heures de danse hebdomadaire dans le cadre de la formation danse-étude. Dans le cadre du DEC en danse contemporaine, une journée type commence à 8h15 par des activités de conditionnement physique, suivies de classes de danse classique et contemporaine qui se déroulent tout le long de la journée.

En deuxième lieu, ce qui rend les formations de danse exigeantes c’est le risque de blessures. Lyne Binette, explique dans ce sens que l’École donne des outils de prévention pour se prémunir des blessures et les éviter. Parmi ceux-ci, il faut compter la sensibilisation et la remise à niveau progressive du danseur blessé.

Retombées positives

Outre le côté physique, le côté mental joue énormément pour être en mesure de suivre une formation professionnelle en danse. Lyne Binette, professeure de danse estime que la qualité première d’un danseur est la « persévérance ».

Néanmoins, malgré cette qualité exigée du danseur, certains parents estiment qu’elle peut être vaine. C’est le cas de Lucie Tremblay, mère d’une étudiante du programme danse-étude à l’École de danse de Québec. Selon elle, le milieu professionnel a des attentes trop exigeantes pour de jeunes étudiants en danse. La pression exercée sur les enfants serait trop grande. Les chances de percer étant très faibles, les investissements, en termes d’argent, de temps, d’efforts et d’émotions seraient exagérés pour un résultat qui n’est pas assuré.

Il y a beaucoup de retombées positives à faire de la danse : faire des prestations, apprendre à s’exprimer par le mouvement, développer une bonne posture générale, etc. Lucie Tremblay croit que les jeunes devraient avoir du plaisir à danser, ce qui n’est pas le cas nécessairement dans les milieux professionnels, selon elle.

«Les spectacles sont beaux : les beaux décors, la belle musique, les beaux costumes. Mais c’est comme si on ne peut pas être emballés parce qu’on sait que, derrière la scène, il y a des commentaires négatifs, des reproches, de la pression pendant la générale et du découragement excessif pour l’âge de ces jeunes. » – Lucie Tremblay

Précarité de l’emploi

Après plusieurs années de formation souvent très coûteuses, les danseurs n’ont aucune assurance de trouver un emploi. La plupart du temps, c’est même relativement difficile.

Selon Émilie Martineau, danseuse diplômée de l’école Arts Umbrella à Vancouver, le milieu fonctionne beaucoup par contacts. Entretenir de bonnes relations avec les chorégraphes, les professeurs et les collègues est primordial. La jeune diplômée témoigne que le milieu n’est pas toujours soutenant et facilitant pour les danseurs en recherche d’emploi : «Après ma formation ça a été extrêmement difficile de trouver un emploi; j’étais livré à moi-même.»

Émilie Martineau regrette également que pour pouvoir percer en danse, le bon travail ne suffise pas nécessairement. Il faut beaucoup de persévérance, de passion et de travail, dit-elle, mais il faut aussi avoir les atouts physiques particuliers au monde du ballet. Certaines caractéristiques corporelles telles que la souplesse et la silhouette fine, qui sont particularités indépendantes de la volonté, sont très souvent recherchées par les compagnies.

Par contre, beaucoup d’options autres que de travailler pour une compagnie s’offrent aux danseurs. De plus en plus, le milieu se diversifie et des possibilités de travail sur des bateaux de croisière, dans des hôtels et restaurants ainsi que l’enseignement deviennent accessibles.

L’horaire de travail peut également être exigeant allant parfois de 8h30 le matin à 20h30, six jours sur sept. En temps de création de chorégraphies, les professeurs peuvent demander des heures de répétition personnelle à la maison le soir afin d’apprendre des sections d’une danse sur vidéo. Selon Émilie Martineau, l’horaire des danseurs est déjà extrême, mais si du travail le soir est rajouté, c’est impossible. «Il n’y a pas toujours de compréhension de la vie personnelle des danseurs», dit-elle.

Le salaire moyen des danseurs au Québec est de 558$ par semaine, alors que celui de la moyenne des Québécois est de 856$ par semaine, selon Statistique Canada. Concrètement, les danseurs ont un salaire moyen annuel de 30 000$.

Mikaël Xystra Montminy, diplômé de l’école Alberta Ballet et maintenant directeur de la compagnie de danse Wu Xing Wu Shi à Québec, regrette les situations économiques difficiles pour les professionnels de la danse. Très souvent, les interprètes doivent avoir plus d’un travail afin d’ajouter un revenu supplémentaire. «Il faut avoir au moins un autre emploi, voire deux, comme sécurité en cas de blessures», affirme-t-il.

Le danseur de Québec soulève la problématique des horaires trop chargés pour les danseurs qui ont plus d’un emploi. Selon lui, «il n’est pas normal de devoir travailler le soir et la fin de semaine alors que tous les jours de semaine, les danseurs travaillent aussi».

Pour protéger et aider les danseurs en cas de blessure ou d’accident, le Regroupement Québec Danse a mis en place, depuis janvier 2006, un Programme de soutien à l’entraînement des interprètes en danse offert en vertu du règlement sur la mise en œuvre du Programme des classes d’entraînement dans le domaine de la danse professionnelle.