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Fêter Noël malgré la pandémie : un défi pour les commerces d’alimentation

18 décembre 2020 - 13:31

« Noël est un incontournable » explique Maude-Alex St-Denis Monfils, qui coordonne le marché public de Rimouski (Crédit photo: pixabay)


Mélissa Gaudreault

À l’approche du temps des fêtes, les commerçants et marchands d’alimentation essaient de se conformer aux règles sanitaires, tout en tentant de donner le même service aux clients qui ont grandement besoin de cette ambiance pour garder le moral dans cette période festive hors de l’ordinaire. Dans le contexte actuel, maintenir les niveaux de ventes habituels dans un contexte de pandémie est crucial, expliquent les commerçants rencontrés. 

Le type de commerce que sont les Péchés mignons, c’est-à-dire une petite boutique et surtout une pâtisserie, rend l’adaptation difficile, affirme Céline Bilodeau, co-propriétaire du magasin. Puisque l’espace n’est pas très grand, le nombre de clients qui peuvent être admis simultanément à l’intérieur est très limité en raison des règles sanitaires, explique-t-elle.  Ainsi, les gens devront attendre dehors avant de pouvoir entrer dans la boutique, ce qui n’est pas très agréable l’hiver, dit-elle.

La boutique les Péchés mignons de Rimouski, qui fait partie des Halles Saint-Germain. (Crédit : Mélissa Gaudreault)

Autre problème, les produits proposés, notamment les produits plus fins, ne sont pas des produits que l’on peut magasiner en ligne, ajoute-t-elle.

« C’est le genre de produits qu’[on] a besoin de voir.  Il faut que tu viennes en boutique, que tu regardes ce qu’il y a. »  – Céline Bilodeau, co-propriétaire des Péchés mignons

Trouver de nouvelles manières de rejoindre les clients

Les propriétaires utilisent leur page Facebook pour présenter les produits comme les thés ou les gâteaux, mais ils n’ont pas de site web. Le défi, selon elle, est d’inciter les gens à venir en boutique pour voir les produits offerts.

« Comment procéder pour que ce soit rentable pour nous ? », se questionne Céline Bilodeau, co-propriétaire des Péchés mignons.

S’ils continuent à faire de la vente en boutique malgré le contexte actuel, ils prennent désormais également les commandes en ligne ou par téléphone et livrent leurs produits dans toute la ville de Rimouski gratuitement, ce qui permet au magasin de continuer à fonctionner, selon sa propriétaire. 

La boutique offre toute une gamme de produits locaux. (Crédit photo: Mélissa Gaudreault)

Au niveau du marché public de Rimouski, on s’est aussi adapté aux restrictions sanitaires pour pouvoir continuer à offrir un service aux citoyens. « On a remis en place les choses qu’on a fait au printemps et à l’été », déclare Maude-Alex St-Denis Monfils, coordonnatrice du marché public de Rimouski. Les commerçants respectent les mesures recommandées par la santé publique comme le port du masque, la distanciation sociale et la diminution des contacts au minimum, mais l’équipe du marché a également mis en place une autre solution pour limiter la propagation du virus : le service à l’auto. Cette solution permet aux clients de commander en ligne leurs produits et ensuite de récupérer la commande en voiture, ce qui permet un magasinage plus sécuritaire, explique Mme St-Denis Monfils. L’équipe a aussi décidé de tenir non pas une mais deux journées libre-service de marché de Noël, c’est-à-dire un marché où les gens se promènent entre les kiosques comme à l’habitude, pour étendre l’achalandage sur une plus longue période afin de mieux assurer la sécurité des exposants et des citoyens.

 

S’adapter : un défi économique et un enjeu de santé

Sur le plan économique, les entreprises doivent s’adapter pour pouvoir continuer à faire des ventes malgré les difficultés qu’apportent le contexte actuel, ce qui peut être fait de différentes manières, estiment des experts. 

« Sur le plan de vente, il faut un passage aux ventes en direct vente en ligne. Heureusement, des entreprises comme Shopify peuvent faciliter ce passage, et ce, même pour les petites entreprises ». – Maurice Doyon, professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, spécialiste en économie de la consommation

À l’inverse, Rémy Lambert, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, estime que les entreprises peuvent s’adapter de différentes manières, comme dans le cas du secteur de la restauration qui a priorisé le service de livraison ou de commandes à emporter, dit-il.

Dans le domaine de la santé publique, les entreprises doivent aussi faire face à plusieurs défis. D’après Jason Robert Guertin, professeur adjoint au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval, plusieurs éléments entrent en jeu.

« Le type de commerce, le service qui y est offert ou les produits qui y sont vendus influenceront généralement quelle(s) mesure(s) doit/doivent être mis en place ». –  Jason Robert Guertin, professeur adjoint au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval

Le Docteur Guertin estime que plusieurs mesures peuvent être appliquées dans le but de maximiser la sécurité des employés et des clients comme notamment : 

  • Tenir un registre des employés d’une entreprise et du secteur dans lequel ils travaillent afin de savoir qui a travaillé à chaque jour et dans quelle zone dans le cas d’une possible contamination;
  • Tenir un registre des clients et une manière de les contacter pour la même raison que pour les employés;
  • Rappeler gentiment aux clients l’importance de garder une distance de deux mètres avec les autres clients et les employés et de porter le masque sans non plus les harceler;
  • Les employeurs devraient encourager leurs employés à télécharger l’application mobile « Alerte COVID » du gouvernement du Canada afin d’être avertit rapidement d’un potentiel cas de contamination.

Dans un autre ordre d’idée, le spécialiste pense que les employeurs devraient aménager les espaces de travail des employés ainsi que les zones de commerce afin de faciliter la distanciation sociale. Les commerces pourraient également limiter le nombre de clients, surtout pour les petits espaces et les espaces mal aérés, croit-il, même si cela peut affecter l’expérience-client. Enfin, l’utilisation des protections de plexiglas aux caisses est une bonne idée pour limiter la propagation des gouttelettes dans l’air, mais n’est pas une solution infaillible, ajoute-t-il. Il recommande ainsi de porter le masque même lorsque l’on se retrouve derrière des plexiglas.

D’après Yv Bonnier Viger, directeur régional de santé publique de la Gaspésie et des Îles et professeur au Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval, il faut penser aux mesures qui vont empêcher le virus de se transmettre d’une personne à une autre lorsque l’on réfléchit aux mesures à mettre en place.

Les gens doivent se distancer, s’isoler s’ils commencent à avoir des symptômes de la COVID-19 et avertir les gens avec lesquels ils ont pu être en contact pour qu’ils s’isolent eux aussi afin de limiter la propagation du virus, rappelle le spécialiste. Toutefois, l’isolement peut engendrer des problèmes psychologiques comme la dépression, l’anxiété ou la solitude, amène-t-il. Selon lui, l’aspect psychologique est donc un élément essentiel à considérer quand vient le temps de prendre des décisions au niveau de la santé publique.

Il ajoute que le défi est grand pour les entreprises.

« Maintenir la distance entre les gens qui ne vivent pas à la même adresse est difficile, car les gens qui travaillent dans une même entreprise n’habitent pas ensemble ». – Yv Bonnier Viger

Puisque le télétravail est impossible à mettre en place pour les commerces d’alimentation, le professeur croit lui aussi qu’il faut repenser la façon dont les gens travaillent, par exemple en réaménageant les espaces de travail et en installant des barrières physiques entre les postes de travail. Enfin, le lavage des mains est très important peu importe le milieu de travail, s’exclame-t-il. 

 

Permettre aux gens de passer de bons moments

Pour Céline Bilodeau, il est primordial de continuer à fêter Noël en dépit du contexte dans lequel nous vivons présentement.

« C’est [justement] une occasion de créer de la joie et de l’espoir ». « Les gens ont besoin de cette joie en ce moment ». – Céline Bilodeau, co-propriétaire des Péchés mignons

C’est aussi très important pour les gens qui sont seuls, car bien souvent c’est un des seuls contacts qu’ils ont dans leur journée ; sortir faire des commissions permet de rencontrer des gens, ajoute-t-elle.

« Le contact humain est essentiel. Cela permet de créer des relations, même si elles sont un peu différentes », déclare Céline Bilodeau, co-propriétaire des Péchés mignons

De plus, c’est une occasion pour se gâter un peu en ces moments difficiles. « Les gens ont besoin de se faire plaisir, de s’offrir des petits plaisirs à ramener chez soi », croit Mme Bilodeau, qui estime que cela aide à passer à travers l’épreuve que l’on vit en ce moment.

Les Péchés mignons : une affaire de famille. (De gauche à droite: les propriétaires de la boutique Céline Bilodeau et René Landry et leur fille, pâtissière, Évangéline Landry) (Crédit photo: Mélissa Gaudreault)

Le marché de Rimouski, qui fait partie de l’Association des marchés publics du Québec, est un marché qui œuvre uniquement dans le domaine de l’agroalimentaire local, souligne sa coordonnatrice. Comme le montre Maude-Alex St-Denis Monfils, il est un service essentiel qu’on doit conserver, car on a tous besoin de manger. « Pour nous, Noël est un incontournable », résume-t-elle.

Il est important, d’après elle, de fêter Noël malgré la pandémie pour mettre de la joie et surtout de produire des aliments locaux, notamment pour maintenir le lien entre les consommateurs et les agriculteurs.

« On veut être en mesure de mettre des aliments locaux sur notre table. L’idée est de se faire plaisir avec des aliments qui ont été cultivés chez nous, au Bas-Saint-Laurent. Il n’y a pas de raison qu’on ne mange pas d’aliments locaux, covid pas covid ». – Maude-Alex St-Denis Mon fils, coordonnatrice du marché public de Rimouski

Pour elle, il est aussi essentiel de continuer à tenir les marchés alimentaires, car pour beaucoup de personnes, « [c’est] devenu la sortie de la semaine [et cela] permet de maintenir le contact humain, [qui est réduit en raison du virus] ».

« Le marché permet de voir les visages, les sourires ». – Maude-Alex St-Denis, coordonnatrice du marché public de Rimouski

 

Noël : le gagne-pain des commerçants

Le temps des fêtes est une période importante pour les entreprises, car elle représente beaucoup de dépenses, affirme Rémy Lambert. Pour certains comme les boutiques de Noël ou les centres de ski, on peut observer une hausse de revenus durant cette période, explique-t-il. 

« Dans le secteur de l’alimentation, le secteur de l’agneau et du dindon sont touchés par cette période, car on note une croissance des ventes due aux coutumes ». – Rémy Lambert, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, spécialiste en économie de la consommation

Maurice Doyon, un expert dans le domaine de l’économie de la consommation, montre à quel point la période de Noël est importante pour les entreprises. Pour lui, on peut remarquer dans certains cas que plus de 60% de la création de richesse (PIB) vient des dépenses des consommateurs, explique M. Doyon.

« Bref, une bonne saison de Noël en termes de vente a un impact direct sur la création de richesse au pays. Ceci étant dit, le PIB est une mesure discutable de création de richesse, mais c’est celle qui est officiellement utilisée ». – Maurice Doyon, professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval

La hausse du PIB du Canada observée à deux moments de l’année « illustre l’importance des dépenses de consommation dans le PIB canadien », estime Maurice Doyon. (Source : CEIC Data)