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Délais dans les demandes de permis de travail: un manque de main-d’œuvre qui coûte cher

30 mars 2021 - 11:16

Le secteur manufacturier semble particulièrement touché par le manque de main d'oeuvre. (@Pixabay)


Katy Desjardins, William Paquet, Sébastien Agostini-Cayer

La pandémie de COVID-19 a amené des délais supplémentaires dans beaucoup de services. Les processus de demande pour obtenir des visas pour les travailleurs étrangers n’en sont pas exemptés. Bernard Généreux, député fédéral, est d’avis que ces délais sont très dommageables pour les entreprises de son comté qui souffrent déjà du manque de main d’œuvre.

Bernard Généreux est le député fédéral du comté de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup. Selon lui, près de 50% des dossiers qui se trouvent sur son bureau en ce moment sont liés aux délais pour les demandes de permis de travail qui font suite au dépôt de l’EIMT (étude d’impact sur le marché du travail) par une entreprise. M. Généreux constate que le traitement d’une demande est beaucoup plus long que par le passé et que les compagnies en attente de main-d’oeuvre en souffrent.  

« L’IRCC devrait revoir ses habitudes de travailler en silo et accorder plus de priorité aux conjoints en attente et aux personnes sur notre territoire qui seraient aptes à travailler dès demain si leur permis de travail pouvait être émis. » – Bernard Généreux

 

Depuis le début de la pandémie, lorsque la fermeture de centres de réception de demandes de visas (CRDV) à l’étranger est venue allonger les délais de traitement , il affirme qu’il se bat pour que ces délais raccourcissent. Il espère obtenir des solutions concrètes cette année pour aider les entreprises de sa région, qui souffrent d’un manque de main d’œuvre malgré un taux de chômage qui a augmenté en 2020 au Canada.

« Il y a 300 000 fonctionnaires au gouvernement fédéral. Le ministre de l’Immigration attend quoi pour en réassigner tant qu’il en faudra, pour mettre fin à ces retards complètement inacceptables?» – Bernard Généreux

Bernard Généreux à la Chambre des communes (Credit: Christian Diotte (photographe))

Un besoin  à la limite de la catastrophe

Plusieurs entrepreneurs dans le secteur manufacturier de la région de Chaudière-Appalaches expliquent que le manque de main d’œuvre les empêche de faire prospérer leur entreprise comme ils le souhaiteraient. M. Généreux donne l’exemple de Plastique Gagnon, une entreprise de Saint-Jean-Port-Joli :

« M. Danny Tremblay de Plastiques Gagnon attend depuis le 1er juin 2019 des travailleurs étrangers qu’il espérait faire venir du Madagascar, parce qu’ils étaient qualifiés et francophones. » – Bernard Généreux

Le député explique que cette entreprise a déposé son EIMT depuis un an, mais qu’à cause des délais non prévus dans les demandes de permis de travail, elle a dû refuser un contrat de quatre millions de dollars faute d’avoir la main d’œuvre nécessaire à sa réalisation. Le politicien ajoute que ce contrat sera maintenant réalisé au Mexique.

À quelques kilomètres de Plastiques Gagnon se trouve L.G. Cloutier dont les bureaux et l’usine principale sont à L’Islet. Propriétaire et vice-présidente en ressources humaines et marketing pour la compagnie, Valérie Rancourt-Grenier confirme qu’elle doit faire face aux mêmes enjeux causés par le manque de main d’œuvre. 

« Nous sommes capables de compléter nos contrats actuels, mais nous ne pouvons certainement pas en prendre de nouveau. » – Valérie Rancourt-Grenier

L.G. Cloutier fait de la sous-traitance pour d’autres manufacturiers en faisant la conception et la fabrication de pièces de toutes sortes selon leurs besoins. Mme Rancourt-Grenier affirme que la compagnie a les aptitudes nécessaires à la réalisation de plusieurs autres contrats, mais qu’ils ne sont pas en mesure de trouver la main-d’œuvre pour cela. L’entreprise doit refuser les nouveaux contrats afin d’être en mesure de compléter ceux qu’ils ont actuellement.

Les bureaux de L.G. Cloutier à l’Islet où se trouve également leur usine spécialisée dans les secteurs de l’aéronautique et de l’industriel. (Crédit : Katy Desjardins)

Le Centre d’aide et de recherche d’emploi Montmagny-L’Islet (C.A.R.E.) est conscient du manque dans le secteur manufacturier de la région. Myriam Caron, conseillère en ressources humaines du C.A.R.E., croit qu’il est temps de faire quelque chose avant que la situation devienne encore plus dramatique.

« Les besoins de main-d’œuvre de postes spécialisés, d’un niveau académique universitaire ou de journalier est limite catastrophique. Certaines entreprises sont en situation de survie ou refusent certains contrats parce qu’elles manquent de main-d’œuvre » – Myriam Caron

L’organisme a mis sur pied la Table Adhoc qui souhaite valoriser le secteur manufacturier dans les régions de Montmagny et de L’Islet. Les entreprises remplissent actuellement un sondage afin d’évaluer les besoins du milieu et le groupe devrait déposer un plan d’action pour 2021-2022 à la fin de mars une fois les résultats compilés.