Certains sans-abris s’isolent pour échapper aux interpellations policières. (Crédit photo : Sébastien Agostini-Cayer)

Le couvre-feu imposé le 9 janvier aux Québécois a mis les sans-abris dans une situation encore plus vulnérable, les exposant davantage aux amendes et interpellations lorsqu’ils dorment à l’extérieur. Alors que la Cour supérieure du Québec a suspendu son application pour les sans-abris contre l’avis du  gouvernement, les différents organismes de la ville de Québec travaillant auprès des itinérants ainsi que les bénéficiaires des refuges ont dû s’adapter a cette situation inédite, qui dépasse le cadre du couvre-feu.

Le regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ) est un organisme qui soutient et représente les organismes communautaires œuvrant auprès des personnes en risques d’itinérance dans la ville de Québec. Pour Maxime Couillard, responsable des communications du regroupement, le couvre-feu a eu un impact délétère sur la sécurité de certains sans-abris qui peuvent adapter  leurs comportements afin d’éviter une contravention :

«Par exemple au niveau de la consommation : se cacher pour consommer ou consommer dans des endroits moins sécuritaires par crainte de se faire interpeller. Encore aujourd’hui, malgré l’exemption, la crainte demeure» –  M. Couillard.

Malgré l’exemption accordée par la Cour et l’annonce par le Service de police de la ville de Québec de ne pas vouloir donner de contraventions aux itinérants, remarquée par d’autres intervenants du milieu, la RAIIQ estime que le couvre-feu ajoute un stress supplémentaire aux sans-abris. Pour l’organisme, une augmentation de la fréquence des interpellations pouvant tout de même accentuer le risque de conflits.

«Au-delà de l’exemption, ces personnes-là vont continuer à être interpellées pareil. Ce n’est pas inscrit : je suis itinérant dans leur front, alors l’augmentation des interpellations peut créer un irritant invasif et créer les mêmes situations anxiogènes»  Maxime Couillard.

Le couvre-feu n’est par contre qu’un des enjeux que la pandémie a imposé aux différents organismes communautaires de la ville de Québec.  Ces derniers souhaitent surtout éviter une interruption de services dans certains refuges, en raison d’une éclosion de Covid-19, comme ont vécu les villes de Montréal et Ottawa. Pour ce faire, la RAIIQ milite pour une priorisation des sans-abris dans la campagne de vaccination.

«Ce sont des personnes qui ont une grande mobilité et qui utilisent plusieurs services, ce qui augmente les risques de propagation. On souhaite un accès au dépistage et à la vaccination et on sent que le gouvernement est réceptif à nos demandes »Maxime Couillard.

Des ressources d’accueil à pleine capacité

Le YWCA est un organisme de la ville de Québec qui vient en aide aux femmes en difficulté, en offrant notamment un service d’hébergement de 60 chambres, dont 4 unités familiales. En dépit de cette capacité d’accueil, l’organisme doit refuser des demandes d’hébergement pratiquement tous les jours, faute de disponibilité des chambres. Depuis le temps des fêtes et l’imposition du couvre-feu, le nombre de refus moyen est de 2 à 3 par jour jusqu’à atteindre parfois la dizaine durant le dernier mois, selon Anne-Sophie Marcoux, adjointe administrative et intervenante au YWCA.

Ces chiffres sont par contre en deçà de la moyenne enregistrée au cours des cinq dernières années par l’organisme. Une partie de l’explication se cache dans les impacts collatéraux de l’imposition du couvre-feu dans la ville de Québec :

«S’il n’y a pas d’augmentation dernièrement c’est que les gens s’empêchent. Si tu ne peux pas te déplacer après 20h, le couvre-feu devient un frein à l’accès. C’est moins évident sortir d’une situation précaire quand la personne ne peut se déplacer passer une certaine heure» – Anne-Sophie Marcoux

De par son mandat et sa localisation dans le quartier Montcalm le YWCA a été moins affecté que d’autres ressources d’aide par la décision de la Cour supérieure de suspendre l’application du décret 29, qui exempte les sans-abris du couvre-feu.

«Oui au début il y a eu une petite augmentation des refus, mais nous sommes moins amenés à vivre une redirection d’individus par les policiers vers nos services puisque nous sommes plus loin que l’ensemble des autres ressources en ville» – Anne-Sophie Marcoux.

À La Quête, on compose avec d’autres problèmes

Le couvre-feu n’a pas beaucoup impacté les camelots du magazine de rue La Quête selon la coordonnatrice du magazine, qui croit que les principaux enjeux sont ailleurs :

«Le couvre-feu n’a pas eu un impact énorme, principalement parce que c’est l’hiver.  L’été, les camelots sortent plus tard à cause des festivals par exemple. Ce qui est le plus difficile, c’est le télétravail. Tout simplement parce qu’il n’y a presque personne dans les lieux publics où les camelots sont normalement. Les bureaux sont beaucoup moins achalandés, il y a donc moins de ventes» Francine Chatigny, coordonnatrice du magazine de rue La Quête.

La Quête distribue son magazine mensuel à l’aide d’un service de camelots qui sont des personnes en situation d’itinérance ou à risque de l’être.  Le but de l’organisme est de favoriser la réinsertion sociale en offrant la chance à ces gens d’avoir un revenu supplémentaire avec des horaires très flexibles. L’été dernier, pour conserver la distanciation sociale, l’organisme avait mis en place un système de distributrices portatives pour vendre les magazines. Ces boîtes de bois pesant en moyenne un peu plus de 10 kilos permettaient aux travailleurs de continuer leur travail en conservant une distance raisonnable. Toutefois cet hiver, le programme des distributrices a été mis sur la glace, étant donné la lourdeur que représentaient ces dernières pour les travailleurs.

La pandémie a toutefois poussé le magazine à expérimenter un nouveau mode de paiement. Pour préserver la distanciation sociale lors des transactions, un mode de paiement sans contact est en développement via la numérisation de codes QR par les clients.