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Le choix de Marina : entre vengeance et raison

16 octobre 2014 - 15:05

Marina Silva, candidate du Parti socialiste brésilien, défaite au premier tour de l'élections présidentielle.


Émilie Bergeron, Louis-Philippe Boudreau, Camille Carpentier

Après sa défaite cuisante au premier tour, Marina Silva, la candidate du Parti socialiste brésilien, a refusé de soutenir la présidente sortante Dilma Rousseff. Certains électeurs perçoivent cette décision comme un coup de poignard dans le dos de la gauche brésilienne. D’autres y voient un geste raisonné et indispensable pour l’avenir du Brésil. Marina Silva a-t-elle fait un choix basé sur la raison ou sur l’émotion de la défaite ?

Suite à la mort tragique en août dernier du chef du Parti socialiste brésilien (PSB), Eduardo Campos, sa colistière, coqueluche des médias internationaux, a surfé un bref moment sur une surprenante vague de popularité. Le tsunami électoral qui se pointait à l’horizon a tôt fait d’effrayer les deux principaux candidats à la présidentielle brésilienne, Dilma Rousseff du Parti des Travailleurs (PT) et l’économiste libéral Aécio Neves du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB).

Lors des derniers jours de campagne, les machines électorales grassement huilées de ces deux géants politiques ont attaqué sans répit – et sans finesse – la crédibilité de leur adversaire surprise. Les publicités commandées par le Parti des Travailleurs ont d’ailleurs été qualifiées « d’odieuses » par le PSB. La noyade de Silva était inévitable.

Après avoir grimpé au sommet, la chute a donc été brutale. Silva ne remporte que 21,3 % des voix contre 41,6 % pour Rousseff et 33,6 % pour Neves. Mais la dissidente travailliste n’avait pas dit son dernier mot. En enjoignant les 22 millions d’électeurs lui ayant fait confiance au premier tour à voter pour le PSDB, elle espère asséner le coup de grâce à Dilma Rousseff. Si certains s’étonnent de sa décision, c’est qu’ils ne savent probablement pas que son directeur de campagne, Walter Feldman, est un ancien dirigeant du PSDB et que son plan politique était calqué sur celui de Neves.

Par un tel geste, Silva veut s’assurer que le Brésil dira « non à la continuité ». Sa position manque toutefois cruellement de nuance et semble brouillé par la déception. Accepter ou refuser cette continuité n’est pas un choix aussi facile qu’elle semble le proposer.

D’un côté, un gouvernement Neves signifierait le retour d’une économie libérale : la confiance des entreprises en serait certainement renforcée. Les réformes fiscales proposées par le candidat laissent à penser qu’il serait en mesure de remettre l’économie brésilienne sur pied. S’il promet de ne pas toucher aux acquis des Brésiliens, ses engagements sociaux – notamment celui d’augmenter l’investissement en éducation – demeurent peu ambitieux. Les promesses faites en échange de l’appui de Silva sont la preuve d’une logique électoraliste plutôt qu’une réelle démarche d’ouverture.

De l’autre côté, le mandat de Rousseff a été marqué par une dégringolade de l’économie nationale. Son séjour de quatre ans au Palácio da Alvorada a été entaché par plusieurs scandales de corruption, dont celui très récent de Petrobras. Si la présidente sortante affirme être restée dans le droit chemin, elle n’a pas été en mesure de colmater la fuite. Toutefois, il ne faut pas oublier que les politiques sociales de Rousseff, dans l’héritage de l’ancien président Lula, ont sorti de la pauvreté 40 millions de Brésiliens en douze ans. Elles ont aussi permis une réduction notable des inégalités sociales. Le taux de chômage – sous la barre des 5 % – n’a jamais été aussi faible.

En faisant cette comparaison, le choix de Silva est paradoxal au regard de son histoire personnelle. Alphabétisée à l’âge de 16 ans, elle devrait plus que quiconque savoir que l’accès à l’éducation, l’égalité des chances et la réduction des inégalités sociales font la force d’un pays. Cette guerre contre ces injustices était d’ailleurs au cœur des revendications des centaines de milliers de manifestants descendus dans les rues au cours de l’été 2013. Le plan politique de Rousseff répond davantage à ces préoccupations que celui de son opposant.

Malheureusement, Marina Silva encourage le gouvernement à mettre un frein aux programmes sociaux qui ont fait du Brésil ce qu’il est aujourd’hui. En soutenant Aécio Neves, elle encourage l’idée reçue selon laquelle une économie saine et des politiques sociales fortes sont incompatibles. Le Brésil sous Lula a pourtant prouvé le contraire. Pourquoi serait-il désormais impossible d’en faire autant ?

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