Deux semaines après l’annonce par Régis Labeaume de la mise sur pied d’un projet visant à sauver l’Église Saint-Jean-Baptiste, certains citoyens redoutent toujours le sort réservé à l’ancien édifice cultuel. Louis Dumoulin, président du Conseil de quartier de Saint-Jean, est par exemple d’avis que l’avenir du bâtiment est encore loin d’être scellé, les questions de financement et de taux d’occupation restent sans réponse pour l’instant.
Les certitudes entourant le dossier de la sauvegarde de l’Église Saint-Jean-Baptiste de Québec sont assez peu nombreuses. La seule évidence pour l’heure est que la Ville de Québec travaille de concert avec la Fondation Saint-Roch sur un projet destiné à animer l’emblématique église de quartier, fermée il y a un peu moins de cinq mois. Les deux entités souhaitent transformer le lieu de culte en un chantier-école pour les jeunes artisans de la région.
En allant de l’avant avec un tel plan, la ville ferait d’une pierre deux coups. Elle occuperait les locaux abandonnés de l’Église Saint-Jean-Baptiste, tout en constituant une relève d’artisans traditionnels du bâtiment. « On pense qu’il y a un besoin dans le marché pour ça », précise M. Labeaume. Le maire de Québec soutient qu’il y a énormément de constructions patrimoniales dans la province, et qu’un bassin de professionnels permettant de les remettre à niveau est primordial.
Par ailleurs, le président du Conseil de quartier de St-Jean-Baptiste, Louis Dumoulin, est très heureux que la ville démontre beaucoup de volonté quant à la sauvegarde de l’église. Ce dernier est le premier à insister sur l’importance de préserver « ce bâtiment exceptionnel » de plus de 130 ans. Malgré tout, il émet quelques réserves concernant le projet présenté par le maire Labeaume.
La question du financement préoccupe particulièrement M. Dumoulin. Le président du Conseil de quartier de Saint-Jean-Baptiste rappelle que 10M$ seront nécessaires pour achever la restauration de l’édifice, sans compter les coûts supplémentaires liés à un changement de vocation du bâtiment. Même si le gouvernement québécois subventionne jusqu’à 80% des travaux effectués sur les monuments patrimoniaux comme l’église Saint-Jean-Baptiste, les sommes à débourser pour rouvrir l’église avoisinent tout de même les 2M$.
Actuellement, la fabrique de la paroisse Saint-Jean-Baptiste est propriétaire de l’église sur le plan légal. Toutefois, il lui est impossible d’amasser la somme nécessaire pour rénover le bâtiment. Ce cul-de-sac financier est justement ce qui a poussé le curé à mettre la clé dans la porte à la fin mai. Vraisemblablement, pour assurer la réouverture de l’église, la fabrique sera forcée de céder le bâtiment à une entreprise ou un particulier habilité à assumer les frais de rénovation du lieu. Ainsi, si la Fondation Saint-Roch et la Ville de Québec semblent d’ores et déjà avoir un accord verbal avec la paroisse pour implanter leur projet de chantier-école dans l’édifice, reste qu’ils devront trouver un moyen de financer leur initiative. Selon M. Dumoulin, ce moyen n’a toujours pas été précisé par la ville.
Des inquiétudes entourant l’usage du bâtiment
Outre les questions de financement, le président du conseil de quartier de Saint-Jean-Baptiste craint que le projet de chantier-école puisse empêcher les citoyens et les touristes d’avoir accès à l’intérieur de l’église. En effet, M. Dumoulin redoute que le projet de la Fondation Saint-Roch occupe tout l’espace disponible dans l’édifice. Ce dernier avoue qu’il serait déçu si cet ancien lieu de culte venait à perdre son aspect communautaire. Il souligne qu’il s’agit du dernier endroit du genre dans Saint-Jean, les autres ayant été démolis ou vendus avec le temps. Selon lui, restreindre au public l’accès à l’église consisterait en une perte à plusieurs niveaux pour le quartier.
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Pour éviter un tel scénario, M. Dumoulin souhaiterait que des initiatives complémentaires au chantier-école puissent voir le jour. Ce dernier évoque notamment la possibilité d’installer un centre d’interprétation ou un centre culturel dans une portion définie du bâtiment. Selon lui, l’espace disponible dans l’église doit être rentabilisé, notamment en terme d’accessibilité au public.
Tout comme Louis Dumoulin, les habitants du quartier Saint-Jean-Baptiste et des environs tiennent en la préservation de l’aspect communautaire de ce bâtiment. Dans une consultation populaire sur l’avenir de l’église organisée par le comité de quartier, 86% des répondants souhaitaient doter l’ancien bâtiment cultuel d’une vocation culturelle, artistique ou patrimoniale. Au contraire, uniquement 27% des 750 répondants souhaitaient qu’un centre de formation puisse s’installer dans l’église, alors qu’un maigre 4% de la population étudiée considérait qu’il s’agissait de la meilleure avenue possible pour l’édifice.

Une tendance à la hausse
Le changement de vocation de l’Église Saint-Jean-Baptiste est loin d’être un cas unique. Depuis le début des années 1990, la désertion des lieux de culte et la perte en importance de la religion force une à une les communautés à se départir de leurs biens immobiliers. Quand ils ne sont pas démolis, ces bâtiments sont vendus à des particuliers, pour ensuite être rénovés et transformés.
En douze ans, c’est plus de 300 églises au Québec qui ont été reconverties en logements, bibliothèques, salles de spectacle, restaurants, musées et autres. C’est davantage que pendant les 103 années précédentes (de 1900 à 2003), alors que moins de 250 églises avaient été converties. Loin de ralentir, cette tendance tend plutôt à s’accélérer. L’an dernier, 92 édifices religieux ont été vendus, ce qui constitue un record.
Au milieu de ces innombrables changements de main, le gouvernement du Québec tente comme il le peut de préserver l’intégrité physique des monuments majeurs du patrimoine religieux de la province, par le biais du Conseil du patrimoine religieux du Québec. L’organisme tente de promouvoir la conservation et la mise en valeur du patrimoine religieux québécois. Depuis 1995, le gouvernement provincial et le CPRQ ont consacré près de 300 M$ dans la restauration de lieux de culte, tout en étant impliqués dans plus de 3000 projets.
Quelques-uns de ceux-ci ont été réalisés dans la région de la Capitale-Nationale. En une dizaine d’années seulement, ce sont plus ou moins vingt églises et lieux de culte patrimoniaux qui ont changé de vocation à Québec et dans les alentours. Certains de ces édifices sont devenus des cas exemplaires de bâtiment cultuel se voyant offrir une deuxième vie, les plus récents étant le Temple Wesley et l’église Saint-Denys-du-Plateau.



































