Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

La FPJQ avant Brian Myles

22 novembre 2013 - 17:41


Marie Fortin

Quatre années se sont écoulées depuis la fin du mandat de François Bourque à la tête de la FPJQ. Diversité des voix, intégration des salles de rédaction, journalisme multiplateformes, protection des sources, statut professionnel du journaliste, plusieurs sujets alors d’intérêt pour les journalistes sont encore d’actualité aujourd’hui. 

En 2008, la disparition des salles de nouvelles de TQS, devenu V depuis, a soulevé de vives protestations dans le milieu journalistique. En se portant acquéreur de TQS, Remstar décidait de cesser la production et la diffusion de bulletins de nouvelles et donc fermait toutes ses salles de nouvelles. Cette décision avait soulevé nombre d’inquiétudes, particulièrement à l’extérieur du grand Montréal, où les grands réseaux sont moins puissants et les informations locales sont moins financées. En entrevue à Radio-Canada, François Bourque avait déploré cette décision. Ses conséquences, selon lui, se feraient sentir bien au-delà des foyers des téléspectateurs de TQS, parce que ce réseau exerçait sur les autres médias une certaine pression leur imposant en quelque sorte l’obligation de faire eux aussi de l’information locale et régionale.

Négociations sur fond d’intégration des plateformes chez Gesca, grève et lock-out chez Quebecor, la crise des médias rendait les relations de travail acrimonieuses dans les journaux du Québec.  Le conflit de travail au Journal de Québec a duré 15 mois. L’annonce de la fin du conflit, à l’été 2008, était assombrie par le spectre de celui qui se dessinait au Journal de Montréal. Le lock-out qui y fut décrété en janvier 2009 a duré plus de deux ans et a donné naissance au journal en ligne Rue Frontenac.

Protection des sources

En février 2009, la FPJQ s’insurgeait contre les tentatives de forcer le journaliste Daniel Leblanc, du Globe and Mail, à révéler l’identité de sa source dans l’histoire du scandale des commandites. Astral Media, Gesca, L’Actualité (Rogers), Médias Transcontinental, Quebecor Media et Radio-Canada ont accepté de travailler conjointement avec la FPJQ pour appuyer Daniel Leblanc. Le Devoir rapportait les propos de François Bourque sur les moyens d’action envisagés par la FPJQ. Un projet de loi privé sur la protection des sources, déposé par le député bloquiste Serge Ménard en 2007 était mort-né, malgré l’appui de divers groupes.

La tendance journaliste-à-tout-faire était déjà bien amorcée et faisait dire au journaliste Paul Cauchon, dans son palmarès des tendances lourdes de l’année 2007, que «les futurs journalistes apprennent qu’il leur faudra tout faire?: écrire un lead pour les cellulaires, un texte complet pour le journal et le site internet, enregistrer un topo, filmer l’entrevue, répondre aux internautes sur le blogue, tout ça en même temps, à partir de la même nouvelle, tout en passant la balayeuse. Nous entrons dans l’ère du journaliste tentaculaire, qui devra maîtriser tous les médias et jongler avec tous les styles. Sera-t-il plus payé? Très bonne question.»

En 2009, le successeur de François Bourque a été élu plutôt que désigné, une première depuis la création de la FPJQ 40 ans plus tôt. Jugeant l’équipe en place «trop molle», celle de Martin Bisaillon, de Rue Frontenac, secondé d’André Noël de La Presse et de Brian Myles du Devoir s’est opposée à celle de François Cardinal, de La Presse dans une campagne riche en rebondissements.

L’équipe Bisaillon reprochait à François Bourque d’avoir rompu avec la position de neutralité de la FPJQ face au conflit au Journal de Montréal. En janvier 2009, des députés de l’Assemblée nationale avaient refusé de donner des entrevues au Journal de Montréal, en appui aux employés lockoutés. Invoquant que la libre circulation de l’information et la responsabilité des élus envers le public doit primer sur la solidarité entres journalistes, François Bourque avait condamné cette décision. Mécontente, l’équipe Bisaillon a fait état de la grogne soulevée par la position de la FPJQ. Puis, coup de théâtre, Martin Bisaillon s’est retiré de la course pour laisser sa place à Brian Myles. Le Devoir rapportait ainsi les événements :

«[Trois jours avant le congrès de la FPJQ], en début de soirée, François Bourque, chroniqueur au Soleil et président sortant de la Fédération, a écrit à tous les membres pour appuyer la candidature à sa succession de François Cardinal, et de  noircir du même coup celle de Martin Bisaillon […]. La missive envoyée à tous les membres de la FPJQ renvoyait à une page virtuelle colligeant de prétendues déclarations-chocs de ce dernier, glanées sur des blogues depuis des mois. On y retrouve notamment des insultes grossières à l’endroit de Pierre Karl Péladeau, propriétaire du JdeM. Martin Bisaillon a annoncé hier midi son retrait de la course à la présidence. « Il est bien évident que ma candidature est devenue controversée et porteuse de divisions », a-t-il écrit dans une déclaration envoyée après une réunion d’urgence de son équipe. Il a alors été annoncé que M. Myles le remplaçait.»

C’est Brian Myles qui a été élu, et qui sera remplacé dimanche.