Au cours des dernières années, la compagnie Bell a réussi à attirer beaucoup d’attention sur les problèmes de santé mentale avec sa campagne Cause pour la cause.  Alors que cette initiative est saluée par certains d’autres sont plus critiques par rapport à l’événement. Il faut alors s’interroger sur les différentes raisons qui poussent les entreprises à s’impliquer et évaluer l’impact réel qu’elles ont sur les communautés.

Au cours de la dernière décennie, un nombre grandissant d’entreprises ont choisi de défendre une cause sociale. Par contre, selon Bernard Dagenais, professeur titulaire au département d’information et de communication de l’Université Laval, cette implication n’est pas motivée seulement par de nobles intentions. Il explique : « Ce qui intéresse une entreprise, ce n’est pas l’activité sociale, c’est la visibilité qu’elle obtient. Donc l’action n’a aucune importance. Ce qui est important, c’est que vous [le consommateur] sachiez qu’une entreprise fait des activités de responsabilité sociales ».

Au centre de cette implication des entreprises dans des événements comme Cause pour la cause par Bell, il y a une volonté d’améliorer son image auprès des potentiels clients. De plus, de telles actions permettent à une entreprise de se bâtir un capital de sympathie auprès de la population. Ainsi, si jamais une entreprise se retrouve dans un scandale, l’entreprise peut se servir de son implication sociale pour démontrer qu’elle est une compagnie ses bonnes pratiques. Bernard Dagenais explique :

Les entreprises s’impliquent de plus en plus dans les causes sociales parce qu’il y a plusieurs avantages à donner de l’argent aux causes caritatives, selon M. Dagenais. Tout d’abord, il peut s’agir d’une façon d’attirer de nouveaux employés. En effet, un potentiel travailleur est plus susceptible de se joindre à une entreprise qui bénéficie d’une bonne réputation dans l’espace public. Un autre avantage pour les entreprises est qu’elles peuvent demander des changements de réglementation au gouvernement. Bernard Dagenais nous décrit la façon dont les entreprises s’y prennent pour convaincre les pouvoirs politiques.

Bien qu’on ne puisse rejeter du revers de la main toutes les actions caritatives des entreprises qui ont un réel impact dans les communautés, il faut comprendre que, pour plusieurs compagnies, il s’agit avant tout d’un investissement pour faire avancer ses intérêts, selon M. Dagenais.

L’importance de la médiatisation des problèmes sociaux

La santé mentale est un enjeu qui intéresse de plus en plus les médias et les décideurs politiques. Charles Rice, président du Réseau communautaire en santé mentale COSME et directeur de l’Alliance des Groupes d’intervention pour le Rétablissement en Santé Mentale (AGIR), croit que l’intérêt croissant pour la santé mentale est bénéfique. Il est également d’avis que la société doit aller encore plus loin dans les démarches de sensibilisation.

À l’AGIR pour la santé mentale, ce processus passe par différents mécanismes au niveau communautaire. Depuis 1985, cette alliance est un lieu où les groupes en santé mentale peuvent s’entraider.

Charles Rice croit que l’AGIR peut servir de « bras politique du milieu communautaire en santé mentale » et « influencer les décideurs politiques et publics ». C’est selon lui, la raison derrière la structure de l’AGIR. Ce regroupement a ainsi un rôle de fédération auprès des 37 groupes membres actifs en santé mentale, afin de permettre des échanges et une meilleure coordination des témoins et des acteurs du changement.

En plus des mandats de représentation auprès des institutions d’État et de concertation entre organismes locaux, l’action demeure le meilleur moyen d’agir en santé mentale, selon Charles Rice. Que ce soit par la formation, le développement de projets ou la mise en branle de campagnes de sensibilisation et de lutte à la stigmatisation, il estime que les progrès sont possibles si cela va de pair avec une prise de conscience de l’enjeu.

Pour y parvenir, le directeur de l’Agir pour la santé mentale reconnait le rôle des médias et des réseaux sociaux puisque leur portée considérable permet «de faire évoluer tranquillement les mentalités». Cependant, Charles Rice juge que les institutions publiques et entreprises privés comme Bell doivent consulter et appuyer les organismes communautaires locaux.

Source : Appel pour la santé mentale, «Faisons de la santé mentale une priorité gouvernementale en 2018», 6 septembre 2018 (Crédit : COSME, Réseau communautaire en santé mentale)

Selon le document réalisé par le COSME destiné aux différents partis politiques du Québec, « 5% de la population mondiale en âge de travailler sont atteints d’un important problème de santé mentale ». Sur le marché du travail, ces mêmes problèmes affectent de plus en plus d’individus. « Au cours de 2017, 17% des Canadiens en emploi se sont absentés du travail pour un problème de santé mentale ».

Causer pour amorcer le changement

La mise en place d’initiatives et d’actions concrètes dans la communauté requiert tout d’abord une meilleure compréhension de la santé mentale comme enjeu de société et c’est « vraiment important d’en parler », selon Charles Rice. Longtemps caractérisée comme sujet tabou, la santé mentale profite maintenant de quelques tribunes, comme la campagne, Cause pour la cause, de l’entreprise multimédia et de télécommunication Bell.

Bell Cause pour la cause est une campagne de sensibilisation et de financement pour la santé mentale qui se déroule annuellement à la fin janvier. Le géant des communication encourage les citoyens canadiens à partager, commenter et visionner un vidéo réalisé pour l’occasion. Bell incite également les utilisateurs de son réseau cellulaire à envoyer des messages textes ou effectuer des minutes d’appel. Selon différentes modalités, l’entreprise multimédia s’engage à verser des fonds afin d’aider les organismes en santé mentale à la grandeur du pays.

Même si le président du COSME souligne le besoin de rester critique par rapport à cette grande campagne nationale très présente sur les réseaux sociaux, il affirme qu’il ne faut pas non plus « être naïf ». Selon lui, « sans Bell, on n’en parle pas autant [de la santé mentale] ».

« Braquer les projecteurs sur la santé mentale » et « sortir l’enjeu du placard » constituent deux bienfaits de la journée Cause pour la cause, selon Charles Rice. Donner un visage à la santé mentale en faisant participer et apparaitre plusieurs personnalités connues est également un élément important de la campagne de Bell estime M. Rice. Selon lui, une des manières de combattre la stigmatisation est de réduire la distance sociale entre les individus qui vivent des problèmes et les individus qui ne sont pas touchés.