Québec – Chaque semaine, une centaine de producteurs bénévoles se relaient derrière le micro de CKRL 89,1 avec un objectif commun : faire les choses différemment. En marge de la radio commerciale, la doyenne des radios communautaires s’est ainsi taillée une place de choix dans l’univers médiatique de la capitale.

Pour Dany Fortin, directeur général, « CKRL est un intermédiaire pour le milieu ». La station de la 3e avenue, dans Limoilou, accueille sur son antenne les artistes émergents et les organismes communautaires de la région. Une vocation qui a peu changé depuis les débuts de la station, il y a plus de quatre décennies.

La station se définit comme la plus ancienne radio communautaire d’expression francophone en Amérique du Nord. « [À la naissance de la station] en 1973, c’était une idée, c’était de la création. Mais quand les gens écoutent CKRL aujourd’hui, ils s’y retrouvent encore très bien. Ils voient que lorsqu’on écoute CKRL, on écoute quelque chose de différent, on découvre et il faut que ça demeure ainsi », soutient M. Fortin.

D’ailleurs, le directeur général refuse de voir les radios privées comme autant de rivales pour les radios communautaires, malgré un marché très concurrentiel à Québec. « Il ne faut pas voir CKRL comme un concurrent, mais bien comme un complément essentiel », estime-t-il.

Dany Fortin est d’avis qu’après toutes ces années, la station a créé des liens très serrés avec les membres de la communauté.

« Une radio où l’on parle de nos préoccupations »

« Une radio communautaire, c’est une radio où l’on parle de notre communauté locale, de nos préoccupations » mentionne Jean Cloutier, qui anime une émission hebdomadaire sur la simplicité volontaire et une autre sur les enjeux environnementaux.

« Les grandes radios privées que l’on retrouve dans le marché de Québec sont dirigées par des gens de Montréal et c’est souvent des gens de Montréal qui décident de ce qui est important à Québec, alors qu’une radio communautaire, elle se doit d’être locale et ici elle l’est », renchérit l’animateur.

Il dit apprécier la grande liberté que lui laisse CKRL et soutient qu’il ne pourrait pas réaliser le même type d’émission sur une radio commerciale.

Une programmation éclatée

Les auditeurs – la station en revendique 70 000 – apprécient la diversité de la programmation. On y retrouve des magazines spécialisés en art, en culture ou encore en écologie. L’offre musicale est tout aussi éclectique : du jazz au blues, de la musique en langue étrangère au classique, du métal à l’électro. Au total, la programmation regroupe plus de 60 émissions.

La programmation prévoit aussi des rendez-vous quotidiens, en semaine. En outre, la matinale Les matins éphémères offre un contenu davantage axé sur l’information locale, tandis que l’émission du retour Stéréolocal se concentre sur les événements culturels de la capitale.

CKRL permet chaque année à de nouveaux animateurs de développer leurs talents en radio. Des grands noms des médias québécois y ont d’ailleurs fait leurs premières armes. La liste est longue : Sébastien Bovet, François Pérusse, Catherine Lachaussée, Sébastien Boet, Catherine Lachaussée…

Toute personne peut soumettre une proposition d’émission ou de collaboration et un comité de sélection étudie les candidatures avant le début de chaque saison. Tanya Beaumont, directrice de la programmation, explique que malgré cette ouverture, la station ne souffre pas d’amateurisme et qu’un accent important est mis sur la qualité de la programmation.

La passion avant tout

Derrière ces dizaines d’animateurs et de producteurs se cachent avant tout « des passionnés de musique, des passionnés de leur art », croit Tanya Beaumont.

Des passionnés comme Hubert Tremblay, qui anime une émission musicale depuis mai 1973, soit seulement trois mois après l’ouverture officielle de la station. CKRL était alors situé au pavillon Charles-De Konick, à l’Université Laval. Hubert Tremblay se souvient encore de l’engouement qui a entouré l’arrivée du 89,1, à une époque où seule une radio logeait sur la bande FM, toutes les autres étant encore au AM.

Alors études, Hubert Tremblay, grand mélomane et amateur de radio, n’avait pas attendu longtemps avant de proposer son émission. Il n’a jamais quitté les ondes depuis. Il témoigne aussi de la grande liberté que les équipes de CKRL lui ont laissé au fil des ans.

Selon lui, les découvertes musicales ont toujours fait partie de l’ADN de la doyenne des radios communautaires. « Les gens qui veulent être un petit peu surpris aiment beaucoup CKRL, dit-il. Ceux qui veulent retrouver d’un jour à l’autre la même pièce de Céline Dion, je pense qu’ils ne nous écoutent pas ! »

Des finances fragiles, des auditeurs généreux

Pour la fréquence 89,1, le financement demeure le nerf de la guerre même après toutes ces années. L’organisation compte sept employés et gère un budget d’environ 400 000$. Depuis quelques années, elle jouit d’une certaine stabilité et fait même quelques bénéfices, lui permettant de réduire son déficit. Mais il ne faut rien tenir pour acquis, dit Dany Fortin.

Le budget de CKRL est composé de 35 à 40% de subventions provenant du gouvernement provincial et de la Ville de Québec, mais ce pourcentage diminue d’année en année. La station est cependant parvenue à consolider son financement autonome grâce à la publicité et à la générosité de son auditoire.

Bon an mal an, l’organisation d’un radiothon génère environ 40 000 $. Un indicateur qui vaut bien plus qu’un sondage radio, selon Tanya Beaumont. Les sondages Numéris (anciennement BBM) sont trop dispendieux pour la station communautaire, mais l’amour des auditeurs est beaucoup plus significatif de toute façon, croit-elle.

« C’est incroyable de ramasser 40 000$. De nos jours, on ne parle que d’austérité et de coupes partout, on dit que les gens n’ont plus d’argent, donc de réussir à avoir un aussi gros montant c’est très impressionnant », conclut-elle.