Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

La Revengeance des Duchesses, une école citoyenne du féminisme

23 mars 2018 - 09:52

es huit duchesses de l'édition 2018 de la Revengeance. De gauche à droite : Anouchka - duchesse de l’Aéroport, Karoline - duchesse de Maizerets, Julie - duchesse de St-Roch, Joannie - duchesse de Neufchâtel, Mariana - duchesse de Charlesbourg, Sara - duchesse de Limoilou, Émilie III - duchesse du Vieux-Québec, Marjolaine - duchesse de l’Île d’Orléans // Crédit : Morgane CG


Julia Sirieix

Du 1er au 16 février 2018, s’est déroulée la neuvième édition de la Revengeance des duchesses. En parallèle du Carnaval de Québec, les duchesses de la Revengeance se présentent comme des anti-duchesses du carnaval. Crée en 2010, cet événement indépendant, à l’intersection du web et de la fête, porte le féminisme et la voix des duchesses dans les rues de Québec.

La Revengeance des duchesses est née de l’esprit de Marjorie Champagne. Celle qui a écopé du surnom de « Reine Mère » a grandi avec le carnaval de Québec et ses duchesses : « L’audition pour devenir duchesse était vraiment sexiste. Ça reproduisait vraiment le moule féminin classique, docile, axé sur l’apparence ». En 2010, elle décide de créer quelque chose de nouveau.

La particularité de cette manifestation, c’est qu’elle fait le pont entre le réel et le virtuel. Chaque jour, les duchesses doivent écrire un billet sur le blogue de la Revengeance. Sous leurs prénoms ou un pseudonyme, elles ont carte blanche. Par exemple, Julie, duchesse de Saint-Roch, choisi de parler de son quartier à travers son regard d’immigrante. Cette Française vit au Québec depuis huit ans et a souhaité mettre en avant les gens qui peuplent Saint-Roch, mais également des organismes d’aide aux devoirs dont elle fait partie. En parallèle, le conseil d’administration de la Revengeance organise divers événements  auxquels participent les duchesses : « Elles sont l’événement, les duchesses sont la fête ! », sourit Marjorie Champagne.

Avec les premières duchesses de la Revengeance, Marjorie a repris à contrepied les codes des duchesses du carnaval, pour mieux donner la parole aux femmes. « Quant on sélectionne les duchesses, on fait un peu de discrimination positive pour avoir le plus de diversité », explique Marjorie Champagne. Pas de limite d’âge, pas de jugements sur l’apparence, seul ce qu’ont a dire les potentiel.le.s participant.e.s importe. Le but : déconstruire la norme et « mettre en avant le contenu avant le contenant ».

 

Le pouvoir de la tribune 

L’objectif principal du festival, c’est de prendre possession de l’espace public. Le blogue donne une tribune aux participant.e.s. « Je pense que le blog c’est le meilleur reflet de l’intérêt de la Revengeance, c’est un vrai espace de liberté, qu’on veuille s’exprimer sur le féminisme ou sur autre chose », explique Julie.

C’est aussi l’occasion de soulever des réflexions. Pour Karoline, duchesse de Maizerets, le récit le plus difficile à écrire a été celui de sa rencontre avec Marie Turcotte, une ancienne duchesse du Carnaval : « J’ai apporté beaucoup plus de questions que de réponses. Même si je n’aime pas la manière dont le Carnaval traite les duchesses, c’est beaucoup de nuances de gris ».

Mickaël Bergeron,  membre du conseil d’administration de la Revengeance pour l’édition 2018, se remémore avec enthousiasme ses souvenirs de duchesse. L’année dernière, il a rejoint la liste des hommes qui ont pris place dans l’aventure. Voir la transformation des femmes avec qui il a vécu l’a convaincu de la pertinence de la Revengeance : « Le cheminement entre l’annonce de leurs sélection comme duchesse et le couronnement, c’est le feu ! L’aisance que ces femmes ont prise, ça m’a touché et impressionné. ». Une confiance qui atteint son paroxysme pendant la tournée des bars des duchesses, où tout est fait pour qu’elles s’amusent et se mettent en scène.

Découvrez ici le parcours des Duchesses de la Revengeance pendant la tournée des bars

« Beaucoup d’anciennes duchesses disent que cette expérience a changé leurs vies » raconte Marjorie Champagne. En effet, dans le réseau des anciennes duchesses de la Revengeance, qui compte près de 80 personnes, plusieurs femmes ont changées de carrière : « Le safe space de la Revengeance ça donne le courage de faire des trucs qu’on ferait jamais autrement. Il y a un côté “je prends ma vie en main“ ».

Pour Julie, conseillère en sécurité civile au Ministère de la Santé, il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de la Revengeance sur elle. Pourtant, elle reconnait en riant qu’elle a beaucoup aimé prendre la parole sur scène et que les gens votent pour elle : « Pourquoi pas faire de la politique », s’amuse-t-elle.

« Une école citoyenne du féminisme »

« On arrive avec le goût de créer, d’écrire, de se faire de nouvelles amies. Mais il y a, je pense, une grosse partie sous-jacente d’école citoyenne du féminisme » sourit Marjorie Champagne. Sa propre expérience est assez représentative de cette éducation au féminisme entre les duchesses. A peine féministe lorsqu’elle a crée le Revengeance, elle se retrouve entourées de duchesses très différentes, dont certaines très conscientisées. « Tu entend simplement parler d’enjeux féministe autour de toi. On ne te cale pas des concepts compliqués pleins la gorge, tu les intègres au fur et à mesure », conclut-t-elle.

Karoline, est maman de trois enfants, et travaille dans le milieu communautaire avec de jeunes enfants. Si elle n’est pas arrivée dans la Revengeance avec un angle féministe, elle estime avoir appris beaucoup de choses aux contacts de certaines de ses consoeurs, sur la manière de sensibiliser les enfants au genre : « Ca m’a apporté des outils pour agir au quotidien. De manière concrète, c’est préparer la nouvelle génération, leur donner l’occasion de déconstruire tous ces stéréotypes ».

Même si la Revengeance touche un nombre de personnes de plus en plus important grâce aux réseaux des duchesses, le public cible reste majoritairement des initié.e.s aux enjeux féministes. Pourtant, les échanges sont restés riches au cours des différents événements du festival, comme pendant de la causerie féministe organisée à la librairie Saint Jean-Baptiste, où les participant.e.s ont par exemple discuté de l’influence de la pornographie sur la sexualité.

Ecoutez un extrait de la conversation ici

Aussi, les événements de la Revengeance permettent d’étendre la parole et la réflexion à des hommes et des femmes moins initiés. Pour Mickaël Bergeron, le contexte permet de faire du féminisme en douceur : « Les gens qui suivent les duchesses, qui vont lire les blogs, venir aux événements et vont peut-être s’ouvrir à de nouveaux enjeux ».