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La parité à l’Assemblée nationale: pas si simple que ça!

15 novembre 2018 - 13:42

Selon Thierry Giasson, la parité de la Coalition Avenir Québec serait plutôt en surface. (Crédit: Chloé Thibault)


Chloé Thibault, Vicky Plourde

Le 19 octobre dernier, François Legault a relevé un défi de société : former un conseil des ministres paritaire. Si certains applaudissent l’initiative, d’autres soutiennent que le gouvernement devrait nommer ses ministres en fonction de leurs compétences et non de leur sexe. Au-delà des apparences, selon Thierry Giasson, il s’avère que le gouvernement caquiste ne serait pas aussi paritaire qu’il le laisse paraître. 

François Legault a formé un conseil des ministres paritaire, cependant aucune femme n’est en charge d’un ministère ayant un réel pouvoir décisionnel, selon Thierry Giasson, professeur au département de science politique de l’Université Laval. L’extrait audio suivant peut en témoigner:

En 2007, Jean Charest a été le premier gouvernement à former un conseil des ministres paritaire au Québec. Justin Trudeau a fait la même chose du côté fédéral dans son dernier gouvernement en affirmant : « parce qu’on est en 2015 ». C’est maintenant au tour de François Legault de poursuivre dans ce sens. Son gouvernement est composé de 30 femmes et de 44 hommes. Également, c’est la première fois de l’histoire qu’autant de femmes sont élues pour siéger à l’Assemblée nationale. Le graphique ci-dessous présente la répartition des députés à l’Assemblée nationale selon le sexe:

(Crédit: Chloé Thibault)

Il semblerait aussi que ce sont les femmes qui héritent davantage des « portefeuilles roses ». En date du 1er janvier 2017, les portefeuilles les plus détenus par les femmes ministres à l’échelle mondiale sont ceux concernant l’environnement, les ressources naturelles ou l’énergie. Les affaires sociales arrivent en 2e position et les portefeuilles en lien avec la famille, l’enfance, la jeunesse, les personnes âgées ou handicapés sont en 3e place. Il y a donc une tendance forte à ce que les femmes s’occupent d’enjeux plus sociaux. Tout ce qui concerne les finances, le budget, l’économie et développement ainsi que les transports sont, pour leur part, des portefeuilles qui sont détenus principalement par des hommes. 

Source: ONU Femmes, 2017

 

Le sexe versus les compétences

Plusieurs personnes remettent en doute la parité au conseil des ministres. Ces derniers plaident que le ministre doit être choisi en fonction de ses compétences et non de son sexe. C’est le cas du chroniqueur Richard Martineau qui a affirmé « je m’ens fou! » dans sa chronique Réveillez-vous concernant la parité au conseil des ministres.

De son côté, Thierry Giasson n’est pas du même avis. Il croit que les gouvernements ont avantage à former un conseil paritaire et que tous les gens choisis dans le cabinet ont les connaissances et les compétences pour accomplir cette tâche. Dans certains cas, il n’est pas toujours possible pour un gouvernement de former un conseil paritaire. Toujours selon M. Giasson, François Legault aurait pu ne former qu’un conseil des ministres composé de femmes. Cependant, le but restait de faire un comité égalitaire. 

 

La politique, une affaire d’hommes?

Bien que la politique semble attirer davantage d’hommes que de femmes, la présence des femmes est tout aussi importante. Selon Simone Bohn, professeur en science politique à l’Université York et chercheuse invitée à l’Institut Femmes, Sociétés, Égalité et Équité de l’Université Laval:

« la présence féminine ajoute une perspective de genre très importante à l’élaboration des lois et à la production et à la mise en œuvre des politiques publiques. Donc je crois que la parité est très importante pour cette raison. »

Pourtant, elle ajoute que « les obstacles pour les femmes sont plus grands que ceux pour les hommes », ce qui limite probablement leur participation à la sphère politique, d’autant plus que ce sont elles qui sont responsables de la maternité. Thierry Giasson adhère également à cette vision, puisque selon lui, ce sont les femmes qui gèrent davantage le milieu familial et toutes les responsabilités qui en découlent. Elles sont ainsi toujours en situation de « double emploi ». La politique est également un milieu de confrontations, ce qui peut décourager certaines femmes. Il existe donc des programmes pour encourager et faciliter leur participation à la vie politique comme le Groupe Femmes, Politique et Démocratie.

 

La politique à l’échelle mondiale en chiffres

En date du 1er octobre 2018 selon l’Union interparlementaire :

  • Seulement 3 pays ont une majorité de femmes dans la Chambre unique ou Chambre basse : le Rwanda (61,3%), Cuba (53,2%) et la Bolivie (53,1%).
  • Le Rwanda occupe la première place du classement mondial avec une majorité féminine de 61,3% dans la Chambre unique ou Chambre basse.
  • Le Canada (27,0%) occupe la 60e position du classement mondial.
  • La Suède (46,1%), la Finlande (42,0%), la Norvège (41,4%) et l’Islande (38,1%) occupent respectivement la 7e, 11e, 13e et 21e position du classement mondial.

En date du 1er janvier 2017, toujours selon l’Union interparlementaire, ce sont les pays nordiques qui ont le pourcentage le plus élevé de femmes dans les parlements monocaméraux (systèmes parlementaires à une seule chambre) ou dans les chambres basses. D’un point de vue historique, La Finlande est la première nation européenne qui a octroyé le droit de vote aux femmes en 1906, suivi de la Norvège en 1913.