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Média-école des étudiants en journalisme

Les contaminants d’intérêt émergent : enjeux pour la population ?

12 mars 2014 - 14:51


Lou Sauvajon

QUÉBEC – Les contaminants sont de plus en plus à l’ordre du jour car nos connaissances et nos outils s’améliorent de jour en jour. C’est lors d’un bar des sciences organisé mercredi 12 février par l’Association des communicateurs scientifiques que plusieurs enjeux concernant ces polluants ont été abordés en réponses aux préoccupations du public.

Le gouvernement évalue actuellement près de 20 000 molécules concernant leurs conséquences éventuelles pour la santé et l’environnement. Il s’agit de substances nouvelles ou de substances connues dont «on ne soupçonnait pas les effets ou la présence dans l’environnement» a expliqué Mélanie Desrosiers, écotoxicologue pour le gouvernement.

Un contaminant d’intérêt émergent (CIE) «c’est un produit chimique qui peut présenter une menace potentielle que ce soit pour la santé ou l’environnement, et qui ne fait pas encore l’objet de critères ou de normes», a expliqué Mélanie Desrosiers qui travaille pour le Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP). Pour donner quelques exemples, elle cite les composés pharmaceutiques, les produits de soin corporel, les plastifiants, les retardateurs de flamme, les nouveaux pesticides, les nanoparticules, et bien d’autres.

Ce sont des substances qui se retrouvent dans notre alimentation, dans l’eau que nous buvons, dans l’air que nous respirons, dans les cours d’eau dans lesquels nous nous baignons, etc… sans que nous sachions comment les gérer.

Ces informations restent bien souvent  dans la sphère gouvernementale et dans la communauté scientifique, ce sont pourtant des questions de société. D’après Gaëlle Truffaut Boucher qui travaille également pour le MDDEFP, ces questions nous concernent tous car «la présence des contaminants est liée au fait que l’on est dans une société de consommation avec le besoin d’un certain confort.»

Les  principaux enjeux soulevés

C’est lors de cette table ronde conviviale, et dans une atmosphère décontractée, que le public a pu faire part de ses préoccupations et orienter la discussion. La diversité d’expertise des quatre panélistes a permis de couvrir de nombreux enjeux.

Si l’on parle de concentrations infimes pour certaines substances (comme les nanoparticules), il ne faut pas négliger leurs effets et leur accumulation qui pourrait augmenter la toxicité. Il peut également y avoir un effet cocktail des différentes molécules auxquelles nous sommes exposées.

La difficulté est de règlementer rapidement ces substances, et, avec la rapidité de l’industrie, le défi est grand. Gaëlle Truffaut Boucher explique que «l’industrie est tellement puissante et tellement forte qu’ils (les industriels) vont très vite par rapport au défi que représente la règlementation.» Il faut rappeler que ce n’est pas la seule source de contamination, cette pollution concerne également les eaux municipales et l’agriculture.

Un des nouveaux enjeux des CIE c’est le fait que la toxicité peut se transmettre d’une génération à l’autre du fait de la perturbation des spermatozoïdes comme l’a expliqué Janice Bailey qui travaille au Centre de recherche en biologie de la reproduction.

Un autre enjeu abordé concerne l’accumulation des substances plus on remonte dans la chaine alimentaire des êtres vivants. Ainsi comme l’illustre Janice Bailey, «un beluga mange beaucoup de choses contaminées dont les substances restent dans son corps. » Haut placé dans la chaine alimentaire, il est tellement exposé que « lorsqu’il y a un beluga qui meurt dans le Saguenay, il est traité comme les déchets toxiques.»

Quelles conclusions tirer ?

Difficile pour les panelistes de faire un bilan sur un sujet aussi vaste abordé en moins de deux heures. Certains sont confiants dans nos avancées et dans la coopération internationale en ce qui concerne la recherche sur ces substances.

Depuis la première substance -le DDT -dans les années 60, la situation s’améliore d’après Desrosiers, en particulier sur le plan environnemental au Québec. «Il y a eu de grandes amélioration dans les dernières années. Avant les années 70 il y avait à peine des stations d’épuration des eaux municipales et les industries relâchaient tout dans le fleuve sans aucun contrôle», a-t-elle souligné.

En revanche certains points sont plus sensibles, et Janice ne peut s’empêcher de parler d’un ton alerte lorsqu’elle évoque les coupes budgétaires. Pour elle, il y a des risques au fait que la recherche est de plus en plus financée par les entreprises même si elle voit les partenariats avec l’industrie comme un élément très précieux de la recherche. Elle met en garde le public contre certaines problématiques liées aux compressions budgétaires, comme le fait que l’ «on fait des rechercher très orientées vers les besoins industriels», eux-mêmes sources de CIE.

Il ne s’agit pas de devenir paranoïaque sur tout ce qui nous entoure, et ça, tous les pénalistes s’accordent sur ce point. Janice Bailey insiste sur le fait de relativiser. Il faut faire attention à nos choix a-t-elle conclue en s’adressant à la vingtaine de personnes qui peut être s’empresseront d’aller fumer une cigarette en sortant du pub.