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Média-école des étudiants en journalisme

Fausses nouvelles et satires : Qu’en est-il au Québec ?

15 décembre 2016 - 14:55


Charles-Olivier Caron

Personne n’est à l’abri des fausses nouvelles qui circulent sur les réseaux sociaux. Il n’est pas rare de les voir sur le « mur Facebook » d’un ami, simplement parce qu’il existe plusieurs sites internet et pages Facebook québécoises œuvrant dans la satyre médiatique. Mais quelles sont les intentions des auteurs de ces fausses nouvelles, blagues et satires de l’actualité ? 

Il est possible de créer ses propres nouvelles sur un site comme actualité.co (Ce site a été utilisé afin de créer l’article ci-dessus). Même si l’intention n’est pas de volontairement tromper le lecteur, certaines personnes se font quand même avoir par ce contenu. Les sites internet et pages Facebook sont nombreuses à produire du contenu de divertissement avec une même forme que les sites d’information très fréquentés. Voici ce qu’avaient à dire des administrateurs de plusieurs pages qui diffusent des fausses nouvelles et des nouvelles satyriques : Le Zournal-La désinformation à son meilleur- , La Pravda et le Journal de Mourréal .

Le Zournal-La désinformation à son meilleur- 

Une publication de P-M Savard, administrateur de la page du Zournal. Crédit : Pier-Marc Savard

Une publication de P-M Savard, administrateur de la page du Zournal. Crédit : Pier-Marc Savard

  

Pier-Marc Savard, 37 ans, est la personne derrière la page Facebook Le Zournal-La désinformation à son meilleur-.  Il a terminé ses études en animation 3D et il est sur le marché du travail depuis quelques années. Sa page a été lancée en 2012 et elle compte plus de 5 700  »j’aime ».

 

Il se concentre principalement sur des caricatures et des montages photos. « J’ai étudié en infographie et j’ai travaillé avec le logiciel Photoshop. Je me suis amusé à faire des montages humoristiques en 2012, pendant le conflit étudiant. J’ai fait une première image très exagérée des étudiants avec des sabres lasers pour dénoncer la couverture médiatique du conflit étudiant », explique-t-il. Son image été très partagée sur les réseaux sociaux et il a fondé sa page peu de temps après.

 

Cette page est à la fois son passe-temps, car il aime dessiner et faire du montage et c’est aussi une manière de critiquer les médias. Il croit pouvoir politiser les gens par son humour, sans toutefois avoir la prétention de vouloir changer le monde:

 

La Pravda

 

La Pravda a une vocation assez différente du Zournal. L’homme qui signe ses textes sous le pseudonyme Richard Hognard produit des textes de nouvelles absurdes. « Le site est monté comme un site de nouvelles traditionnelles, mais je m’arrange pour que le contenu soit assez évident qu’il ne s’agit pas de vraies nouvelles. « Il n’y a aucune tentative de leurrer les gens », dit-il, son but est de « faire réfléchir » par son « humour engagé » en lien avec l’actualité.

 

Les nouvelles satyriques écrites par La Pravda porte souvent un titre provocateur, qui fait réagir les gens. L’administrateur se défend de faire la même chose que les médias d’information font déjà. « Les médias traditionnels utilisent déjà ces techniques de mettre des gros titres et des photos pour attirer l’attention des lecteurs, comme je fais. Rendu là, je ne crois pas faire plus de dégâts en faisant la même chose », se défend-il. « Il doit y avoir un travail fait chez les médias de ce côté-là », poursuit-il.

Par exemple, ce contenu a été partagé plus de 760 fois. Certains partages étaient accompagnés d’un message de haine envers le gouvernement. L’auteur se défend en affirmant que les gens ne font pas l’effort de vérifier la source, le texte, le média, etc. Pour lui, Ils auraient pu invalider le contenu en recherchant les informations sur la page de La Pravda.

 

Le Journal de Mourréal

L'avertissement sur la page Facebook du Journal de Mourréal. Crédit photo : Journal de Mourréal

L’avertissement sur la page Facebook du Journal de Mourréal. Crédit photo : Journal de Mourréal

 

La page du Journal de Mourréal est l’une des pages de fausses nouvelles les plus connues au Québec. Avec plus de 148 000 «j’aime», ces articles sont lus et partagés des milliers de fois. Deux personnes sont derrière ses publications, Olivier Legault et Janick Murray-Hall. « De notre côté, on s’amuse avec ça, mais on veut quand même passer un message. On fait une critique des médias », affirme Olivier.

 

Parodiant le nom d’une autre publication, les articles du Journal de Mourréal ont piégé les gens à plusieurs reprises. Par exemple, un des articles publiés sur leur page qui a causé un émoi est un article qui avait pour titre : CHARTE DES VALEURS: FINI LES NAISSANCES LE 25 DÉCEMBRE. Le texte fait un lien volontairement absurde entre l’accouchement et les signes ostentatoires. L’article poursuivait en disant que le gouvernement allait provoquer la naissances des femmes enceintes pour éviter qu’elles accouchent le 25 décembre. « Les gens ont envoyé des menaces de mort à Pauline Marois dans les commentaires de l’article. On aurait jamais envisagé que les gens puissent croire ça. Si tu es prêt à y croire, c’est que tu es à la base trop « crinqués » contre le gouvernement », pense Olivier.

 

Selon lui, les gens sont de plus en plus vigilants, mais il reste du chemin à faire. « Les gens au Québec ont commencé à vérifier la source de plus en plus. Grâce à des sites comme le notre, les gens vérifient plus d’où vient l’information, mais ce n’est pas encore assez », conclut-il.

 

Comment ne pas se faire avoir?

 

Selon Colette Brin, professeure au Département d’information et de communication de l’Université Laval et Directrice du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, le défi réside dans la capacité des lecteurs à trier l’information. « Il y a une inquiétude dans le monde du journalisme sur la circulation des fausses nouvelles. Tout ça arrive à notre portée et il faut être très discriminant comme usagé pour faire la part des choses », explique-t-elle. Si on rencontre une fausse nouvelle partagée par un ami sur les réseaux sociaux, les gens vont avoir tendance à faire confiance à la personne qui partage l’information et croire son contenu. Cependant, il faut rester vigilant, car même si une nouvelle est partagée par un membre de sa famille ou un bon ami, il peut s’agir de contenu trompeur.

 

Pour Mme. Brin, Il ne faut pas jeter la pierre à un seul acteur. « Il y a de plus en plus d’outils mis en place par les médias afin que les gens qui consomment les nouvelles fasse eux-mêmes la part des choses. Mais il y a beaucoup trop de travail de vérification pour que les médias fassent le travail en entier », explique-t-elle. « C’est pourquoi les médias offrent des outils aux citoyens pour les aider à faire eux-mêmes le travail de vérification. De plus, il ne faut pas oublier que l’on peut consommer du contenu humoristique et satirique et être bien informé », conclut-elle.

 

Quelques conseils proposés par les médias pour dénicher la fausse information :

  • Quelle est la source : d’où provient l’information et l’article ? Qui l’a écrit ?
  • Est-ce que l’information circule dans les autres médias : les événement crédibles seront généralement rapportés dans plusieurs médias et par plusieurs sources d’information.
  • Consulter la rubrique « à propos » d’un site web : ces informations viennent confirmer qui est l’auteur et sa crédibilité.
  • Si le contenu semble exagéré et presque absurde : il faut avoir un doute et diversifier ses sources d’information.