Ne les cherchez plus ; les pancartes électorales du Nouveau Parti démocratique du Canada sur la Grande-Allée ont bel et bien disparu. Retirées aussi vite et mystérieusement qu’elles ont été installées, ces affiches n’auront toutefois pas manqué de lancer un débat sur la protection des lieux touristiques et patrimoniaux en période d’élections.
Au début du mois d’août, alors que la campagne électorale fédérale n’est vieille que de quatre jours, plusieurs pancartes de la candidate du NPD Annick Papillon font leur apparition à proximité de certains des lieux touristiques les plus fréquentés de la Vieille Capitale. Le geste choque citoyens et commerçants, qui critiquent vivement sur la place publique l’apparition impromptue de ces affiches indésirables. Malgré la controverse, Mme Papillon assure que les pancartes resteront en place jusqu’à la fin de la campagne électorale.
Un mois plus tard, l’équipe de l’Exemplaire a constaté que les affiches qui avaient été installées sur la Grande-Allée, à proximité des Jardins du Parlement, et sur la portion est de St-Jean, ont presque toutes été retirées. Que s’est-il passé?


Le mea-culpa du NPD
Le Nouveau Parti démocratique du Canada avoue avoir retiré certaines de ses pancartes. Pierre-Samuel Proulx, membre de l’équipe de communication du NPD, reconnait que son parti a fait une erreur stratégique en installant des affiches électorales sur l’une des principales artères touristiques de la ville de Québec. Le geste, commis en « toute bonne foi », visait uniquement à ce que l’organisation soit la plus visible possible en tout début de campagne électorale.
M. Proulx concède que la période estivale n’était pas le meilleur moment possible pour que l’équipe de Mme Papillon affiche ses couleurs dans les zones touristiques du Vieux-Québec. Le parti assure qu’il n’a en aucun cas voulu nuire aux commerçants de la région durant une des périodes les plus achalandées de l’année. « Pour nous [le NPD], le tourisme est très important », tient à préciser M. Proulx.

Le NPD affirme finalement avoir choisi de libérer la majorité des poteaux dans les semaines, voire les jours, qui ont suivi leur installation. M. Proulx prétend que son parti a entendu le cri du coeur des commerçants de la Grande-Allée, dont celui du directeur général du groupe Action Promotion Grande-Allée, M. André Verreault.
Ce dernier assure ne pas avoir eu de contact tacite avec le NPD, mais croit que son groupe d’intérêt a réussi à se faire entendre par le biais des médias. M. Verreault est heureux que cette histoire soit maintenant chose du passé, précisant au passage que l’affichage électoral est un véritable fléau pour le paysage, surtout en pleine période touristique.
Critiques timides des libéraux et des bloquistes
Joint par téléphone, le candidat libéral dans la circonscription de Québec, Jean-Yves Duclos, n’a pas voulu commenter les choix stratégiques du NPD. Ce dernier laisse au public le soin de juger s’il s’agissait ou non d’un geste sensé et éthique. M. Duclos tient plutôt à rappeler que son équipe a quant à elle respecté dès le début de la campagne les principaux espaces touristiques de la ville de Québec, comme la Grande-Allée, l’avenue Cartier, ainsi que la rue St-Jean. Le candidat libéral croit avoir donné l’exemple cette année en matière d’affichage responsable et réfléchi.
De son côté, le Bloc québécois n’a pas été en mesure de nous accorder une entrevue. Par voie de communiqué, la formation de Gilles Duceppe a tout de même tenu à préciser qu’elle n’a jamais eu l’intention de polluer les lieux touristiques d’affiches électorales, en pleine saison estivale de surcroit. Par ailleurs, le Bloc a également affirmé que chaque parti a un droit immuable de choisir où il désire s’afficher. Sans attaquer directement le NPD, le Bloc prétend avoir utilisé ce droit en étant à l’écoute de la volonté des citoyens et commerçants, « ce qui n’est clairement pas le cas d’autres formations politiques ».
Encore du chemin à faire
Si les pancartes électorales présentes sur la Grande-Allée ont presque toutes été retirées, l’Exemplaire a malgré tout constaté que le problème est loin d’être réglé pour autant. Plusieurs affiches prennent toujours place sur les poteaux de quelques rues touristiquement importantes de la Veille Capitale. On en retrouve, entre autres, sur l’avenue Cartier où se déroule actuellement l’exposition urbaine Lumières sur l’art.
Au total, ce sont 21 pancartes que l’on retrouve sur cet axe commercial et touristique majeur de Québec. D’entre elles, onze appartiennent au NPD, neuf au Bloc québécois, et une au Parti Conservateur. Plusieurs touristes approchés par l’Exemplaire ont affirmé que les affiches gâchaient l’atmosphère créée par les 34 lampadaires géants, inspirés de l’oeuvre d’Alfred Pellan et de Fernand Leduc.

La rue St-Jean est également touchée par la pose massive de pancartes électorales. Ces dernières appartiennent encore une fois majoritairement au NPD. Sur la portion est de la célèbre rue de Québec, on ne retrouve toutefois que quatre pancartes situées à proximité du Capitole, l’ensemble appartenant au Bloc québécois. L’équipe du candidat bloquiste dans la circonscription de Québec, M. Charles Mordret, n’a pas tenu à commenter la situation.
Entre règlementation et bon sens
Mise en marge de ce débat par la force des choses, la Ville de Québec avoue avoir les mains liées dans ce dossier. Les règlementations actuelles ne donnent pas de pouvoir à la Ville afin de protéger son territoire des opérations d’affichage massives. Joint par courriel, le responsable du service des communications de la ville de Québec, M. David O’Brien, a confirmé que l’affichage électoral était de juridiction fédérale. Selon lui, la règlementation actuelle prévoit que la ville ne peut retirer une pancarte que si cette dernière cause un problème de sécurité publique.
Cette balise oblige la ville, les commerçants et les citoyens à se fier uniquement à la bonne foi des partis politiques en temps de campagne électorale. Quoique logique en apparence, la règle « du gros bon sens » reste peu contraignante selon André Verreault. Règlementer davantage l’affichage électoral pourrait, selon le directeur-général d’Action Promotion Grande-Allée, représenter une option intéressante pour éviter les débordements futurs.
De leur côté, les libéraux ne croient pas qu’il est nécessaire de règlementer davantage l’installation de pancartes électorales. M. Duclos souligne que certains règlements d’urbanisme empêchent déjà les organisations de s’afficher dans des lieux patrimoniaux, comme la Terrasse Dufferin et le Petit Champlain. Pour ce qui est des zones touristiques, le candidat libéral dans Québec croit que le bon sens des politiciens suffira à l’avenir. Selon lui, il s’agit de la responsabilité des partis de respecter les citoyens et commerçants























