Le réseau cyclable de la Ville de Québec est officiellement fermé depuis le 1er novembre. Maintenant que les espaces réservés aux vélos en bordure des axes routiers se sont envolés, et que le mercure glisse sous zéro pour la première fois depuis des mois, plusieurs citoyens s’apprêtent à remiser leur bicyclette. La Table de concertation vélo des conseils de quartier, une organisation locale qui milite pour le transport actif, aimerait que les cyclistes puissent penser autrement.

Le cyclisme urbain n’a plus de secret pour Estelle Bonhomet-Proulx. L’étudiante de 21 ans, originaire de Québec, pratique le vélo de route depuis déjà plusieurs années. Pour Mme Bonhomet-Proulx, la bicyclette est un moyen de transport idéal pour garder la forme et limiter son empreinte écologique. La jeune étudiante se sent toutefois contrainte d’abandonner son vélo aux premières neiges. Elle craint d’affronter les conditions hivernales, dans un réseau routier qu’elle juge mésadapté au transport actif.

« Les routes ne sont pas adaptées aux cyclistes l’hiver à Québec. Il y a presque toujours de gros rouleaux de neige sur les côtés de la rue, alors il faut rouler au centre pour que ce soit praticable et sécuritaire. Il y a quelques pistes et rues de praticables, mais encore là, ça reste très marginal. Il est difficile d’utiliser le vélo l’hiver comme moyen de transport. »

Loin d’être un cas isolé, Mme Bonhomet-Proulx fait partie d’un bassin assez considérable de cyclistes se résignant chaque année, aux premières neiges, à mettre fin à leur saison. Il s’agit d’un grand gâchis selon Martial Van Neste, président de la Table de Concertation Vélo des conseils de quartier de Québec. M. Van Neste, lui-même amateur de vélo, croit que la Ville de Québec devrait donner davantage d’outils aux cyclistes pour faciliter et démocratiser l’usage de la bicyclette pendant la « saison froide ».

TableConcertation
Logo de la Table de Concertation Vélo. Crédit photo : Facebook de la Table de Concertation.

L’un des principaux combats menés par la Table de concertation auprès de la Ville concerne d’ailleurs l’inauguration d’axes cyclistes quatre saisons, faisant le pont notamment entre la haute-ville et la basse-ville. Au nombre de quatre, ces axes permettraient de répondre aux besoins de déplacement utilitaire des citoyens à longueur d’année. En hiver, la transformation de ces axes en « pistes blanches » limiterait les dangers du côtoiement des cyclistes et des automobiles dans des conditions routières peu optimales.

Le créateur du blogue cycliste Le Vélurbaniste, Yan Turgeon, appuie inconditionnellement cette proposition. Loin de demander à la ville de déneiger toutes les pistes cyclables, M. Turgeon souhaiterait lui aussi qu’un lien soit créé entre les différents quartiers de Québec en hiver. Ces passages faciliteraient grandement la vie des actuels cyclistes hivernaux, tout en favorisant les initiatives populaires de mobilité active.

Si depuis quelques années, M. Turgeon constate une légère augmentation de la pratique du vélo en saison froide dans la Vieille Capitale, il lui apparaît évident que le taux de cyclistes hivernaux restera très marginal à Québec tant que la Ville n’aménagera et n’entretiendra pas des infrastructures cyclistes quatre saisons sécuritaires.

Même si la Ville a démontré son ouverture face à un projet de déneigement des pistes cyclables dans le quartier Maizerets l’an dernier, la mise sur pied d’une telle initiative à Québec à court terme semble hautement improbable, au grand dam de M. Van Neste. Ce dernier soutient que le projet pilote en serait presque au point mort, une information que la Ville de Québec n’a pas tenu à commenter ou confirmer à l’Exemplaire.

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Penser prolongement avant déneigement

En amont du déneigement de certains axes cyclistes, Yan Turgeon croit que la Ville doit d’abord se pencher sur la question du prolongement de l’ouverture des pistes cyclables. Il considère que cette mesure va « simplement de soi », puisqu’énormément de cyclistes utilisent leur vélo comme moyen de transport actif jusqu’aux premières neiges.

En date du 5 novembre, les supports à vélo de l'Université Laval sont encore bien garnis. Photo : Kathy-Anne Collin / L’EXEMPLAIRE
En date du 5 novembre, les supports à vélo de l’Université Laval sont encore bien garnis. Photo : Kathy-Anne Collin / L’EXEMPLAIRE

Par ailleurs, M. Turgeon trouve totalement aberrant qu’une ville comme Baie-Comeau, devant composer avec un climat plus aride que celui de la Vieille Capitale, ait une période cyclable plus longue de plusieurs jours que Québec. Il rappelle que ces quelques semaines où les pistes cyclables sont fermées à tort mettent la sécurité des cyclistes utilitaires les plus vulnérables en danger.

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La Table de concertation estime également que la fermeture des pistes cyclables est prématurée. L’organisation propose concrètement à la ville de prolonger la période d’ouverture des voies cyclables de deux mois. Au lieu d’ouvrir le 1er mai, les pistes seraient ouvertes le 1er avril, et au lieu de fermer le 31 octobre, les pistes seraient fermées le 30 novembre. Selon la Table de concertation, cette mesure profiterait à une masse importante de cyclistes voulant continuer de se déplacer à vélo, sans avoir à circuler directement dans la rue.

D’un point de vue financier, le coût du prolongement de la saison serait relativement marginal selon Yan Turgeon. Ce dernier soutient que la différence entre retirer les bollards qui balisent les pistes en novembre ou en décembre est minime, cette activité faisant déjà partie des frais récurrents de la Ville. « Ça ne coûte pas plus cher de les enlever un mois plus tard. C’est le même gars, avec le même camion et les mêmes outils qui les retire », précise-t-il.

Des économies à long terme

Martial Van Neste assure que si la ville adoptait des mesures pour prolonger la saison cyclable, le taux de cyclistes « hors-saison » grimperait de manière considérable. Si l’on se fit à ce qui s’est vu ailleurs dans le monde, notamment au Danemark et en Finlande, une telle hausse générerait des économies majeures en terme de frais de santé et d’infrastructures. Selon M. Van Neste, les investissements de la ville se rentabiliseraient rapidement d’eux-mêmes.

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Toutefois, la Ville de Québec a encore beaucoup de travail à faire pour rejoindre des leaders en terme de transport actif hivernal comme Oulu qui déneige 98 % de son réseau cyclable, ou même Montréal, qui en déneige pour sa part 47% avec son projet de réseau blanc. « Québec veut toujours faire mieux que Montréal, pourquoi pas en vélo également », lance candidement Yan Turgeon.