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La CAQ et les signes religieux, nouveau cas d’école

8 novembre 2018 - 11:00

Le port des signes religieux en milieu éducatif pourrait être interdit dans les mois à venir. Crédits: Creative Commons CC0


Chloé Bonnefoy, Magloire Nkosi Mpembi

Le 19 octobre dernier, le gouvernement de la CAQ est élu. Parmi ses premières mesures, il annonce remettre en question le projet de loi 62 adopté un an auparavant, afin de le remplacer par un projet prenant le parti de la laïcité plutôt que de la neutralité religieuse. L’impact concerne tout le réseau public, et touche également le corps enseignant.

 L’élection de la CAQ est encore jeune, et les premiers projets et décisions fusent. L’objectif est de rendre le secteur public le plus neutre possible, en interdisant le port ostentatoire de tout signe religieux, ou du moins passible d’un renvoi pour toute personne en position d’autorité qui contreviendrait à cette nouvelle norme. Le débat est au cœur de tensions depuis des années -principalement en Europe- et cette nouvelle tend à le relancer à nouveau, confrontant les principaux concernés à une prise de décision rapide.

Le problème que pose ce projet -qui fait beaucoup parler de lui- est de savoir en premier lieu à quel impératif il répond. Si ce n’est par un besoin pédagogique d’abord, la manœuvre semble maladroite; le Québec s’était déjà essayé à l’exercice avec la commission Bouchard-Taylor ou encore la Charte des valeurs québécoises. Le projet du gouvernement Legault entre lui aussi en contradiction avec la Charte canadienne des droits et des libertés, une clause dérogatoire n’étant pas éligible pour un dossier qui ne semble pas être prioritaire.

Le site de la CAQ présente son projet dans la rubrique « Nos idées ».
Crédit: capture issue du site officiel de la CAQ

Parmi les professeurs, des tensions subsistent : là où certains apportent volontiers leur appui à François Legault, d’autres ne croient pas en l’aboutissement du projet et s’en inquiètent même. A l’annonce déjà, le milieu enseignant avait manifesté une certaine résistance envers la décision; la question maintenant est de savoir quelle sera l’accueil réel si la décision venait à aboutir.

Le professeur Désiré Loyoko enseigne en école secondaire et est également chargé de cours sur l’histoire de l’Afrique contemporaine à l’université de Sherbrooke. Le professeur ne porte pas lui-même de signe religieux mais croit en un mouvement de solidarité qui respecterait la liberté de chacun :

« A l’école secondaire, j’ai au moins une collègue musulmane et un collègue juif qui portent de temps à autre des insignes religieux, le foulard et la kippa. Jusque-là, ça ne pose pas de problèmes, au contraire, ça fait une preuve de foi, ça met des enseignants à l’aise par rapport à leur croyance. »

Qu’en pensent les étudiants?

L’école, à tout niveau, est un lieu de communication, de partage et d’apprentissage. Si le code vestimentaire de l’enseignant vient à être remis en jeu, c’est qu’une raison veut que cela arrive. Peut être que cela perturbe des élèves, leur perception du cours? Deux étudiantes ont accepté de répondre à cette question.

Pour Esther Kapagama, étudiante au bac en agroéconomie de l’Université Laval, l’enseignement relève d’abord des connaissances qu’il transmet davantage que de l’image qu’il renvoie. Ce qui importe pour elle, c’est d’apprendre, et l’élève fait la différence entre le rôle qu’occupe le professeur et ses croyances.

Liliane Nguemchua, étudiant les sciences de la nature au cégep Ste-Foy, suit cette même idée : « Peu importe qu’un professeur porte un short ou un jean, qu’il ait un tatouage avec une croix dessus, cela ne change rien ».

Sivane Hirsch enseigne à la faculté des sciences de l’éducation, et accorde de son côté une certaine importance à la diversité au sein du milieu éducatif. Pour elle cela contribue à l’enseignement dans le système d’éducation québécois.

La décision est loin d’être prise; la CAQ a annoncé le report de sa motion, et remis en question la perte d’emploi éventuelle. La question restera en suspend jusqu’au printemps 2019.

Jusque là, il est possible de voir -de façon non exhaustive- comment a évolué la question du port vestimentaire de symboles religieux depuis ses débuts, dans son habitat naturel qu’est l’Europe: