Le premier soutien-gorge symbolise souvent pour les filles l’entrée dans l’adolescence. S’en suivent ensuite dans la vie d’une femme une myriade d’achats d’autres soutiens-gorge, de formes et de couleurs différentes. Nous sommes habitués à voir la femme dans la vie de tous les jours porter un soutien-gorge sous ses vêtements.

Nous avons rencontré quelques femmes qui, des fois, cessent de porter des soutiens-gorges afin de comprendre pourquoi elles décident cela, et de recueillir leur témoignage quant à la réaction des autres. Il semblerait que notre rapport au sein soit encore très tabou, et notre connaissance de ces sous-vêtements très légère.

Porter ou ne pas porter un soutien-gorge : le jugement des autres

Fano Dady, qui fait une maîtrise en anthropologie, sur « comment l’industrie de la lingerie inculque les normes sociales sur la femme et en quoi elles vont avoir un impact sur les décisions de la femme. » et a travaillé plusieurs années dans une boutique de lingerie, a accepté de répondre à nos questions.

Selon elle, souvent les hommes ne jugent pas le fait que les femmes portent des soutiens-gorges ou pas, ils sont  juste contents «  de voir des seins » parce que le sein est sexualisé dans notre société. Elle explique que c’est plus la femme qui va critiquer l’autre femme sur son choix de porter de la lingerie, ou de ne pas la porter. Lou (nom changé), qui ne porte pas tout le temps de soutien- gorge, n’a jamais vraiment senti le regard des autres parce qu’elle s’habille en conséquence, pour que cela ne se voie pas, avec une écharpe, une veste.

L’industrie de la lingerie standardise “le sein” en Amérique du Nord

C’est souvent le fait que l’image du sein socialement acceptée en société est standardisée qui influence les jugements des autres. Fano Dady explique que les boutiques pour la ville de Québec sont divisées en deux mondes, les boutiques de lingerie accessibles, surtout en grande surface avec des chaînes plus connues, et les boutiques plus expertes et plus chères avec des marques d’exportation, notamment européennes. Les boutiques moins spécialisées présentent essentiellement voire uniquement des marques américaines. Elles ont des modèles avec plus de rembourrages et de coques rondes, parce que le standard américain de l’idéal féminin est d’avoir une poitrine bombée et ronde.

Les standards d’autres pays ne sont pas forcément les mêmes, ajoute la spécialiste,  il peut y avoir des standards avec les seins plus pointus (puisque le téton n’est pas caché) et en France les soutiens-gorge vont garder plus la forme naturelle du sein avec de la dentelle.  Au Québec, c’est le standard américain qui domine.

Quand on pense lingerie, on pense dentelle, sexy. La lingerie est une industrie encore très masculine, la plupart des designers sont des hommes, donc l’idée est avant tout de plaire alors que c’est surtout censé être ajusté.

Ces standards de beauté pour le sein sont une pression sociale sur la femme qui cherche à s’y conformer. Et quand la femme ne veut pas acheter des soutiens-gorges trop chers, elle est confrontée à des modèles qui ne siéent pas à tout le monde. « Chaque sein est différent et c’est pas nécessairement un bonne chose de vouloir aller vers des modèles différents », juge Fano Dady, chaque femme a des seins différents, un dos différent, etc. Cette forme standardisée est alors une des raisons principales de l’inconfort des femmes dans leurs soutiens-gorge.

On parle moins du soutien-gorge en Asie ou en Afrique. En Afrique, d’où Fano Dady est originaire, le sein n’est pas un organe social donc les individus ne portent pas un regard sexualisant sur le sein.

« Un sein c’est un sein » nous dit Lou, qui a fait un film anthropologique sur les représentations du sein afin que les individus qui le visionnent s’ouvrent à des conceptions différentes du sein standardisé. Elle l’explique en vidéo.

Ce détail qui gêne en société : le téton.

« Je vends beaucoup de cache-mamelons, parce que les formes de soutiens-gorges moins rondes, européennes de mon magasin vont plus montrer le mamelon » raconte Fano. « Le mamelon est tabou parce qu’il fait sein naturel », le soutien-gorge devrait montrer le même sein que s’il n’était pas présent.

Le téton est la partie la plus tabou du sein féminin. Il est censuré sur Facebook, d’ailleurs, ce qui n’est pas le cas du téton masculin. Les femmes cherchent le plus souvent à le cacher. Crédit Photo : Sabrina Lalonde
Le téton est la partie la plus tabou du sein féminin. Il est censuré sur Facebook, d’ailleurs, ce qui n’est pas le cas du téton masculin. Les femmes cherchent le plus souvent à le cacher. Crédit Photo : Sabrina Lalonde

D’après elle, les mentalités à propos du sein vont changer « naturellement » quand « plus les femmes vont assumer de ne pas porter des soutiens-gorges ». Les gens vont s’habituer à le voir et ça va devenir plus normal. En Occident, aux États-Unis, mais aussi ailleurs « Il y a de plus en plus de femmes qui se lèvent pour dire  moi je ne veux pas porter de soutien-gorge ».

La raison principale du choix des femmes : le confort

La raison principale qui pousse les femmes à cesser de porter des soutiens-gorges est le fait que ceux-ci leur font mal. Souvent, les femmes ne se sentent pas confortables dans leurs soutiens-gorge. Plusieurs femmes se sont exprimées sur leur rapport avec les soutiens-gorge. L’esthétisme du corps et le confort sont les deux critères les plus importants pour elles quant à la raison d’en porter ou non.

Isabelle, 43 ans et mère de famille ne porte pas toujours de soutiens-gorge. La pression sociale est le moindre de ses soucis. Tout ce qu’elle désire, c’est être confortable. Cette raison a toujours été la même et si elle en porte ou non, c’est pour elle et non pour les autres. Elle rajoute que c’est aussi parce qu’elle veut garder des seins qu’elle trouve beaux et c’est pourquoi elle privilégie les sous-vêtements légers et de sports.

Suzanne, 23 ans, porte en tout temps des soutiens-gorge depuis sa puberté. Pourquoi? Parce que les seins poussent et que « maman dit qu’il faut en porter ». De plus, si elle n’en porte pas, elle se sent inconfortable physiquement. Elle désire aussi prévenir la chute des seins qui pourrait survenir au fil du temps. Suzanne croit que l’on peut faire ce que l’on veut ; en porter ou pas, c’est un choix personnel.

Pour Lou, 22 ans, le choix de ne pas porter de sous-vêtement est un choix utile. La pratique de la danse l’amène à porter plus des brassières, et elle préfère mettre directement cela plutôt que de se changer.

Et la santé ?

Le port de soutien-gorge est, selon Fano Dady, pas forcément nécessaire voir inutile  avant le bonnet 30E et équivalence et il a même été prouvé que cela muscle les pectoraux et garde le sein beau en le rendant plus ferme, l’empêchant de tomber. Mais au-dessus d’un certain volume , l’absence de soutien -gorge empêche le maintien des seins et peut causer des douleurs au dos, de l’inconfort et la gravité faisant son action les seins vont, avec le temps, finir par tomber. Le sein est beaucoup plus lourd, et elle est là en faveur du soutien-gorge, mais si et seulement s’il est bien ajusté, sinon cela ne sert à rien.

L’ajustement du soutien-gorge est selon Fano la meilleure solution pour les femmes qui n’ont pas le choix de porter un soutien-gorge. Les siens ne lui font jamais mal, ils sont bien adaptés à ses seins.

Pour en savoir plus sur l’histoire du soutien gorge, vous pouvez cliquer ici et découvrir une petite chronologie du soutien-gorge au cours du temps créée par nos soins.