Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Cafés canins, bars à chats, ont-ils flairé la bonne affaire ?

30 septembre 2019 - 09:34

James, chat de l'Ömer Café à Québec.

Chez ÖmerCafé, à Québec, six chats, dont James, accueillent les clients. Université Laval/Elise Gilles.


Elise Gilles

Depuis une dizaine d’années, ils fleurissent dans toutes les capitales et grandes villes. Les bars et cafés d’animaux ont la côte. Depuis 2014, trois bars à chats ont ouvert à Montréal. Mais la fermeture de l’un d’eux, le Café Venosa, en juin 2017 questionne sur leur capacité à durer une fois le côté insolite passé. Comment faire vivre ces espaces ? Reportage à Québec où trois cafés d’animaux se côtoient.

À peine midi et déjà une dizaine de personnes sont installées au café félin Ma langue aux chats, situé dans le Vieux-Québec, en basse-ville. Beaucoup sont venus pour dîner, qu’ils soient entre amis, seuls ou en famille. Entre deux bouchées de paninis végétariens, les clients caressent les chats qui passent près d’eux. Si certains des félins apprécient les fauteuils proches des clients d’autres préfèrent aux contraires les hauteurs. Le long des murs bleus courent des planches en bois qui mènent à des paniers en forme de maison, où dorment plusieurs chats. « S’ils en ont marre d’être caressés ou qu’ils veulent être tranquilles pour dormir, ils se mettent là-haut, où la majorité des gens ne peuvent pas les atteindre », explique Yannick Gignac, employé du café. Mais même si les chats ne se laissent pas toujours toucher, les clients sont ravis. « C’était délicieux », s’exclame une mère de famille en payant son addition, suivie de près par deux amis anglophones qui remercient chaleureusement M. Gignac « pour ce lieu de qualité ».

Si ce bar à chats existe depuis 2015, il a récemment changé de propriétaires et mais aussi un peu de concept. Lisa Cyr et Marie-Pier Tremblay ont choisi de pousser plus loin l’environnement de paix et de sérénité du lieu, notamment pour soulager les maux psychologiques des anciens militaires. Travaillant auparavant dans l’armée, les deux gérantes souhaitent permettre aux vétérans de trouver un endroit « calme et paisible ». « Il n’y avait pas de place pour moi, raconte Mme Tremblay. Après un traumatisme crânien sévère, je n’avais nul part où aller sans qu’il y ait trop monde ou trop de bruit. » D’ici est née l’idée de créer Ma Langue aux chats. Un dollar est d’ailleurs reversé au Fond pour le bien-être des vétérans et de leur famille à chaque achat d’une pochette de café.

Mais le café félin n’est pas le seul lieu de Québec on l’on peut manger en compagnie d’animaux. Un autre bar à chats est également installé, à Limoilou, près du Domaine des Maizerets. Tenu par Pierre Bleau, l’ÖmerCafé, ouvert depuis six ans, est le résultat d’un jumelage avec le salon Coiffure Canine Limoilou, dont la gérante est également propriétaire des six chats qui occupent le café.

Chat de chez Ma Langue aux chats

Chez Ma Langue aux chats, les treize chats ne sont pas toujours présents au même moment. Certains logent chez les employés et les gérantes lorsqu’ils ont besoin d’un « break ». Université Laval/Elise Gilles.

Autre que les chats, on trouve également à Québec un café canin, tenu par Sonia Berubé et Weena Lachance. Ici, le concept est quelque peu différent. Situé à Sainte-Foy, près du marché public, Ô Poils Café Canin permet aux propriétaires de chiens d’amener leur animal pour déjeuner en leur compagnie. Les clients peuvent aussi profiter des autres chiens présents la journée dans l’établissement qui propose également des services de gardiennage et de promenade, très appréciés des touristes notamment. Ici donc, pas d’autres animaux que ceux amenés ou laissés par les clients.

Si les cafés d’animaux naissent un peu partout dans le monde et toujours en plus grand nombre, c’est parce que l’insolite et la nouveauté attirent. Mais que se passe-t-il une fois la découverte passée ? Car les établissements de ce type sont dépendants de la fidélité de leurs clients, s’ils veulent assurer la survie de leur café dans le monde impitoyable du commerce. Chez Ma langue aux chats, la clientèle se compose de beaucoup de touristes, « mais aussi d’étudiants qui viennent ici faire leurs devoirs, puisque c’est un endroit très calme », explique Yannick g Gignac, employé du café.

Pour faire tourner le café, les prix sont aussi un enjeu considérable. « Notre café est peut-être un peu plus cher qu’ailleurs », concède M. Gignac, « mais il faut bien comprendre qu’il permet d’amortir tous les soins vétérinaires de nos chats, l’achat de leur nourriture, etc. » Impossible, d’ailleurs, d’adopter les chats comme c’est parfois le cas dans d’autres cafés. « Ce sont des chats de race, issus d’élevages privés, qui ont coûté cher. Si l’on autorisait l’adoption, on ne s’en sortirait pas. », conclu -t-il. 

« Il faut donner envie aux gens de revenir. »

Pour attirer et conserver leur clientèle, les trois établissements semblent faire le choix de se diversifier. « Nous allons prochainement proposer des ateliers bricolage auprès des enfants et des soirées film », annonce Marie-Pier Tremblay du café Ma Langue aux chats. Même poliltique chez ÖmerCafé, qui propose notamment la vente de café en vrac et d’accessoires pour chats. Car pour le gérant, les chats ne sont pas nécessairement l’élement clé de la capacité à durer. « C’est comme n’importe quel commerce, il faut donner envie aux gens de revenir et cela passe par la musique, l’ambiance ou les différents cafés proposés », précise M. Bleau.

Il faut dire que si la concurrence n’est pour le moment pas élevée dans la région, le milieu n’en est pas facile pour autant, comme le souligne Sonia Berubé : « Nous sommes viables car nous présentons plusieurs choses à nos clients. Notre enseigne marche car nous sommes un ensemble de services. »

James, chat de l'ÖmerCafé.

Cafés bien choisis, vente d’accessoires, soirées film… Les possibilités sont nombreuses pour attirer et retenir les clients. Université Laval/Elise Gilles.

Gérer un café d’animaux, c’est aussi beaucoup de règles d’hygiènes à respecter. Le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAC) est en charge des inspections dans les établissements de restauration et veille à l’alliance alimentation/animaux. « Nos chats n’ont pas le droit d’aller dans la cuisine, ils l’ont appris au fil des années », explique Yannick Gignac. « Si le MAPAQ est indulgent avec les poils de chats dans la salle à manger, il est intransigeant au niveau de la cuisine. » Pour le café canin Ô Poils, les choses diffèrent un peu : la cuisine étant dans la même pièce que la salle à manger, tous les produits doivent impérativement être emballés.

Si les bars à chats et les cafés canins au Québec demandent beaucoup d’investissement et le respect de nombreuses règles d’hygiène, la situation serait d’autant plus exigeante avec des café à lapins, à moutons ou à chouettes, comme il en existe de nombreux dans les pays de l’Asie de l’Est.